Les premiers docteurs juniors de médecine générale ont fait leur rentrée hier. Au niveau national, environ 3 000 médecins en fin de formation exerceront trois à quatre jours par semaine en cabinet, en maison de santé ou en centre de santé.
En Normandie par exemple, 168 docteurs juniors partiront sur les terrains de stage identifiés pour réaliser leur année d’internat. 243 docteurs juniors exerceront dans les territoires de Nouvelle-Aquitaine et 137 en Bretagne… L’AFP rapporte qu’ils seront 102 en Centre-Val-de-Loire, une des régions les plus touchées par la désertification médicale.
« Où que l’on vive en France, on doit pouvoir accéder à un médecin, a déclaré le président de la République sur ses réseaux sociaux. Dès aujourd’hui, grâce à la réforme des études de médecine générale que nous avons faite en 2022, près de 3 000 docteurs juniors renforcent l’accès aux soins dans nos territoires. Plus de médecins, moins d’attente. On avance. »
Dans un contexte où 25,9 millions de patients vivent dans un désert médical, le déploiement de ces docteurs juniors a pour but de faciliter l'accès aux soins mais aussi d’encourager les installations de jeunes médecins dans les zones où les besoins sont forts.
Ce que prévoit la réforme
La réforme a été votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 à la fin de l’année 2022, malgré la mobilisation de certains syndicats de médecins qui refusait que le diplôme d'études spécialisées de médecine générale passe de 6 à 8 semestres.
Il n’y avait jusqu’ici que trois années d’internat pour cette spécialité de médecine générale. Ce sera désormais quatre. Cette réforme concerne les internes qui ont commencé en 2023 qui voient leur formation évoluer à partir de ce mois-ci. Pour les défenseurs de cette réforme, « ce n’est pas un simple allongement des études » mais également « une phase de consolidation » qui donne accès au statut de docteur junior et à un stage ambulatoire en autonomie supervisée.
Le gouvernement la présentait en 2022 comme « une véritable année de pré-installation », avec une rémunération pensée pour être attractive. Selon Le Monde, la rémunération est « d’un peu plus de 2 700 euros mensuels, avec 400 euros supplémentaires de prime "d’autonomie supervisée", plus une prime allant jusqu’à 1 000 euros (en fonction du recul de la zone), et une autre pour les gardes, selon le ministère ».
Concrètement, le docteur junior est « un médecin en fin de formation ». Il exerce « trois à quatre jours par semaine en cabinet, en maison de santé ou en centre de santé ». Il fait des consultations et prend en charge des patients « en autonomie supervisée, aux côtés d’un médecin agréé maître de stage universitaire (MSU) ».
Territoires sous-dotés et maîtres de stage volontaires
La répartition de ces docteurs juniors semble dépendre essentiellement de deux critères prioritaires : les besoins de santé et le nombre de maîtres de stage ayant pu être formés.
Sur le site de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, on peut lire qu’une large part des postes ouverts est orientée vers des zones d'intervention prioritaire (ZIP), des zones d'actions complémentaires (ZAC) ou des quartiers prioritaires de politique de la ville (QPV) pour renforcer l'accès aux soins de proximité. Selon le ministère, environ 80 % des docteurs juniors ont été affectés dans des zones en grande difficulté d’accès aux soins.
Les ARS fixent aussi le nombre de postes en fonction des capacités d'encadrement des maîtres de stage disponibles. Il faut noter qu’une affectation n’est possible que si un médecin volontaire est agréé. En Nouvelle-Aquitaine, 508 maîtres de stage universitaires s’étaient portés volontaires pour environ 300 docteurs juniors. Un même médecin ne peut encadrer que deux docteurs juniors au plus, selon l’ARS Hauts-de-France.
Face aux craintes liées à un possible manque de maitres de stage, l’AMF avait attiré l’attention du gouvernement sur la nécessité d’organiser leur présence sur l’ensemble du territoire.
Label France santé
Un point concernant la répartition de ces docteurs juniors reste flou. Il y a un an, lors de la présentation du réseau France santé par le gouvernement, il a été indiqué clairement que ces « docteurs juniors » seront prioritairement affectés dans les maisons France santé labellisées (lire Maire info du 31 mars). L’AMF, par la voix de son président David Lisnard, avait alors « demandé (…) la plus grande transparence sur le nombre et l'affectation des internes, le partage des cartographies et éléments de calendrier afin de préparer au mieux cette réforme avec les maires ». L’AMF n’était d’ailleurs pas favorable « à une affectation prioritaire des internes de quatrième année de médecine générale au bénéfice des structures ainsi labellisées » considérant le fait que les communes sont insuffisamment associées à cette démarche de labélisation.
Il est difficile aujourd’hui de savoir à quel point ce critère de priorité voulu par le gouvernement a pesé dans la répartition des 3 000 docteurs juniors. Au 30 juin 2026, on ne comptait que 1 443 structures labellisées, soit 72 % de l’objectif de 2 000 fixé par le gouvernement. Leur répartition est en outre inégale : elles sont majoritairement situées en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et en Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour l’heure, aucune donnée ne permet de dire quelle part de ces docteurs juniors exerce dans une structure France santé. Les répartitions départementales sont renseignées sur les sites des ARS. En Nouvelle-Aquitaine par exemple, 67 % des stages des 243 docteurs juniors se font en maison de santé pluriprofessionnelle ou en centre de santé, mais ce chiffre ne dit rien du label. Faute de données croisées entre les lieux de stage et les structures labellisées, le poids réel de ce critère reste invérifiable, ce qui pose un véritable problème de transparence.
Au sein de sa commission santé, l’AMF recense néanmoins des témoignages confirmant que les docteurs juniors sont prioritairement affectés vers les structures labelisées. Au-delà de cet aspect, l’AMF a plaidé pour que la répartition des docteurs juniors se fasse de manière équilibrée et ne soit pas uniquement conditionnée à la capacité des collectivités à dégager des moyens pour accueillir les étudiants.



