De nouveau, 70 000 policiers et gendarmes seront déployés demain dans tout le pays pour empêcher la réitération des violences commises le 17 octobre. Le gouvernement s’attend à une participation nombreuse aux manifestations et redoute que le soir, en marge de la fête d’Halloween, de nouvelles violences urbaines se déroulent.

Tous les moyens mobilisés

Les quelques ouvertures annoncées par le gouvernement lundi 26 octobre (lire Maire info du lendemain) n’ont visiblement pas eu l’effet escompté : au lieu d’inciter les lycéens et étudiants à mettre fin à leur mouvement et « à retourner en cours dans le calme », comme leur a conseillé le président de la République, il semble que les annonces gouvernementales aient au contraire incité les organisations de jeunesse à s’engouffrer dans la brèche. Elles appellent toutes à manifester demain, samedi 31 octobre, puis jeudi 5 novembre à l’occasion de la journée de grève générale organisée par les syndicats. Et rien ne dit que la rentrée scolaire, lundi prochain, verra un retour à la normale dans les lycées. 

Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur a donné une conférence de presse, hier en fin de journée, pour dévoiler le dispositif de sécurité qui sera déployé dans les villes « grandes et moyennes »  à cette occasion. La jauge sera la même que le samedi précédent, avec 70 000 policiers et gendarmes, mais répartis de façon plus équilibrée sur l’ensemble du territoire. Samedi dernier en effet, des milliers d’effectifs avaient été concentrés sur la seule ville d’Orléans, pour prévenir des violences en marge du congrès du Rassemblement national. 

«  Nous ne tolérerons aucun débordement.  »

— Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

Le ministère de l’Intérieur a donc de nouveau rappelé une bonne partie des policiers et gendarmes en congé et mobilisera de nouveau « un dispositif exceptionnel », allant comme la semaine dernière jusqu’à y faire participer les unités d’intervention (BRI, Raid et GIGN) ainsi que « les brigades équestres et cynophiles »  ainsi que « tous nos drones, tous nos hélicoptères », la totalité des véhicules blindés Centaure et des engins lanceurs d’eau. 

Couvre-feux et parcours

Sur un ton particulièrement martial, Laurent Nuñez a répété plusieurs fois que l’État se montrera « implacable », « ne tolérera aucun débordement »  et sera « d’une extrême fermeté » , soucieux de respecter l’engagement du président de la République : « Plus jamais le 17 octobre ». 

Les préfets reconduiront les couvre-feux là où ils le jugent nécessaire. Ceux-ci ont déjà été annoncés à Marseille, Paris, Valence, Romans, Montélimar, Nice… Ils devraient l’être aujourd’hui à Lyon et dans bien d’autres villes. 

Le ministre a également confirmé que les parcours déposés par les organisations syndicales seraient refusés s’ils passent dans les centres-villes ou aux abords « des centres commerciaux à la périphérie des villes » . Les préfets autoriseront les manifestations, cas par cas, après s’être assurés « que l’organisateur a un service d’ordre qui permet de faire face à d’éventuels débordements ». 

Comme le 24 octobre également, des « contrôles de flux »  seront effectués à très grande échelle, c’est-à-dire des fouilles en amont des cortèges, que ce soit sur les routes ou à la sortie des gares, afin de « détecter les matériels qui serviront à exercer des violences (cagoules, masques, feux d’artifice, mortiers, etc.) ». 

Appels « à la révolution » ?

Si les manifestations revendicatives, déclarées et encadrées, pourront être autorisées demain, le gouvernement sera beaucoup plus ferme vis-à-vis de « rassemblements appelés en soirée à l’occasion d’Halloween » , qui seront, eux, purement et simplement « interdits » , a précisé le ministre. Il estime que la concomitance de ces manifestations et de la fête d’Halloween conduit à « un risque très élevé de troubles à l’ordre public » . Selon le ministre, on trouve sur les réseaux sociaux « de nombreux appels à rassemblement, aux alentours de 20 heures, qui émanent de la mouvance d’ultragauche, de l’extrême gauche radicalisée, et de certains sites de “gilets jaunes” radicalisés »  et appelant, sous prétexte de fêter Halloween, « à faire la révolution et à l’insurrection » . Ces rassemblements seront donc « interdits et dispersés ». 

On peut penser que les services du ministère disposent de renseignements issus de boucles non accessibles au grand public et qui appellent, comme il l’a déclaré hier, « au pillage et au saccage ». Mais sur les réseaux sociaux eux-mêmes, d’Instagram à TikTok, si l’on trouve en effet des appels à se réunir à 20 heures avec des déguisements d’Halloween, on ne trouve guère d’appel à l’insurrection ni au pillage. Beaucoup de comptes appellent en revanche à se rendre déguisés aux manifestations de la journée, mais de façon plutôt festive – le principal défi lancé sur les réseaux sociaux consistant à reproduire en manifestation la chorégraphie du célèbre clip de Michael Jackson, Thriller, l’hymne d’Halloween. 

Attention toutefois : le ministre a clairement précisé qu’il serait, comme d’habitude, interdit d’avoir le visage masqué en manifestation. Rappelons que la loi interdit (sous peine d’amende, pour l’instant) à un manifestant de « dissimuler tout ou partie de son visage sans motif légitime » . On pouvait se demander si la fête d’Halloween constituait un « motif légitime »  de porter un masque. Réponse ferme du ministre : non.