L’exposition professionnelle à l’ensemble des rayons UV – « que la source soit naturelle ou artificielle »  – peut avoir des conséquences sur la santé des travailleurs. 

C’est ce que confirme l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui affirme  – après avoir été saisie en 2024 par la Direction générale du travail, la Direction de la Sécurité sociale et le ministère de l’Agriculture – qu’il existe « un lien avéré entre l’exposition professionnelle aux UV et la survenue de plusieurs cancers cutanés ».

On parle ici des carcinomes basocellulaires cutanés, le cancer de la peau le plus fréquent selon l’Institut national du cancer, les carcinomes épidermoïdes cutanés qui sont « plus rares (20 %) mais plus agressifs »  ou encore mélanomes cutanés qui représentent 10 % des cancers de la peau. L’Anses confirme aussi qu’il existe un risque de développement de mélanomes oculaires lié à la pratique du soudage.

Cette étude importante a été réalisée alors qu’aujourd’hui, en France, « il n’existe pas (…) de tableau de maladie professionnelle (TMP) relatif aux cancers cutanés associés aux expositions professionnelles au rayonnement UV » . La reconnaissance passe donc par les comités régionaux de reconnaissance des maladies profesionnelles (CRRMP), « sous réserve d’un taux d’incapacité permanente prévisible d’au moins 25 % et de la démonstration d’un lien direct et essentiel » . Résultat : ces cancers « sont donc sous-déclarés et sous reconnus ». 

Les métiers de la fonction publique territoriale

Le rapport cite parmi les professions exposées aux UV naturels plusieurs activités liées à la fonction publique territoriale : « ouvrier d’entretien paysager municipal », « jardinier de cimetière », « assistant/aide-jardinier »  ; « nettoyeur municipal », « ouvrier de collecte des déchets », « ouvrier d’entretien routier », « forestier une forêt municipale/privée », « ouvrier de station d’épuration »  ou encore « ouvrier en génie civil pour canaux/égouts/drains ».

«  Selon l'enquête Sumer de la Dares, en France, environ 3,5 millions de salariés sont exposés au travail à l'extérieur et aux intempéries, et environ 150 000 aux UV artificiels.  »

— Anses

D’autres métiers sont exposés « de façon non continue »  comme la « surveillance des enfants en récréation en milieu scolaire »  ou « l’entretien des pistes de ski ». « L’exposition aux rayons UV de certaines professions reste peu prise en compte », comme pour les policiers municipaux notamment ou les militaires. 

L’Anses précise qu’« en travaillant en altitude ou sur des surfaces qui réfléchissent les rayons UV comme la neige, le sable ou l’eau, certains travailleurs peuvent même être surexposés ». Enfin, en intérieur, « l’exposition aux UV artificiels peut être liée à l’utilisation de lampes UV pour des opérations de désinfection, de stérilisation et de nettoyage, d’éclairage horticole, ou bien liée à l’émission d’UV lors de certaines activités telles que le soudage, le gravage et la découpe de matériaux. » 

Il est à noter que l’exposition moyenne annuelle varie beaucoup au sein d’un même métier car « ce sont plutôt les tâches individuelles qui déterminent l’exposition plutôt que la profession elle-même ». Par exemple, la profession de jardinier « regroupe différentes sous-professions dont l’exposition moyenne annuelle est très variable : par exemple, des aménageurs de jardins, d'espaces verts et de terrains de sport, des pépiniéristes, ou des jardiniers municipaux ».

L’Anses a mené une audition de l’association Sécurité solaire qui a mis en lumière l’action des collectivités en la matière, marquée par une « progression de la prise de conscience ». « Les collectivités, lorsqu’elles s’emparent du sujet, vont plutôt cibler les personnels des espaces verts et des voiries » . L’Anses estime aussi que les collectivités « peuvent servir de relais de prévention en milieu professionnel ».

Tableau de maladie professionnelle (TMP) et Duerp

L’Anses recommande aux employeurs de « développer l’information et la prévention à destination des travailleurs et des employeurs quant à l’exposition au rayonnement UV. Par exemple, intégrer ce risque dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp). » 

Comme Maire info le pointait lundi, le Plan santé au travail dans la fonction publique 2026-2030 a d’ailleurs été rendu public en fin de semaine dernière et parmi les mesures annoncées, l'objectif de rendre effective l'obligation, pour chaque employeur public, de disposer d'un tel document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp) d’ici 2028. 

L’Anses recommande de « favoriser les adaptations des postes et horaires de travail en fonction des expositions aux UV solaires »  et d’« accompagner les [employeurs] dans la sélection, l’acquisition et la mise en place d’équipements de protection individuelle et collective adaptés. » 

Il est rappelé que pour les UV artificiels, « l’employeur est tenu d’évaluer les risques résultant de l’exposition aux rayonnements optiques artificiels » , selon le Code du travail. De même, le décret chaleur du 27 mai 2025 prévoit que l’employeur « peut proposer »  des équipements de protection contre les rayonnements solaires (lire Maire info du 28 mai 2026). 

Surtout, l’Anses est favorable à la création d’un tableau de maladie professionnelle. L’Agence encourage « la création d’un tableau par l’État dans les deux régimes général et agricole »  tout en précisant qu’ « il appartient à l’État de consulter [les commissions] et de décider in fine de créer, modifier ou supprimer un tableau ou d’établir des recommandations aux CRRMP ».

La création d’un tableau de maladie professionnelle pour les cancers cutanés résultant d’une exposition professionnelle aux UV « permettrait d’améliorer la reconnaissance des cancers cutanés d’origine professionnelle et leur indemnisation. »  Le Haut conseil de la santé publique recommandait déjà en 2020 de considérer l’exposition professionnelle aux UV comme cause de cancers de la peau pouvant conduire à une indemnisation.