Des mises en chantier qui progressent, mais un nombre de permis de construire qui reflue ces trois derniers mois. C’est ce que révèlent les données provisoires publiées, la semaine passée, par le Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement.
Alors que la construction neuve est confrontée à une grave crise depuis plus de trois ans provoquée par l'augmentation des coûts de construction et de la hausse des taux d'intérêt, un projet de loi du gouvernement visant à l’enrayer est attendu à l’Assemblée dans les prochaines semaines, après avoir déjà été adopté par le Sénat. Il prévoit notamment de construire 400 000 logements neufs par an.
On se souvient qu’au printemps, le gouvernement s’était réjouit d’un bond important (de 33 %) des permis de construire qu'il percevait comme une « relance manifeste » du logement, le niveau d’autorisations ayant renoué temporairement avec la période d’avant-crise. Les promoteurs étaient alors restés très prudents face à ces « variations mensuelles » et aux conséquences du conflit au Moyen-Orient sur leur secteur.
Permis : stabilité depuis le début de l’année
Comment la situation a-t-elle évolué depuis ? En août, le nombre de ces permis de construire accordés a légèrement reflué de 1,1 % par rapport au mois précédent (après avoir été stable en juillet et connu une baisse de 4,6 % en juin), pour atteindre les 29 749 logements autorisés à la construction.
Une « très légère baisse » qui s’explique par un « léger recul des autorisations de logements individuels » qui ont chuté de 2,1 %, explique le Service des données et études statistiques du gouvernement. En parallèle, les permis accordés pour des logements collectifs sont restés quasi stables, avec un peu plus de 18 000 autorisations.
« Sur l’ensemble des huit premiers mois de l'année 2026, le niveau mensuel moyen des autorisations est au même niveau que celui observé sur l’ensemble de l’année 2025 », constate ainsi le SDES, qui note que, sur un an (de septembre 2025 à août 2026), ce sont près de 370 000 logements qui ont été autorisés à la construction. Des niveaux qui restent, toutefois, encore bien loin de ceux d’avant-crise puisqu’ils s’établissent à « 9,7 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes ».
En outre, localement, les situations divergent énormément et laissent apparaître de fortes inégalités territoriales. Une quarantaine de départements ont ainsi vu leur nombre de permis de construire accordés chuter, certains jusqu’à 55 %, quand d’autres bénéficiaient d’une progression allant jusqu’à plus de 96 %.
Mises en chantier : trois mois de hausses successives
Du côté des mises en chantier, le gouvernement pourra se féliciter de l’augmentation de 4,1 % du nombre de logements en construction en août, après deux hausses en juillet (+ 5,8 %) et en juin (+ 1,8 %). Une progression qui s’expliquerait par « la légère augmentation des mises en chantier de logements individuels et collectifs » de respectivement 2,8 % et 4,9 %, selon le SDES.
L’exécutif pourra aussi se réjouir d’avoir dépassé la barre des 300 000 logements construits sur un an (avec 300 244 logements exactement), et du fait que, depuis le début de l'année, « le niveau mensuel moyen des mises en chantier est supérieur de 21,2 % à celui observé sur l’ensemble de l’année 2025 ». Mais là aussi, ces statistiques sont bien en deçà des niveaux d’avant-crise puisqu’ils s’établissent à « 9,5 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes ».
À l'échelle locale, les variations sont aussi importantes. Une vingtaine de départements ont ainsi vu leur nombre de mises en chantier évoluer négativement, certains subissant des baisses de près de 30 % sur un an, quand d’autres profitaient de hausses allant jusqu’à 96 %.
La promotion immobilière s’enfonce
Face aux impacts de la guerre sur le secteur, la Fédération française du bâtiment (FFB) avait réclamé au printemps « d’ajuster les dispositifs existants et de mettre en place un plan d'aide pour le bâtiment (GNR, gasoil et demande de création d’un observatoire de l’établissement des prix des matériaux du BTP) ».
Alors que les entreprises et les artisans du secteur auraient perdu au moins 100 000 emplois depuis 2022, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) de France, Pascal Boulanger, a alerté, début septembre, sur la situation de son secteur, qui ne cesse de s’enfoncer dans la crise.
Au deuxième trimestre, les ventes de logements « en bloc » aux bailleurs sociaux se sont ainsi effondrées de près de 41 %, tandis que les réservations de logements neufs ont enregistré une baisse de plus de 23 % par rapport à la même période en 2025.
Le dispositif fiscal Jeanbrun n’aurait ainsi pas eu les effets escomptés. « J’avais parié sur 4000 ventes par mois avec le ministre. Nous sommes plutôt entre 150 et 200 par mois », a déploré Pascal Boulanger, alors que le gouvernement a promis d’améliorer le dispositif dans son projet de budget pour 2027.
Les logements vacants se réduisent
En parallèle, on peut souligner que la part de logements vacants continue de baisser, selon une étude de l’Insee parue également la semaine dernière. « La part des logements vacants (est passée entre 2019 et 2026) de 8,1 % à 7,6 %, et leur nombre (a diminué) de près de 20 000 sur la même période », selon l’Institut qui estime à 2,9 millions le nombre de logements vacants en 2026 et à 3,8 millions le nombre de résidences secondaires ou de logements occasionnels.
« Après avoir baissé de 1982 à 2005, la part des logements vacants a augmenté fortement entre 2005 et 2019, passant de 6,2 % à 8,1 %, retrouvant ainsi le niveau de 1982 (7,9 %) », rappelle l’Insee qui estime que, « sur cette période, le nombre de logements vacants a augmenté 3,1 fois plus vite que l’ensemble du parc de logements ».
Par ailleurs, la part de logements vacants reste « maximale dans les communes hors unité urbaine (7,9 % en 2026) » et « minimale dans les unités urbaines de 100 000 habitants ou plus (7,4 %) et à Paris (7,3 %) ».
Depuis 2020, la part de ménages propriétaires accédants a diminué et est passé de 21,4 % à 19,8 % en 2026. La part des logements loués par des bailleurs publics a, elle aussi, baissé légèrement depuis 1997, passant de 18,7 % à 17,3 % en 2026, constate l’Insee.

