Ces dernières heures, les regards du monde entier sont tournés vers la France après les émeutes qui ont éclaté ce week-end dans plusieurs grandes villes. Au-delà de la réponse urgente de la gestion de crise, la question se pose des répercussions que cette crise aura, à plus ou moins long terme, au niveau international.

« Quelle image renvoyons-nous au monde ? », s’est alarmé le président de la Fédération des associations de commerçants et artisans parisiens (Facap) Thierry Véron dans les colonnes du Figaro. Beaucoup s’inquiètent des répercussions sur le tourisme français alors que les vacances de Noël approchent. L’incendie de l’office de tourisme de Lyon pourrait bien prendre valeur de symbole : celui d’un tourisme saboté par les émeutes.

Un écho dans la presse internationale

Incendies, violences, pillages, destructions : les images choquantes qui passent en boucle sur les chaînes de télévision françaises depuis samedi ont dépassé les frontières.

Dans le New York Times, on retrouve ces mêmes images des rues de Paris saccagées et de la mairie de Limoges calcinée. En dessous, on peut y lire : « Dimanche, les Français se sont réveillés dans des rues jonchées de verre brisé, avec les images de bâtiments publics calcinés, au lendemain des plus importantes manifestations que le pays ait connues depuis des années, qui ont basculé dans des émeutes violentes. » 

La chaîne britannique BBC News a consacré plusieurs reportages à cette actualité française, envoyant ainsi plusieurs envoyés spéciaux à Paris. Une journaliste sur place pointe au lendemain des émeutes sur la place de la République un distributeur de billets « complètement démoli », un autre montre un commerce spécialisé dans le vin qui « a été dévalisé de la cave au grenier »  tandis que la chef du service Europe de la chaîne estime que « partout en France, ces scènes de pillages et de violences ont sidéré et inquiété la population. » 

Les voisins frontaliers de la France scrutent aussi la situation de près. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung pointe un « chaos qui, en ce 17 octobre 2026, a surtout gagné les grandes villes du pays (...) restera sans doute une césure, un signal ». En Espagne, le journal El País se montre plus politique et sensationnaliste : « La France est descendue dans la rue et, entre manifestations, incendies et pillages, a acté la mort du macronisme. Elle l’a fait avec violence, comme elle en a l’habitude. Rage, colère, mais aussi peur de l’avenir. » 

Certaines dépêches d’agences ont été reprises dans la presse asiatique notamment The Korea Times en Corée du Sud ou New Straits Times en Malaisie. Enfin, les évènements ont été largement « documentés »  sur les réseaux sociaux, entre films amateurs et photos surréalistes, et la France s’est rapidement retrouvée en tête des hashtags et des sujets tendances. 

Avec ces images qui font le tour du monde – qui font d’ailleurs déjà l’objet d’une instrumentalisation politique dans certains pays – la France, première destination touristique mondiale, a de quoi s’inquiéter de cette mauvaise publicité qui pourrait entraîner des conséquences pour le commerce et les territoires.

Le monde du tourisme tire la sonnette d’alarme 

Dans un communiqué de presse commun, ADN Tourisme, l’Association Nationale des Élus des Territoires Touristiques (ANETT), la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT) et INNTO France demandent au gouvernement « des mesures immédiates pour rétablir la sécurité et préserver l’attractivité de la France ».

«  Commerces saccagés, établissements vandalisés, bâtiments publics attaqués, sites et équipements touristiques dégradés : ces actes portent gravement atteinte à la sécurité de nos concitoyens, à la vie économique de nos territoires et à l'image de la France.  »

— Communiqué de presse des acteurs du tourisme.

Ils dénoncent d’abord la destruction des commerces et bâtiments estimant « inacceptable »  que « des professionnels indépendants et des entreprises souvent familiales puissent voir en quelques heures les efforts d’une vie et leur outil de travail détruits »  et que « des habitants et de nombreux visiteurs se retrouvent de surcroît exposés à des scènes de violence d’une telle ampleur ».

À plus long terme, ils s’inquiètent du fait que « ces événements menacent directement l’économie touristique »  et notamment les hôteliers, restaurateurs, commerçants, gestionnaires de sites et d’équipements touristiques, grands magasins, organisateurs d’événements et acteurs de l’accueil.

« Les perturbations des déplacements, les fermetures d’établissements, les inquiétudes des visiteurs et les risques d’annulation de séjours fragilisent l’activité et l’emploi dans nos territoires », peut-on lire dans le communiqué.

Pour que le tourisme ne devienne pas « la victime collatérale de violences »  les acteurs du tourisme demandent « à l’exécutif d’agir immédiatement pour assurer la protection des établissements, des commerces et des sites touristiques, accompagner les entreprises touchées, accélérer leur indemnisation et préserver la confiance des clientèles françaises et internationales ».

Incertitudes 

Si le président de la République a annoncé que le gouvernement apportera « des réponses aux commerçants »  le gouvernement dispose de peu de leviers pour rassurer les visiteurs étrangers après ces évènements dans une situation budgétaire aussi tendue et à quelques mois des élections.

Les recommandations des gouvernements étrangers influencent cependant largement le choix des voyageurs. À l’heure où nous écrivons, plusieurs pays ont appelé leurs ressortissants à la vigilance, sans toutefois déconseiller de se rendre en France.

En réalité, les répercussions négatives qui sont à craindre concernent en premier lieu les nuitées dans la capitale et notamment les week-ends. Lors du mouvement des Gilets jaunes, les observatoires professionnels ont relevé un recul du taux de remplissage des hôtels parisiens, surtout les week-ends de manifestation, tandis que la semaine restait mieux orientée. Au premier semestre 2019, la fréquentation hôtelière francilienne n’avait presque pas baissé. L’effet avait donc été réel mais ponctuel, localisé et modéré. 

La comparaison avec les Gilets jaunes a néanmoins ses limites : les violences de ce week-end ont touché de nombreuses villes à la fois. Or le tourisme en France repose d’abord sur les Français, qui représentent la majorité de la consommation touristique. La confiance de la clientèle nationale à se rendre dans les grandes villes pendant les vacances – notamment celles de la Toussaint – pourrait donc être entamée. À ce stade, aucune donnée ne permet de savoir si l’effet sera aussi modéré qu’en 2019 ou plus durable...