Dès dimanche après-midi, le président de l’AMF, David Lisnard, s’est rendu à Limoges – ville dont il est originaire – pour apporter son soutien au maire, Guillaume Guérin, devant la mairie encore fumante de la commune, lors d’un rassemblement qui a réuni quelque 7 000 Limougeauds. « Je tiens, au nom des maires de France, à affirmer, au-delà de mon émotion, mon soutien, le soutien de tous les maires de France (…) et qui tous aujourd’hui se disent ‘’Je suis Limougeaud’’. » 

Toute la journée, les réactions de maires se sont enchaînées – ceux des villes touchées par les émeutes mais pas seulement, y compris dans les petites communes. On retiendra, par exemple, la « lettre ouverte »  envoyée à la presse par le maire de Foulayronnes (Lot-et-Garonne, 5 500 habitants), Bruno Dubos. « Ces violences ont frappé nos villes moyennes, nos préfectures, nos centres anciens : cette France de province que l'on croyait à l'abri. Nos bourgs et nos villages regardent leurs voisins blessés avec inquiétude et une indignation légitime », écrit le maire. « La mairie est la maison de tous. On y déclare une naissance, on y célèbre un mariage, on y accompagne un deuil. On y retire sa carte d'identité, on y trouve de l'aide dans un moment difficile. Qui frappe une mairie, à Limoges comme dans la plus petite commune, frappe chacun de ses habitants et atteint la République au plus près des gens. » 

« Une attaque contre la paix civile » 

L’AMF ne dit pas autre chose. Après avoir appelé les maires et les conseillers municipaux à se réunir aujourd’hui, à partir de midi, devant les mairies, estimant que « ces attaques graves portées contre les institutions démocratiques constituent un vrai risque pour toute la nation »  et finalement « contre les libertés publiques de tous les Français », l’AMF a envoyé, dans la soirée, une « déclaration »  à tous les maires de France, que Maire info a pu consulter. 

L’AMF ne cache pas sa colère contre les émeutiers mais pas plus ses interrogations sur la doctrine de maintien de l’ordre du gouvernement.

« Ces actes très graves ont été prémédités et leurs auteurs, qu’ils soient des ‘’ultras’’ politisés ou des casseurs venus s’en prendre aux commerces, sont dangereux, organisés, armés, déterminés », écrit l’AMF, exprimant « l’écœurement et la révolte »  de tous les « maires, conseillers municipaux et agents du service public ». L’association exprime sa « solidarité »  tant aux commerçants qu’aux habitants face « aux actes de vandalisme ignobles », mais aussi à « tous les maires et élus locaux qui ont dû faire face en première ligne à ces faits, ainsi que tous les agents communaux qui se sont mobilisés dès la nuit de samedi à dimanche pour réparer des dégâts ».

«   La responsabilité des habitants et de ceux qu'ils ont élus est de se lever contre ces actes qui nous menacent tous et de dire ‘'stop''  »

— AMF

Pour l’association, l’attaque d’une mairie est un acte « qui va bien au-delà du symbole » : c’est « une attaque organisée (…) contre la paix civile et nos libertés publiques ». De plus, les violences du 17 octobre « ont porté une atteinte grave à la liberté d’expression et celle de manifester, que les manifestants ont souhaité exercer, eux, en respectant l’ordre public ». 

Mais il ne suffit pas de condamner ces violences, juge l’AMF, qui s’interroge aussi sur « la responsabilité de l’exécutif ». Ces événements, estime-t-elle, « ont marqué l’échec de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et montré l’insuffisance criante de leurs moyens d’intervention ». Il faut donc « changer »  cette doctrine et donner aux forces de l’ordre « les moyens d’agir ». 

L’association demande instamment au Premier ministre de « répondre aux demandes de rencontre qui lui ont été exprimées par les maires ». 

« La responsabilité des habitants et de ceux qu’ils ont élus est de se lever contre ces actes qui nous menacent tous et de dire ‘’stop’’. Nous devons mobiliser la force civique de notre pays, bien plus puissante que ceux qui sèment le chaos. Les maires y contribueront autant qu’il le leur sera possible », juge l’AMF, qui demande également aux « forces politiques, sociales et syndicales »  de « condamner sans réserve ces agissements ». 

« Une mairie brûlée, c’est notre République attaquée ! » 

D’autres associations d’élus se sont exprimées depuis samedi. France urbaine, dans un communiqué, dénonce des « violences urbaines extrêmes », « intolérables ». « Les grandes villes et chefs-lieux notamment ont été la cible de saccages inqualifiables contre des mairies, des bâtiments publics, des sites commerciaux », dont l’incendie de la mairie de Limoges est « emblématique »  car la mairie est « le visage de la République, un sanctuaire que personne ne devrait oser avilir ». L’association demande que « des moyens exceptionnels d’ordre public »  soient « déployés sans délai »  pour protéger la population et l’espace public. Elle demande une rencontre « dans les meilleurs délais »  avec le Premier ministre, afin « qu’il réponde, sans polémique, à nos incompréhensions ». 

Villes de France, quant à elle, « dénonce toutes les atteintes portées hier aux mairies, institutions et bâtiments publics de France, symboles de notre République. Une mairie brûlée, c’est notre République attaquée ! ». L’association qui regroupe les villes moyennes exprime sa « solidarité à tous les commerçants »  et juge que « plus que jamais, nous devons défendre les fondements de notre République et de notre pacte démocratique ». 

L’Anel (Association nationale des élus des littoraux) a également publié un communiqué ce matin, pour appeler elle aussi aux « rassemblements »  devant les mairies : « La République ne peut accepter que ceux qui la servent et la représentent soient pris pour cibles. Lorsqu’une mairie est attaquée, lorsqu’un élu est menacé ou qu’un service public est empêché d’accomplir sa mission, c’est l’autorité même de nos institutions qui est mise en cause », déclare Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président de l’Anel.