« J'ai besoin d'aide pour me laver, m'habiller, je ne peux plus beaucoup marcher », explique doucement à l'AFP Françoise, Parisienne de 95 ans, qui reçoit chaque semaine trois visites d'une aide à domicile. Pour contribuer à les financer, elle bénéficie, comme 830 000 seniors en France, de l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA), octroyée par le département pour un nombre d'heures déterminé, en fonction d'un barème qui tient compte du degré de perte d'autonomie et des revenus.
Le reste à charge de la majorité des bénéficiaires pourrait toutefois augmenter à partir de janvier, en raison d'une réforme de ce barème voulue par le gouvernement. Il s'agirait d'un « recentrage” sur les bénéficiaires « les plus modestes » et les plus dépendants qui permettra aux départements d'économiser 250 millions d'euros, selon le projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS) attendu au Sénat le 9 novembre, après son rejet par l'Assemblée. La mesure passerait par un décret, qui devrait paraître « sous peu », a indiqué à l'AFP le ministère chargé de l'Autonomie.
« Mal-vieillir »
Pour Yann Lasnier, délégué général des Petits frères des pauvres, il s'agit d'une mesure « irresponsable » : « J'ai l'impression qu'on va vers une société du mal-vieillir », déplore-t-il auprès de l'AFP. L'association s'inquiète notamment du risque de « précarisation » des personnes âgées car le gouvernement cherche aussi à économiser sur les retraites, dans un contexte de finances publiques dégradées.
La hausse du reste à charge sera « limitée et plafonnée », atteignant en moyenne 12 euros par mois et au maximum 36 euros après crédit d'impôt, souligne de son côté le ministère de l'Autonomie, pour qui il s'agit d'une « réforme de justice », qui va « rendre la participation plus progressive ». Il précise que les plus modestes (moins de 940 euros de revenus mensuels) resteront « totalement exonérés ».
Surtout, les acteurs du grand âge craignent que cette mesure pousse davantage de seniors à renoncer à tout ou partie de cette aide, faute de moyens pour régler le reste à charge. Déjà, environ 20 % des heures d'aide proposées ne sont pas consommées, selon le Haut conseil de l'âge, organisme chargé de conseiller Matignon, qui s'est prononcé contre la réforme.
Ainsi, Rosie, 71 ans, a refusé une partie des heures auxquelles elle pouvait prétendre « pour une question de finances ». Malvoyante depuis six ans, elle a « beaucoup de frais » liés à son handicap, explique-t-elle. Cette retraitée de Seine-Saint-Denis, qui touche une pension d'environ 1 500 euros mensuels, se « débrouille » au quotidien et s'appuie sur son aide à domicile, deux fois par mois pour le ménage.
Mur démographique
La sous-consommation de l'allocation d'autonomie peut « aggraver l'isolement de nombreuses personnes âgées, sachant que l'intervenant à domicile est souvent l'un de leurs rares contacts réguliers », souligne Maëliss Bouticourt, de l'association Uniopss.
« On réduit une dépense de prévention, donc on risque de se retrouver avec des personnes plus dépendantes, ce qui coûtera plus cher au final. »
— Frank Nataf, président de la Fédésap
Cela peut aussi amener la personne à réaliser seule davantage de tâches domestiques, au risque de faire une chute aux conséquences potentiellement graves. « On réduit une dépense de prévention, donc on risque de se retrouver avec des personnes plus dépendantes, ce qui coûtera plus cher au final », fustige Frank Nataf, président de la Fédésap, une fédération de services à la personne.
Pour l'heure, le coût total de l'APA pour l'accompagnement à domicile est estimé à 4,5 milliards d'euros.
Le système de financement d'aide à domicile « ne fonctionne plus », résume auprès de l'AFP Vincent Vincentelli, de l'UNA, une autre fédération du secteur. « Les besoins des personnes âgées ne sont pas couverts » et « le secteur des services d'aide a d'immenses difficultés à recruter en raison des conditions de travail et de rémunération peu attractives ». Comme d'autres acteurs du grand âge, il appelle à une refonte globale d'urgence. Car le nombre de personnes âgées va fortement augmenter dans les années à venir. Selon un rapport officiel publié en 2023, le nombre de Français de 75 à 84 ans va progresser de 50 % entre 2020 et 2030, passant de 4,1 à 6,1 millions.



