Un taux de croissance négatif sur un trimestre n’est pas totalement exceptionnel ni forcément catastrophique : sur les vingt dernières années, il est arrivé une quinzaine de fois qu’un taux de croissance trimestriel tombe en dessous de zéro – et la plupart du temps sans dépasser les - 1 %. À l’exception, bien sûr, de l’année 2020, où le PIB avait diminué de 12,2 % au deuxième trimestre pour cause de pays confiné.
Exception française
Néanmoins, l’annonce d’un PIB français en baisse de 0,1 % au troisième trimestre 2026 est une nouvelle plus préoccupante qu’à d’autres occasions, tout simplement parce que la France fait figure d’exception : de tous les pays de la zone euro, elle est le seul où la croissance est négative sur ce trimestre, et la différence n’est pas mince : le plus mauvais élève de la zone euro après la France est l’Autriche, avec une croissance en hausse de 0,6 %. En tête du classement, sept pays dont les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal affichent plus de 2 % de croissance, tandis que l’Irlande caracole à 3,6 %.
Alors que la France a réussi à maintenir un taux de croissance trimestriel compris entre 1 % et 2 % depuis 2023, celui-ci s’effondre, lentement mais sûrement, depuis la fin de l’année 2025 et est donc, cette fois, passé en dessous de zéro.
Cette dégradation s’explique en partie par la hausse des prix de l’énergie due à la guerre au Moyen-Orient et aux conséquences de la canicule, mais ces facteurs touchent aussi les autres pays qui, pourtant, s’en sortent moins mal. L’explication de cette exception française semble donc, d’après les experts, tenir en grande partie à la situation politique que connaît le pays depuis la dissolution de 2024 : instabilité politique permanente, incapacité à adopter un budget dans des conditions normales, politique erratique d’un gouvernement balloté par les vents contraires, sans compter la perspective de bouleversements politiques majeurs au printemps prochain, sont autant de facteurs qui sapent la confiance des investisseurs et des entreprises. À cela s’ajoute la baisse du pouvoir d’achat, de plus en plus marquée, qui pèse sur la consommation, et un déficit public en augmentation constante que le gouvernement ne parvient pas à juguler.
Et la crise sociale durable que traverse le pays ne laisse pas espérer des chiffres beaucoup plus flamboyants au quatrième trimestre.
Conséquences en cascade
L’une des conséquences immédiates de cette situation est la hausse du chômage, qui a augmenté de 0,6 % en un an (trois fois plus que la moyenne de l’Union européenne). Si la France n’est, en matière de chômage, pas la plus mauvaise élève des pays de l’OCDE, elle figure toutefois dans le peloton de queue, avec un taux de chômage qui est remonté à 8,5 %. La nette amélioration sur le front du chômage qui a marqué les premières années des quinquennats d’Emmanuel Macron est aujourd’hui, en grande partie, effacée.
Résultat : si les agences de notation maintiennent la « note » de la France a des niveaux élevés, il est probable que cela ne dure pas. Ainsi, vendredi 30 octobre, l’agence Fitch a fait passer la perspective pour la France de « stable » à « négative », ce qui veut dire qu’elle escompte une dégradation de la note à court terme, notamment du fait de l’incapacité de l’État à juguler sa dette.
Cette situation est alarmante, car elle peut engager le pays dans une spirale infernale : si la « note » financière de la France devait se dégrader, cela aurait pour conséquence immédiate une hausse des taux d’intérêt – qui sont déjà historiquement hauts, autour de 5 %. Une hausse des taux d’intérêts provoquerait mécaniquement un renchérissement du coût de la dette, donc un creusement du déficit, qui amènerait une nouvelle hausse des taux d’intérêt, et ainsi de suite. C’est, rappelons-le, un tel phénomène qui a mené la Grèce à la faillite dans les années 2010.
L’investissement local menacé
Dans ce sombre tableau, les associations d’élus ne cessent de répéter que la pire des choses à faire serait de casser la dynamique de l’investissement local – qui représente, rappelons-le, 65 à 70 % de l’investissement public total en France. Pour faire des économies à court terme, cela fait des années que les gouvernements successifs ponctionnent les finances locales, entre baisse des dotations et ponctions directes. Ce qui a pour effet de réduire la capacité d’investissement des collectivités territoriales, qui sont pourtant un moteur essentiel de l’économie, en particulier dans le bâtiment et les travaux publics.
Les associations d’élus, AMF en tête, alertent donc depuis des années sur les conséquences délétères d’une politique qui apparaît, fondamentalement, « court termiste » : quelques centaines de millions d’euros économisés par l’État sur un budget peuvent avoir, à terme, des conséquences qui se chiffreront en milliards d’euros d’investissements déprogrammés et en dizaines de milliers d’emplois perdus.
Dernière association en date à tirer le signal d’alarme : l’APVF. L’association qui regroupe les petites villes a publié, hier, un communiqué où elle exprime son « inquiétude » devant un pays « au bord de la récession ».
L’APVF constate que « les carnets de commande des entreprises du bâtiment et des travaux publics sont en train de se vider », et estime que « l’urgence » du moment, au-delà du redressement budgétaire, est « de relancer la croissance en réorientant massivement l’investissement des entreprises et des administrations publiques vers les besoins essentiels du pays ». Elle propose d’orienter les efforts vers « trois priorités » : la rénovation énergétique des bâtiments, le logement et la modernisation des infrastructures de transport. « Ces chantiers répondent à des besoins essentiels des habitants et permettraient de soutenir rapidement l’activité des entreprises et l’emploi dans les territoires, tout en accélérant la transition écologique », estime l’association présidée par Christophe Bouillon.
« Les carnets de commande des entreprises du bâtiment et des travaux publics sont en train de se vider. »
— APVF
Les petites villes se disent « prêtes à prendre toute leur part dans cette mobilisation » … à condition que leurs capacités d’investissement ne se voient pas amputées année après année par les choix du gouvernement en matière de lois de finances.
Ce constat peut être partagé par toutes les strates de communes et tous les niveaux de collectivités. Bien malin qui peut dire à quoi ressemblera la loi de finances pour 2027, dont la version gouvernementale est en train d’être taillée en pièce par les députés et les sénateurs (lire article ci-contre). Mais rappelons que dans la version initiale – qui sera peut-être celle qui sera finalement appliquée si le gouvernement décide de légiférer par ordonnance – les collectivités se voyaient rackettées de quelque 5,5 milliards d’euros.



