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Violente tempête dans l'Aude et situation « très tendue » dans tout le pays du fait de la saturation des sols



Une fois encore la carte de France est ce matin presque entièrement jaune, orange ou rouge. Les vigilances sont « multifactorielles », ce qui signifie que des risques de natures différentes sont encourus : vigilance jaune « vent et crues » sur une large moitié nord et est du pays ; vigilance orange pour « vent, crues, pluie, inondations » sur une bande allant de la Bretagne à l’Hérault ; vigilance rouge pour crues en Gironde et dans le Lot-et-Garonne, pour vent dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Sans compter une très rare alerte d’un risque avalanche de cinq sur une échelle de cinq en Savoie.

La situation dans l’Aude

Ce matin, c’est dans l’Aude que la situation semble la plus préoccupante, avec l’arrivée en fin de nuit de la tempête Nils arrivée sur la Bretagne hier soir et qui va poursuivre sa route jusqu’à la Corse. Cette nuit, des rafales à plus de 150 km/h ont été mesurées dans le sud-ouest et la même force de vent frappe le département de l’Aude, en vigilance rouge. Hier soir, dans ce département, le dispositif FR-Alert a été déclenché pour demander aux habitants d’éviter autant que possible de sortir de chez eux aujourd’hui. Les écoles restent fermées toute la journée et le département est quasiment à l’arrêt. La circulation des trains est interrompue entre Toulouse et Carcassonne à cause de la présence d’arbres sur les voies, et de nombreuses routes sont coupées, dont l’autoroute A9. La circulation des poids lourds a été interdite. 10 000 foyers étaient privés d’électricité dans le département.

C’est notamment l’état des sols, particulièrement détrempés par des semaines de pluie, qui rend la situation dangereuse : l’extrême humidité des sols rend les arbres plus fragiles et favorise leur arrachement en cas de rafale violente. À l’heure où nous écrivons, d’innombrables photos d’arbres couchés sont diffusées sur les réseaux sociaux, jusqu’en plein cœur de Carcassonne. 

Ce qui amène un autre risque : la formation d’embâcles. Les branches et arbustes arrachés peuvent être emportés par le vent ou entraînés par le ruissellement dans les cours d’eau. Ils sont ensuite bloqués dans les goulots d’étranglement de ceux-ci et peuvent former de véritables barrages. Avec un double risque : celui de provoquer des inondations en amont ; ou celui de céder brutalement, ce qui provoque une inondation en aval.

Selon les chiffres d’Enedis, à l’échelle du pays, ce sont près d’un million de logements qui étaient privés d’électricité ce matin du fait des dégâts occasionnés par la tempête. 

Situation « extrêmement tendue »

Au-delà de cette tempête, la situation météorologique et ses conséquences inquiète les experts. Après plusieurs années marquées par la sécheresse, en effet, les cumuls de pluie sur ces dernières semaines sont considérables et les sols sont aujourd’hui saturés sur la quasi-totalité du territoire métropolitain. Et cela ne devrait hélas pas s’arrêter.

La pluie qui tombe sur le pays depuis le mois de novembre a d’abord été une aubaine, notamment dans les départements en situation de stress hydrique intense du Roussillon, en particulier les Pyrénées-Orientales. 

Mais après plusieurs semaines de pluie, la situation devient désormais inquiétante. D’autant plus que des chutes de neige d’une intensité exceptionnelle se sont produites, notamment dans les Pyrénées, et que le très important redoux de ces derniers jours va faire fondre très rapidement le manteau neigeux, accentuant encore le ruissellement. Conséquence, relève l’agroclimatologue Serge Zaka sur son site, « la situation hydrique de la France s’annonce extrêmement tendue dans les semaines à venir, avec des risques accrus de saturation, de ruissellement et de perturbation des travaux agricoles. Il est certain qu'il y aura des crues et elle risquent d'être durables et étendues sur de nombreux départements ». 

Les cartes de saturation des sols disponibles sur le site agrometeorologie.com https://agrometeorologie.com/ montrent que sur la totalité du territoire, à l’exception de la Bretagne, les sols sont saturés en eau : autour de 5 cm de profondeur, le pourcentage de remplissage en eau est souvent de plus de 120 %. Plus inquiétant : des taux similaires sont constatés à de plus grandes profondeurs (entre 30 et 80 cm). 

Cette situation – d’autant plus préoccupante qu’elle va perdurer – a déjà des conséquences économiques tangibles, notamment des arrêts de chantiers de travaux publics. Elle devrait fortement perturber l’agriculture, en pleine période de germination. Et les experts craignent que des inondations importantes surviennent dans les prochains jours, les sols étant désormais dans l’incapacité absolue d’absorber l’eau de pluie. 

Pourquoi pleut-il autant ?

Le mois de janvier, pour rappel, a connu un excédent pluviométrique de 30 % par rapport à la normale. Février sera sans doute pire – puisque les cumuls d’un mois de février « normal » ont déjà presque été atteints, le 12 du mois. 

Cette situation semble, d’après les météorologues, avoir plusieurs causes, certaines structurelles et d’autres conjoncturelles. Pour les premières, c’est tout simplement le réchauffement climatique qui est en cause : le réchauffement de la planète provoque une évaporation plus importante des océans, et cette eau évaporée, pour dire les choses de façon triviale, doit bien retomber quelque part. Il semble donc qu’il faille désormais s’habituer à des hivers beaucoup plus pluvieux que dans les périodes récentes. 

De façon plus conjoncturelle, les météorologues expliquent qu’il s’est formé un gigantesque « rail dépressionnaire », une bande de plusieurs milliers de kilomètres qui s’est formée en Amérique centrale, dans des régions chaudes, et traverse l’ensemble de l’océan Atlantique. Cette dépression (basses pressions) aspire l’air humide océanique et le transporte, grâce au jet stream, sur des milliers de kilomètres, ce qui peut provoquer des jours entiers de pluie quasi ininterrompue à l’autre bout de la planète. Ce phénomène, également appelé « rivière atmosphérique », est actuellement en cours… et cela va durer. Selon les dernières prévisions des experts de Météo-France, ce temps extrêmement pluvieux devrait perdurer au moins jusqu’à la fin du mois de février. 



Édition du jeudi 12 février 2026

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