Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidat à la présidence de l’AMF ?

L’AMF, malgré sa capacité d'expertise, n'a pas été suffisamment efficace ces dernières années. Ensuite, j'ai considéré qu'on ne pouvait pas être à la fois candidat à la présidence de l'Association des maires de France et candidat à la présidence de la République. Ces deux démarches ne sont pas compatibles. L'Association des maires de France doit être au-dessus de la bataille politique, elle doit rassembler l'ensemble des maires de France. 

J'ai travaillé pendant 25 ans à l'Association des maires de France. J'y ai passé beaucoup de temps, mis beaucoup d'énergie, beaucoup d'engagement. Je considère que l'Association des maires de France doit rester ce qu'elle a été avec Jacques Pélissard ou avec François Baroin : une association qui soit dégagée des jeux politiciens.


Pourquoi vous présentez-vous sans liste pour les instances ?

La liste du Bureau et la liste du Comité directeur sont des listes pluralistes, équilibrées –sur le plan politique, sur le plan géographique, sur la composition de ces listes qui comprennent des représentants de communes rurales ou de grandes villes. J'ai donc considéré que je soutenais ces deux listes composées de gens que je connais pour la plupart et dont je sais l'engagement pour l'AMF. Même si je peux tout de même regretter de ne pas y figurer.

Comme président de l’AMF, quel changement prioritaire souhaiteriez-vous impulser pour accroître encore l’efficacité de l’Association ?

L'Association des maires de France doit être présente dans tous les débats de la société, auprès des milieux économiques, syndicaux, du monde associatif – auprès de toutes les forces vives de la société. La première démarche que j'engagerais est d'aller rencontrer l'ensemble de ces forces, le gouvernement, le Parlement, les autres associations d'élus. L'AMF ne peut pas travailler seule, elle doit être au contraire la fédératrice de l'ensemble des associations d'élus pour que leur efficacité commune soit maximale.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des relations entre l’État et les collectivités ?

Les gouvernements successifs portent une responsabilité dans cette situation, notamment en raison d’une recentralisation progressive des décisions, d’une multiplication des contraintes et d’un manque de considération pour les élus locaux.

Mais nous devons aussi faire notre propre examen de conscience. Les associations d’élus, et notamment l’AMF, n’ont pas toujours su peser suffisamment dans le débat public ni faire entendre leur voix dans les grandes décisions nationales. Nous avons parfois davantage subi les décisions que contribué à les construire. Cela doit changer.

Notre enjeu est désormais de transformer l’expertise de l’AMF en véritable influence politique. L’AMF doit retrouver toute sa place dans le débat national, être associée en amont aux décisions qui concernent les communes et redevenir un interlocuteur incontournable. Cela suppose une association indépendante, exigeante et capable de faire respecter la parole des maires.

Comment souhaiteriez-vous voir évoluer les relations entre l’AMF et les autres associations d’élus locaux ?

L’AMF est la plus puissante et la plus ancienne des associations d'élus. Elle a donc un devoir : fédérer et rassembler. Cela a été fait avec les départements et les régions, avec Territoires Unis. Territoires Unis a disparu. Ça a été le cas, avec les autres associations du bloc local. Ça n'est plus fait, sauf sur quelques sujets notamment la fonction publique territoriale. Il faut une relation de confiance, de partenariat, avec évidemment un rôle particulier pour l’AMF, qui doit être fédératrice.

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Quelles actions engageriez-vous pour lutter contre la baisse des moyens et pour renforcer l’autonomie financière et fiscale des collectivités ?

C'est un sujet majeur, dont je me suis occupé pendant 25 ans en tant que coprésident de la commission des finances de l'Association des maires de France. 

Il y a un travail à engager – qui n'a pas été suffisamment fait – de pédagogie permanente, envers l'ensemble de la société : le gouvernement et les cabinets ministériels, le Parlement, mais aussi les médias. Il faut bien expliquer ce que font les collectivités locales, les communes en particulier, c'est le service public du quotidien, c'est la vie quotidienne des Français. Priver de moyens les collectivités locales, c'est finalement attenter à la qualité de vie au quotidien des Françaises et des Français.

