Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 29 septembre 2026
Handicap

AESH : alors que la pénurie de professionnels et la précarité du métier persistent, la question du statut attendra

Près de 50 000 élèves étaient sans AESH à la rentrée 2025, et la situation a vraisemblablement empiré en 2026. Interpellé par trois députés, le ministère de l'Éducation nationale met en avant l'augmentation des effectifs et des salaires, mais la précarité du métier persiste et la question d'un statut de fonctionnaire reste en suspens.

Par Lucile Bonnin

À la rentrée 2025, sur 352 000 élèves notifiés par les MDPH pour bénéficier d’un accompagnement par un AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap), 48 726 se sont retrouvés sans solution au mois de septembre. Ces chiffres de la Dgesco (Direction générale de l'enseignement scolaire) sont représentatifs de la crise que connaît ces dernières années l’école inclusive, marquée particulièrement par une grave pénurie d’AESH. 

Si les chiffres de cette rentrée 2026 ne sont pas encore connus, certains syndicats prévoient une aggravation du nombre d’enfants non accompagnés. En 2024, on en comptait 36 186 et en 2025, 48 726. Le nombre d’élèves sans solution d’accompagnement pour la rentrée 2026 pourrait dépasser les 50 000 élèves. 

Depuis 2017, les effectifs d’AESH ont augmenté de 67 %, pour atteindre « près de 140 000 accompagnants ». Mais les besoins progressent plus vite que les moyens et la situation se dégrade d'année en année, sans que les mesures prises par le gouvernement changent la donne. 

Une précarité du métier qui pénalise les enfants 

Trois députés, à l’occasion de questions écrites, ont interpellé le gouvernement sur ce sujet devenu un marronnier à chaque rentrée scolaire. 

Ils dénoncent le manque d’attractivité de la profession d’AESH qui souffre de nombreuses difficultés : un niveau de rémunération « souvent jugé insuffisant au regard des responsabilités exercées », « la prépondérance du temps partiel subi », des « perspectives d'évolution de carrière limitées », un « manque de reconnaissance statutaire »  ainsi qu’une « instabilité persistante des affectations ». 

En effet, selon le député Romain Eskenazi, « de nombreux témoignages font état de décisions de mobilité imposées, parfois d'une année sur l'autre, voire en cours d'année scolaire, sans concertation préalable ». Ces pratiques sont « souvent liées à l'organisation en pôles inclusifs d'accompagnement localisés (PIAL) ». Rappelons que le ministère de l’Éducation nationale souhaite remplacer les PIAL par des pôles d’appui à la scolarité (PAS) (lire Maire info du 13 mai 2026). Un groupe de travail concernant le « bilan des PAS »  s’est réuni début septembre, mais les syndicats craignent notamment que les PAS, en regroupant plusieurs PIAL sur un territoire plus vaste et en s'appuyant sur des avenants aux contrats, facilitent les changements d'affectation et allongent les trajets des AESH, dans une logique de mutualisation jugée budgétaire.

Cette précarisation du métier d’AESH pèse ainsi directement sur les élèves à plusieurs niveaux. 

Par exemple, les AESH sont répartis entre plusieurs élèves, « réduisant parfois l'accompagnement à une ou deux heures par semaine seulement ». En 2024 par exemple, selon les chiffres de la députée Shéhérazade Bentorki, sur la commune de Roubaix, « 591 enfants étaient déscolarisés à plus de 50 % du temps scolaire », soit « près de 32 % des élèves en situation de handicap scolarisés ».

De même, on constate dans certains territoires « des retards de prise en charge »  ou des situations où « les notifications d'accompagnement ne peuvent être pleinement mises en œuvre », ce qui suscite « l'inquiétude des familles », selon la députée Christine Engrand. 

