Si les collectivités continuent de résister en 2026, le contexte macro-économique fait planer des nuages noirs sur l’année 2027. C’est ce que redoute la Banque postale, à l’occasion de la publication, hier, de sa dernière note de conjoncture sur les finances locales.

La situation dans laquelle se trouvent les collectivités s'apparenterait ainsi à « celle d’un randonneur sur une ligne de crête ». Et cela « sans même que le paysage puisse réellement être admiré faute de visibilité, et avec les risques de chute que représente une telle démarche (notamment pour les territoires en difficulté dont le nombre tend à s’accroître) », se représente la banque publique.

Des dépenses sur le rythme de l’inflation

Malgré des « demandes sociales renouvelées », des « exigences écologiques », « l’impact de l’intelligence artificielle »  ou encore la « perte d’appétence pour les métiers du service public », les auteurs du rapport reconnaissent, une nouvelle fois, « la résilience du monde public local »  cette année face à « un enchaînement de difficultés, compliqué par les bouleversements structurels auxquels il lui faut s’adapter ».

Point particulièrement sensible et régulièrement dans le viseur de Bercy, les dépenses de fonctionnement des collectivités progresseraient un peu plus rapidement cette année (+ 2,2 %, dont + 1,8 % pour les communes), après une année 2025 marquée par un net ralentissement. Un rythme « proche de la hausse des prix estimée par le gouvernement (+ 2,1 %) », note la Banque postale, alors même que l’exécutif avait prédit cet été un « risque de dérapage »  de 2 milliards d'euros de la part des collectivités. Sans compter qu’il leur réclame toujours de contenir, pour 2027, leurs dépenses sur le rythme de l’inflation, estimée pour l’heure à 1,8 %. 

Reste que la progression des dépenses en 2026 s’explique essentiellement par l’effet de l’inflation et l’augmentation des dépenses de personnels (+ 2,3 %) impactée par la hausse du taux de cotisation à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). La revalorisation du métier de secrétaire de mairie pourrait aussi « commencer à se faire ressentir au sein des communes de plus petite taille », expliquent les auteurs de la note.

Taxe foncière en hausse, DMTO en baisse

Côté recettes, les collectivités devraient enregistrer « un rythme de progression proche de celui de 2025 »  (+ 2,1 %, dont + 1,6 % pour les communes) grâce aux recettes fiscales et les produits des services, notamment la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) qui augmenterait de 2,2 %. Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) pourraient aussi encore augmenter (+ 2,3 %), malgré une évolution des transactions immobilières « assez pessimiste ».

Dépenses et recettes de fonctionnement progressant sur « des rythmes très proches », l’épargne brute des collectivités ne serait qu’en légère hausse (+ 1,5 %) : quasi stable pour le bloc communal (avec un recul de 2,2 % pour les intercommunalités), mais en augmentation pour les départements et les régions (respectivement + 3,6 % et + 5,3 %), ces derniers bénéficiant de recettes « un peu plus dynamiques ». 

Toutefois, sans des « recettes exceptionnelles »  comme le fonds de sauvegarde des départements et la fraction non pérenne de l’accise sur l’énergie, « l’épargne des collectivités dans leur ensemble serait stable ».

Chute limitée de l’investissement

Malgré le calendrier électoral, la diminution attendue de l’investissement serait aussi finalement « moindre qu’anticipée »  en 2026. En repli de 2,6 %, ces dépenses se maintiendraient donc à « un haut niveau »  situé à 78,5 milliards d’euros en 2026, selon la Banque postale.

Comme c’est « traditionnellement le cas »  lors de l’année des élections municipales, le niveau des dépenses d’investissement des communes et des intercommunalités serait donc en retrait de 3,7 % (à 57,8 milliards d’euros), mais « de façon plutôt modérée comparée aux mandats précédents ». Des écarts que les auteurs de la note expliquent par « des effets de coûts de la construction », de « projets décalés sur le mandat qui vient de s’achever »  ou encore « d’une montée en charge de projets particulièrement lourds (dans l’eau, les déchets ou plus globalement la transition écologique) moins sensibles à l’effet de cycle ».

Quoi qu’il en soit, le financement de ces investissements reste soutenu par l’emprunt avec une hausse de 7,5 milliards d’euros de l’encours de dette. « Un prélèvement sur la trésorerie serait à nouveau nécessaire pour compléter le financement des investissements, mais il serait peu élevé, à 0,2 milliard d’euros, et surtout le fait du bloc communal », note la Banque postale qui assure cependant que, pour le bloc communal, « l’endettement serait [...] un niveau relativement important par rapport aux dernières années ».

Perspectives « plus sombres »  pour 2027

La situation risque, toutefois, de se détériorer l’an prochain. « Le contexte globalement favorable que pourraient traduire les comptes 2026 (...) ne doit pas dissimuler des perspectives sensiblement plus sombres », explique la banque publique. 

Ainsi, le « resserrement du marché immobilier », la « dynamique réduite de la croissance », mais aussi « l’augmentation du chômage »  ou encore la « remontée des taux d’intérêt »  pourraient avoir « un effet négatif sur les perspectives 2027 et, partant, reporter à plus tard le réel démarrage des projets de mandat ».

La chute annoncée des DMTO et l’effort que compte imposé le gouvernement aux collectivités l’an prochain – évalué à 5,5 milliards d’euros par l’exécutif et à plus de 7 milliards d’euros par le Comité des finances locales qui n’y ajoute pour l’heure que la hausse des cotisations CNRACL – pourraient ainsi entraîner une deuxième année de baisse des dépenses d’investissements.

Bien que cette diminution soit « traditionnelle l’année qui suit les élections communales et intercommunales, au moins au sein du bloc communal », « le repli pourrait être plus marqué que d’habitude (...) du fait de l’achèvement au premier trimestre de certains programmes », préviennent les auteurs de la note, ajoutant que, « du côté des départements et des régions, dont les élections sont prévues en 2028, les besoins sont présents mais les tensions sur leurs marges de manœuvre ces dernières années interrogent sur leur capacité à soutenir à moyen terme les projets de leurs territoires ».

Consulter la note de conjoncture.