C’est en 2021, au lendemain du One Planet Summit, que le président de la République Emmanuel Macron annonçait que le France allait placer 10 % de son territoire sous « protection forte »  à l’horizon 2030. Autre objectif fixé il y a cinq ans : atteindre au moins 30 % du territoire national en aires protégées d’ici 2030.

Deux cibles ambitieuses qui ont été au cœur de la stratégie nationale pour les aires protégées (Snap) 2030 lancée en 2021. Pour sa mise en œuvre opérationnelle, la stratégie « se décline en un plan d’action national (PAN) et des plans d’action territoriaux (PAT) sous le pilotage des préfets de région, en lien avec les exécutifs régionaux à terre et des préfets maritimes en mer ».

Le premier plan d’actions national couvrait la période 2021-2025. Le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature a publié hier la seconde partie du plan portant sur la période 2026-2030. Le but : « consolider la trajectoire et les dynamiques engagées depuis 2021 »  en actualisant les plans d’actions à partir des recommandations de cette évaluation.

30 % du territoire en aires protégées : objectif dépassé 

Les premières années de mise en application de la stratégie ont « principalement porté sur l’augmentation surfacique du réseau » . Cet objectif a été largement atteint puisque l’objectif d’ « au moins 30 % du territoire national en aires protégées »  a été dépassé dès 2022. Dans cette deuxième version du plan d’actions, le ministère précise que la majorité des régions, façades et bassins maritimes s’est dotée d’un PAT, avec plus de 600 projets d’aire protégée ou de ZPF identifiés. 

Cependant, les résultats en matière de zones de protection forte (ZPF) sont plus nuancés. Le plan d’actions fait état d’une « progression significative de la couverture du territoire national en zones de protection forte (ZPF, 4,9 % en 2025) », mais ce chiffre reste loin de la cible de 10 % du territoire terrestre national fixée à l’horizon 2030. Dans le communiqué de presse, le gouvernement estime qu’en 2026 6,49 % des espaces terrestres bénéficient d’une protection forte et que 22,5 % du territoire national bénéficie d’une protection forte, avec 23 % des espaces maritimes. 

Le nouveau plan complète la stratégie avec des cibles différenciées « afin d’assurer une répartition équilibrée des efforts entre espaces maritimes et terrestres et entre territoires hexagonal et ultramarins »  : atteindre 10 % du territoire terrestre national sous protection forte d’ici 2030, dont au moins 3 % du territoire terrestre hexagonal et au moins 5 % des façades maritimes hexagonales sous protection forte d’ici 2030. Le plan fait ainsi peser l’essentiel de l’effort sur les outre-mer, en particulier la Guyane, dont les forêts doivent compter 180 000 hectares supplémentaires protégés.

Pour les prochaines années, la priorité portera donc sur ces zones protégées. Le plan d’actions s’ouvre d’ailleurs sur le déploiement des zones de protection forte avec une première action qui vise à « développer de nouvelles ZPF intégrant les habitats et territoires prioritaires et préservant la fonctionnalité des milieux les plus menacés » , et une seconde qui entend « mobiliser les acteurs territoriaux pour créer de nouvelles ZPF » , en particulier dans les parcs naturels marins, les parcs naturels régionaux, les parcs nationaux et les Grands Sites de France, afin que « des ZPF soient créées et reconnues au sein des aires protégées existantes ».

Aires protégées : les mesures qui visent les communes

Afin de mieux « prendre en compte les aires protégées dans les projets de territoire », le plan veut « conforter les échanges entre élus et aires protégées » . L’objectif affiché : que « des actions d’accompagnement et de valorisation des élus concernés par les aires protégées »  soient réalisées « dans toutes les régions et au niveau national ».

La stratégie prévoit aussi que « les décideurs (élus, préfets) et parties prenantes de la gouvernance des aires protégées »  aient « accès à des formations relatives aux enjeux climat et biodiversité dans les aires protégées ». Une « mallette pédagogique »  sur les différents types d‘aires protégées devrait également être développée par l’OFB.

Ce nouveau plan d’actions cherche aussi à renforcer le caractère inclusif de la gouvernance des aires protégées en soutenant des « démarches expérimentales d’implication citoyenne dans la gouvernance et la gestion des aires protégées ».

Concernant les moyens financiers consacrés aux aires protégées, le plan veut « renforcer l’utilisation de la dotation de soutien aux communes pour les aménités rurales en faveur des aires protégées et ZPF »  en encourageant « les communes bénéficiant de la dotation aménités rurales la mobilisent en faveur des aires protégées et de la biodiversité ». L’OFB doit aussi renforcer « l’ingénierie de projets européens en appui aux gestionnaires », pour qu’ils bénéficient « d’appuis pour le montage de projets européens »  et l’action 49 du plan veut « cadrer et mobiliser des financements privés complémentaires ».

Une « plateforme d’accompagnement et d’information sur le financement de la biodiversité »  devrait voir le jour pour permettre aux parties prenantes des aires protégées de bénéficier « d’une information et d’un accompagnement sur les financements de la biodiversité ». 

Le plan fixe enfin de nouveaux objectifs concernant les espaces naturels sensibles (ENS). Il entend poursuivre les travaux sur la reconnaissance des ENS en aires protégées et zones de protection forte afin que des ENS soient reconnus en aire protégée dans le cadre d’une démarche nationale et que des démarches de reconnaissance des ENS en zone de protection forte soient conduites dans tous les départements volontaires. Dans ce nouveau plan d’action, les ENS figurent parmi les « autres outils à intégrer sous réserve de critères à définir dans le cadre d’analyses nationales »  car ils ne sont pas encore automatiquement reconnus comme aires protégées. Les ENS peuvent aussi être reconnus comme zones de protection forte, mais seulement « après une analyse au cas par cas »  et s’ils présentent « des enjeux écologiques d’importance ».

Consulter le plan d'actions.