Réponses partielles du gouvernement 

Dans une longue réponse adressée aux trois députés, le ministère de l’Éducation nationale rappelle d’abord qu’à « la rentrée scolaire 2025, 2 000 créations de postes d’AESH en équivalent temps plein (ETP) étaient prévues en complément des 11 000 postes d’AESH créés depuis la rentrée scolaire 2022 afin de répondre au mieux à l’augmentation des besoins ».

Le ministère précise que cela ne peut « pas être la seule réponse »  et dit agir aussi sur les « critères de notification, l’évaluation des besoins des élèves, les relations avec les MDPH (maisons départementales des personnes handicapées) ou encore la diversité des formes d’accompagnement ». 

Il insiste sur l’augmentation de la rémunération de ces professionnelles. Entre 2017 et 2025, la rémunération nette mensuelle a progressé « de + 41 %, soit + 287 € net par mois ». Le ministère cite aussi d’autres mesures prises depuis 2023 : grille revalorisée avec « un indice plancher supérieur au smic», indemnité de fonctions de 1 529 euros brut par an, indemnités de sujétions en REP (1 106 €) et en REP+ (3 263 € plus une part modulable). Depuis 2023 également, le CDI est accessible après un premier contrat de trois ans, contre six auparavant (loi du 16 décembre 2022). Aujourd'hui, 64 % des AESH sont en CDI.

Cependant, selon un rapport de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) publié en mars 2026, la grande majorité des AESH travaille à temps incomplet (98 %), avec un salaire moyen faible (environ 1 030 euros net mensuels). La revalorisation des salaires mise en avant par le gouvernement est donc à relativiser. 

Enfin, le ministère de l’Éducation nationale fait valoir le fait que, « depuis la rentrée scolaire 2024, il est proposé aux AESH qui le souhaitent d’augmenter leur quotité de travail en intervenant dans le cadre de la prise en charge par l’État de l’accompagnement humain des élèves en situation de handicap durant le temps de pause méridienne ». Cette partie de la réponse est assez audacieuse et mérite une clarification. 

Avant novembre 2020, l'accompagnement des élèves en situation de handicap sur la pause méridienne relevait de l'État, qui pouvait le prendre en charge depuis la loi de 2005. Une décision du Conseil d'État du 20 novembre 2020 en a reporté le financement sur les communes. La loi Vial promulguée en mai 2024, a rétabli cette compétence à l'État dès la rentrée 2024. Le gouvernement présente donc comme une avancée nouvelle le retour d'une responsabilité qu'il exerçait auparavant et que le Parlement lui a rendue, dont l'application a de plus été marquée par de nombreux retards et refus d’application localement (lire Maire info du 14 mars 2025). 

Vers un statut de fonctionnaire ? 

Certains syndicats et parlementaires réclament depuis plusieurs années la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. 

En janvier 2026, « à l'occasion des débats au Sénat autour de la proposition de loi (…) visant à ouvrir la voie d'un statut de fonctionnaire aux AESH »  (lire Maire info du 19 décembre 2025), le ministre de l'Éducation nationale « s'est engagé à mener une concertation avec les organisations syndicales sur la création éventuelle d'un statut ». L’exécutif et la majorité sénatoriale ont rejeté cette proposition de loi notamment à cause « d'un coût estimé à 4,3 milliards d'euros », comme le rappelle la députée Shéhérazade Bentorki. 

Les discussions se sont ensuite ouvertes avec la constitution de « premiers groupes de travail »  qui « ont concerné l'expertise des missions et du temps de travail des AESH »  et « des réunions bilatérales entre les organisations syndicales et le ministère se poursuivent afin d'affiner les perspectives d'évolution souhaitables ». Selon la députée, « l'hypothèse d'une "fonctionnarisation" limitée à seulement 10 à 20 % des AESH a été évoquée ». 

Alors que la concertation dure depuis plusieurs mois, le ministère de l’Éducation nationale se dit « déterminé à poursuivre l'amélioration des conditions de rémunération et de travail des AESH en permettant, dans toute la mesure du possible, à celles et ceux qui le souhaitent de bénéficier d’un contrat à temps complet ». 

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2