Les canicules, la sécheresse et les incendies qui ont frappé sévèrement le pays durant l’été ont coûté au « minimum 16 milliards d’euros ». C’est ce qu’affirme une mission parlementaire, lancée fin août, dont les conclusions ont été dévoilées, hier, par le député LFI Éric Coquerel.
S’accompagnant d’un « certain nombre de réserves méthodologiques », cette estimation – qui agrège une série de sources officielles et d’auditions – reste encore « provisoire », a toutefois prévenu celui qui est aussi président de la commission des finances de l’Assemblée nationale et qui a retenu « une définition large de la notion de coût ».
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait évalué, en août, le coût des canicules de l’été 2026 en deçà de la mission : de « 10 à 15 milliards d’euros ». À la veille de l’entame de l’examen des débats budgétaires au palais Bourbon, Éric Coquerel pousse ainsi pour que les crédits qui seront alloués à l’adaptation du pays au réchauffement climatique soient rehaussés.
L'agriculture paie le plus lourd tribut
Le coût estimé par la mission se décompose en trois parties. D’abord, l’effet macroéconomique « relativement contenu » des vagues de chaleur sur la croissance. Celle-ci aurait été réduite d’environ 0,1 point de PIB, soit une perte de « près de 3 milliards d'euros ». Cette moindre activité aurait, au passage, provoqué « un creusement de 1,5 milliard d’euros du déficit public », a expliqué Éric Coquerel.
En parallèle, le député de la Seine-Saint-Denis détaille les dépenses imprévues débloquées par « les acteurs publics ». Évaluées à « plus de 2,5 milliards d'euros », celles-ci portent notamment sur 1,3 milliard de soutien aux agriculteurs, plus de 700 millions vers la santé (dont 260 à 520 millions pour les Ehpad et autres établissements médico-sociaux) et au moins 300 millions liés aux incendies.
Enfin, ce sont les ménages et les entreprises qui ont été le plus grandement affectés par les canicules puisque le coût global excédera, pour eux, « largement les 11 milliards d’euros ». Si la mission a retenu, pour les ménages, au moins 500 millions d'euros de dommages liés aux incendies et quelque 800 millions de hausse de factures d'électricité liées à l'usage de ventilateurs et surtout de climatiseurs, l’impact de loin le plus lourd devra être absorbé par les entreprises, en l'occurence les agriculteurs. En effet, seules les pertes évaluées par les syndicats agricoles ont pu être recensées et elles s’élèvent déjà à « un minimum de 10 milliards d’euros » de pertes totales pour le secteur.
Reste que, précise la mission, « le retrait-gonflement d’argile (RGA) devrait affecter la valeur du patrimoine des ménages » et « pourrait être plus élevé cette année » que les 3,5 milliards d’euros de 2022, « en fonction des conditions de précipitations à l’automne, et devrait croître de 44 % à l’horizon 2050 ».
50 milliards d’euros pour adapter les écoles
La mission ne s’arrête pas là et s'est également fixée pour objectif de donner une première estimation du coût de l'adaptation de la France aux prochaines vagues de chaleur. Elle estime ainsi qu’un effort de 10 à 13,6 milliards d’euros serait nécessaire dès 2027 pour engager les mesures les plus urgentes – dont « entre 8,4 à 11,1 milliards issus du budget de l’État ».
« Si nous tardons, à horizon 2030 ou 2050, cela nous coûtera, selon les mesures, de 116,3 milliards à 157,6 milliards d'euros dont 78,3 à 128,1 milliards d'euros sur le budget de l'État », a rappelé Éric Coquerel, qui souligne que « plus on attend, plus ça coûte cher ».
« Par-delà la lutte contre les incendies, face visible des aléas climatiques estivaux, il convient d’acter une montée en puissance de l’adaptation de la population et de son environnement aux fortes températures et aux sécheresses », préconise la mission, pour qui l'une des « priorités » porte sur les écoles.
Si l’adaptation des quelque 50 000 bâtiments scolaires coûterait ainsi environ 50 milliards d'euros d'ici 2050, il est suggéré d’engager des crédits « avant l’été 2027 ». « Ces investissements dépendraient pour moitié des collectivités locales, propriétaires du bâti scolaire, mais un soutien de l’État à hauteur de 25 milliards d’euros apparaît indispensable », détaille ainsi la mission en réclamant aussi un soutien pour les établissements de santé et les Ehpad, avec notamment la création, pour les hôpitaux, d’un « Fonds vert hospitalier doté d’un milliard d’euros par an, à partir de 2027 ».
Alors que les discussions budgétaires doivent débuter demain, en commission à l'Assemblée nationale, le député Insoumis a assuré qu’il déposerait « des amendements » au projet de loi de finances (PLF) pour 2027. L’objectif est de « décliner ces préconisations », malgré un contexte budgétaire particulièrement contraint.
Débroussaillement, Sdis, régime CatNat…
Parmi toutes ses recommandations à mettre en œuvre dès ce budget 2027, la mission propose également de confier à l'Insee un suivi annuel (en employant six personnes dédiées, pour un coût de 3,9 millions d'euros sur 2027-2030), mais aussi de renforcer les effectifs de Météo-France et de l’ONF pour la prévention forestière.
« Une enveloppe de 52 à 72 millions d’euros sur 2027-2030 permettrait d’aider 10 000 ménages modestes par an à réaliser leurs obligations légales de débroussaillement » (ce qui représenterait de 1 000 à 1 500 euros par ménage), alors que le taux de conformité est « d’environ 30 % parmi les terrains contrôlés ».
En outre, « 500 à 600 millions d’euros de crédits de l’État sur 2027-2030 pourraient être consacrés aux pactes capacitaires pour renforcer les moyens terrestres » des Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) et « entre 900 millions et 1 milliard d’euros de recettes supplémentaires par an pourraient conforter les ressources des Sdis grâce au relèvement de 6,45 à 10,45 points de la fraction de TSCA [Taxe spéciale sur les conventions d'assurances] qui leur est attribuée ».
Le rapporteur préconise d’activer un guichet unique départemental après chaque incendie majeur – sous la coordination du préfet et réunissant notamment les services de l’État, les collectivités et les organismes sociaux – afin d’assurer « la continuité de l’accompagnement jusqu’à l’indemnisation, au relogement et à la reprise d’activité ».
Par ailleurs, la mission propose « une meilleure préparation des évacuations au-delà du cadre communal » et que le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles soit « étendu aux incendies de forêt et de végétation d’intensité exceptionnelle ».

