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Maire-info

Restauration collective, PAT, consommation de viande : les ambitions en demi-teinte de la nouvelle Snanc



C’est un texte sensible politiquement et très attendu qui a été enfin publié hier par le gouvernement. La stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a été détaillée à travers la cinquantaine de pages d'un document mis en ligne sur le site du ministère de l’Agriculture.

Et le moins que l’on puisse dire est que cette stratégie s’est fait attendre. Cette stratégie détermine les orientations de la politique alimentaire et nutritionnelle française à horizon 2030, tout en respectant les objectifs climatiques nationaux. Sa publication a été maintes fois reportée. Proposée par la Convention citoyenne pour le climat et inscrite dans la loi Climat et résilience de 2021, elle devait être publiée à l’origine en juillet 2023.

C’est donc finalement plus de deux ans plus tard que des objectifs ont été fixés. Si cette stratégie n’a pas de valeur contraignante sur le plan juridique, elle est cependant importante car elle fixe les lignes directrices qui devront être suivies en matière de politique de l'alimentation durable, et ce sur les quatre prochaines années. 

Consommation de viande et aliments ultra-transformés 

Certains sujets ont suscité de vives réactions et ont été – entre autres – à l’origine de ces nombreux reports de publication. C’est le cas notamment de la consommation de viande. Ainsi, dans la stratégie finale, il est question de « limitation » dans la consommation de viande et non de « réduction » comme cela était le cas dans le texte initial. « Les objectifs nutritionnels et climatiques convergent donc vers une augmentation de la consommation de produits végétaux (fruits, légumes, légumineuses et fruits à coque) et une limitation de la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées », peut-on lire dans le document. 

Autre point : la stratégie ne prend pas position quant aux aliments ultra-transformés (AUT). Elle encourage cependant la poursuite des travaux par l’Anses sur le sujet, qui avait déjà publié un avis en novembre 2024. De nombreuses associations de défense des consommateurs et de l’environnement regrettent cette absence de prise de position concrète.

Enfin, la stratégie entend « réduire la pression marketing sur la population, notamment les enfants, pour les produits non respectueux de l’environnement et de la santé ». Problème : cette volonté ne s’accompagne que de mesures incitatives. Dans la version initiale une interdiction totale était prévue.

Il faut souligner au passage l’ambition au niveau national de viser « une cible de 12 % de consommation de produits bio en valeur et en moyenne pour l’ensemble de la population sur l’ensemble des circuits de consommation ». Actuellement, plus de 5,7 % de la consommation alimentaire des ménages est consacrée aux produits bio.

Petite enfance, cantines, Regal… 

Il est également prévu d’encadrer réglementairement « pour la première fois » la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance, ehpad, établissements pénitentiaires, en cohérence avec les nouvelles recommandations nutritionnelles. Si cette initiative est louable, on peut craindre un destin similaire à celui de l’arrêté du 30 décembre 2011 sur la qualité nutritionnelle des repas servis dans les cantines scolaires. Cet arrêté, déjà relativement complexe à appliquer, devrait être révisé cette année après plusieurs années de débats pour tenir compte des évolutions récentes, notamment l’avis du Haut conseil de santé publique. Les premières moutures du nouveau projet d’arrêté ont de quoi inquiéter les collectivités du fait de leur complexité (lire Maire info du 8 janvier)... Il ne faudrait pas, notamment dans le secteur de la petite enfance qui est très marqué par la pénurie de professionnelles, alourdir les charges qui pèsent sur les gestionnaires avec un flot de normes. 

Concernant la restauration collective, l’État dit vouloir poursuivre son accompagnement vers l’atteinte des objectifs existants (notamment l’atteinte des 50 % de produits durables et de qualité dont 20 % de bio), « en particulier à travers un accompagnement financier pour les cantines rurales et en assurant l’exemplarité de l’État, notamment en privilégiant les circuits courts et écartant fermement l’achat de denrées alimentaires non européennes. » Ainsi l’objectif fixé est, d’ici 2030, d’atteindre le nombre de 3 000 communes bénéficiaires de l’aide à la tarification sociale dans le cadre du dispositif de la cantine à un euro.  La stratégie incite également les communes à mobiliser le programme européen « lait et fruits à l’école » pour faire de l’éducation à l’alimentation.

La stratégie fixe enfin l'objectif de renforcer financièrement l’accompagnement des organismes luttant contre le gaspillage alimentaire dans les territoires, notamment les Réseaux de lutte contre le gaspillage alimentaire (Regal) dans le but d’atteindre l’objectif d’une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d’ici 2025 pour la restauration collective et la distribution, et d’ici 2030 pour les autres secteurs par rapport à 2015, tel que prévu par la loi Agec.

Pour mémoire, ces réseaux « ont pour objectif de mobiliser, à l'échelle d'un territoire, l'ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire » à la fois pour diffuser de l’information, pour permettre la création de projets innovants mais aussi pour partager des bonnes pratiques (lire Maire info du 24 mars).

Projet alimentaires territoriaux : une ambition sans moyens 

C’est le troisième objectif de cette longue feuille de route : « renforcer et accompagner les Projets alimentaires territoriaux dans une logique d’accompagnement des transitions locales et de souveraineté alimentaire, en articulation avec les déclinaisons régionales des programmes liés à l’alimentation et la nutrition ». 

Certes les ambitions sont là. La stratégie elle-même devrait se mettre en œuvre à travers ces projets alimentaires territoriaux (PAT). Pour rappel, les PAT sont « des projets collectifs ayant pour objectifs de relocaliser l'agriculture et l'alimentation et de développer une alimentation durable et de qualité accessible à tous dans les territoires en soutenant notamment les circuits courts ou les produits locaux et de qualité, notamment bios, dans les cantines... ».

Mais quid des moyens ? La Snanc entend « poursuivre le soutien financier pour les PAT passant en phase opérationnelle ». On compte aujourd’hui 460 PAT avec des nouveaux (« PAT émergents » ) et des anciens (« PAT opérationnels » ). Pourtant, d’année en année, le soutien de l’État aux PAT dits « opérationnels » se réduit : il était de 20 millions d’euros en 2024, et a été divisé par deux en 2025. Ce soutien devait même disparaître comme le prévoyait le projet de loi de finances pour 2026. L’appel à projets récemment lancé par le ministère de l’Agriculture, doté d’une « enveloppe globale de l’ordre de 1,7 million d'euros. », ne concerne que les PAT « émergents » et les projets d’envergure nationale, ou couvrant au moins deux régions.  Cet arbitrage budgétaire, comme l’avait souligné le président de l’AMF David Lisnard dans son courrier du 18 décembre 2025 adressé à la ministre de l’Agriculture, « entre en contradiction avec la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) ainsi qu’avec l’appel lancé par l’État aux collectivités à poursuivre leurs efforts en la matière »  (lire Maire info du 8 janvier).

Consulter la stratégie. 



Édition du jeudi 12 février 2026

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