Il ne faut pas seulement publier des communiqués de presse, mais aussi aller à la rencontre du gouvernement et du Parlement. Nous avons un travail très important à faire pour trouver des alliés. L'AMF, avec les autres associations d'élus, peut être beaucoup plus efficace dans ce domaine.

Que proposez-vous concernant la décentralisation et la simplification ?

Le moment n'est pas venu, compte tenu du contexte général, à lancer des grands bouleversements institutionnels. Nous avons besoin aujourd'hui de prendre l'organisation territoriale telle qu'elle est et tout simplement de nettoyer, simplifier là où ça peut l'être.

Cette décentralisation passe d'abord par une question culturelle dans la haute administration et au gouvernement : c'est la confiance qu'il faut envers les collectivités locales, envers les élus locaux. Je propose que soit créé un think tank, qui repense l'organisation des pouvoirs publics en France. Cette organisation est assez ancienne et il est normal qu’elle soit repensée. L'AMF doit tenir une place centrale dans cette réflexion.

Comment mieux associer les employeurs territoriaux à la gestion de la fonction publique ?  

Les employeurs publics doivent continuer à prendre conscience que disposer d'agents publics engagés, formés, correctement rémunérés, c'est la condition pour que le service public de proximité que nous rendons soit de bonne qualité.

Les employeurs territoriaux doivent se fédérer pour peser sur les négociations avec le gouvernement, mais aussi avec les organisations syndicales. Nous l'avons déjà fait avec la protection sociale complémentaire et nous devons pouvoir continuer à le faire.

Comptez-vous faire évoluer l’organisation et la gouvernance de l’intercommunalité ?

L'intercommunalité a été créée par les communes, avec les premiers syndicats intercommunaux. Elle est partie de l'idée qu'ensemble on faisait mieux un certain nombre de choses techniques. Et puis l’intercommunalité est devenue un outil politique. C’est une direction qui n'est pas bonne.

Il faut revenir à une intercommunalité de services pour l'ensemble des communes membres. 

L'intercommunalité doit être mise à sa bonne dimension, permettant de mutualiser les choses, d'être plus efficace sur un plan technique, mais gardant toujours la priorité à l'identité communale. C’est la raison d'être de l'AMF que de la promouvoir.

Quelles sont vos propositions pour les territoires ruraux ?

Les territoires ruraux ont pris beaucoup d'initiatives à travers l'agenda rural Énormément de choses ont été discutées, concertées. Maintenant, il s'agit que les 300 mesures soient mises en œuvre. Il y a beaucoup à faire sur la santé, la mobilité, les finances. À l'AMF, nous avons toujours souhaité qu’il y ait un rapprochement de la DGF par habitant entre une commune rurale et une grande ville. L'écart est aujourd'hui de 1 à 2. Ce n'est pas normal. Il y a donc toute une série de sujets sur lesquels nous pouvons travailler. La ruralité, c'est une chance pour notre pays.

Dans le contexte de multiplication des crises, quel doit être le rôle de l’AMF ?

Quand il y a une crise dans une commune, le maire, c'est le pôle de stabilité, c'est celui qui essaie de coordonner les choses. Naturellement, c'est celui vers qui on va, en qui on a confiance pour régler le mieux possible ou le moins mal possible la crise qui vient de survenir. L'AMF, c'est la même chose au niveau national : cela doit être un pôle de stabilité dans notre pays. Notre réseau de 35 000 maires est irremplaçable. Aucune administration ne fera mieux que ce réseau. Le rôle de l'AMF est de fédérer tout cela.

Quel est votre mot de conclusion ?

L'Association des maires de France, ce n'est pas un plan B. C'est un engagement de toute une vie pour une association que je crois essentielle dans la vie de notre pays, parce que les maires, vous, moi, nous sommes très importants pour l'ensemble de nos concitoyens.

Je compte sur vous.

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