En milieu de soirée, en raison des « conditions sanitaires » régnant à Paris, Gérald Darmanin a donné instruction au préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, de demander à la mairie de « réquisitionner » des moyens afin d’évacuer les ordures. Quelque 7 000 tonnes d’ordures non ramassées ont été dénombrées au neuvième jour de grève, selon le premier adjoint à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui déplore une « situation catastrophique créée par le gouvernement ».
Si la mairie ne donne pas suite à la demande de réquisition, « l’État se substituera » , a avancé l’entourage du ministre de l’Intérieur. Ce qui signifie que l’État réquisitionnera des moyens pour collecter et évacuer les déchets.
Place Beauvau, on a évoqué en outre le courrier adressé au ministre par la maire LR du VIIe arrondissement de Paris, Rachida Dati, pour qu’il intervienne. Un épisode qui survient à un moment où la majorité présidentielle a besoin du soutien des parlementaires LR pour l’adoption de sa réforme des retraites qu’elle espère pour jeudi.
Blocage à Paris et en province
Mardi, le blocage de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), au sud de Paris, se prolongeait et les grévistes s’organisaient pour tenir les piquets de grève la nuit. « On bloque mais on ne fait pas n’importe quoi », dit Julien Lejeune, 44 ans, agent de la mairie de Paris chargé des eaux usées et délégué CGT. « On fait des tours de garde, on surveille qu’il n’y a pas de détérioration du matériel ni d’intrusion ».
L’incinérateur d’Ivry – le plus grand d’Europe avec près de 700 000 tonnes de déchets traités chaque année et géré par l’opérateur public Syctom – est depuis le 6 mars à l’arrêt, tout comme celui d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), également en grève. Celui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) est en maintenance.
Les grévistes disent se sentir « soutenus par la majorité de la population » . « On voit que l’opinion publique est de notre côté, ça fait plaisir », dit Guillaume Konrad, 38 ans, chef de la permanence des égouts de Paris. « Même la police est passée hier (lundi) pour nous encourager », assure-t-il. Que les mécontents « s’adressent (au président) Emmanuel Macron pour qu’il abandonne sa réforme » , assène Régis Vieceli, secrétaire général CGT de la FTDNEEA (Filière traitement, déchets, nettoiement, eau, égouts et assainissement) de Paris.
Le mouvement affecte aussi certaines villes de province. À Rennes, la grève a démarré lundi et la collecte n’a pu être effectuée mardi, selon le groupe Suez, qui en est chargé. La collecte est également perturbée à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor).
Des actions ont également perturbé le ramassage des déchets à Nantes, ainsi qu’en Seine-Maritime, notamment au Havre. Mardi matin, « une centaine de manifestants ont bloqué les camions » au centre de traitement des déchets de la Métropole de Rouen, a assuré Gérald Le Corre de l’union départementale CGT.
Un métier « insalubre »
La mairie de Paris, dont les agents gèrent le ramassage des ordures ménagères dans la moitié des arrondissements, se dit « solidaire » du mouvement social. Une position attaquée par le gouvernement. Mardi, le ministre des Transports, Clément Beaune, a déclaré sur France 2 attendre de la maire de Paris « qu’elle prenne des mesures concrètes comme la mutualisation du ramassage et du stockage entre arrondissements, voire la réquisition ».
« La réquisition consiste à obliger des grévistes à venir faire leur travail : c’est une compétence de l’État sur un problème créé par l’État », leur a répondu dans l’après-midi Emmanuel Grégoire. La ville « met en place des mesures palliatives » et « c’est plus que le service minimum » qui est assuré avec 23 000 tonnes ramassées sur 30 000 en dix jours, a-t-il dit, reconnaissant avoir recours à des agents privés «sur des urgences absolues ».
Dans le XVe arrondissement de Paris, l’opérateur privé Pizzorno, dont le garage dans le Val-de-Marne est bloqué par des étudiants et militants depuis plusieurs jours, a fait appel à des bennes de banlieue et de province pour procéder à la collecte, a assuré à l’AFP le maire LR de l’arrondissement, Philippe Goujon. « On vient du Var (Draguignan) et on est venu en renfort pour la grève » , a ainsi déclaré à l’AFPTV à Paris un éboueur pour Pizzorno, Mourad Nacer.
Si la réforme est votée, éboueurs et agents d’assainissement devraient partir à la retraite à 59 ans au lieu de 57 actuellement. Un allongement de la durée de travail « impensable » pour les grévistes qui avancent une « surmortalité » dans leurs professions et une espérance de vie très raccourcie par rapport à d’autres métiers. « Notre métier n’est pas seulement pénible, il est dangereux et insalubre » , fait valoir Julien Lejeune.

