Sur le perron de Matignon, Édouard Philippe a rappelé, à la sortie d’une réunion sur le sujet, que « 300 000 enfants (341 000 enfants à la fin de l’année 2017, dont plus de la moitié est placée) bénéficient de mesures de protection qui sont mises en œuvre, pour l’essentiel, par les départements ». Si le Premier ministre a salué le « bon travail » de ces derniers, qui consacrent une enveloppe de huit milliards d’euros à la protection de l’enfance chaque année, le chef du gouvernement souhaite encore « faire mieux ». Des « moyens supplémentaires » ont été inscrits « dans le budget 2019 », a-t-il rappelé. « L’enjeu, c’est de faire en sorte qu’un certain nombre de dysfonctionnements qui ont été observés puissent être corrigés (…), de prévenir les violences, prévenir les mauvais traitements. » Sur Twitter, Dominique Bussereau, président de l’Assemblée des départements de France (ADF), a relevé de façon plus générale : « Créer un portefeuille ministériel dans un domaine où les départements ont la quasi-totalité des compétences ne va pas dans le sens de plus de décentralisation. »
« Un angle mort des politiques publiques de la jeunesse »
La diffusion du documentaire « Enfants placés : les sacrifiés de la République » dans l’émission Pièces à conviction, sur France 3 le mercredi 16 janvier, a peut-être accéléré la nomination d’un secrétaire d’État à la protection de l’enfance. L’enquête a en effet mis en lumière certains dysfonctionnements institutionnels et des cas de maltraitance. Depuis sa diffusion, une dizaine de députés de la majorité, emmenés par Perrine Goulet (Nièvre), elle-même ancienne enfant placée, réclame la création d’une commission d’enquête « sur le fonctionnement de l’aide sociale à l’enfance ». Ce serait « la moindre des choses », a commenté Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l’enfance et protagoniste dans l’enquête, interrogé ce matin sur France Inter. Vendredi, le groupe LaRem faisait savoir à l’AFP qu’il ne s’agissait à ce stade « pas d’une initiative du groupe ».
Consacrer un secrétariat d’État à la Protection de l’enfance est peut-être aussi une réponse (tardive) à l’avis rendu public le 13 juin 2018 par le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Les membres de l’assemblée consultative s’inquiétaient de la situation des jeunes placés dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance (ASE), « un angle mort des politiques publiques de la jeunesse ». Agnès Buzyn avait alors évoqué « certaines failles de notre système de protection à l’enfance » : « Une gouvernance complexe car interministérielle et décentralisée » ; « un trop faible investissement dans la prévention et le repérage » ; « le besoin d’améliorer l’accompagnement des mineurs protégés » et « la nécessité d’assurer la continuité de cet accompagnement jusqu’à l’accès à l’autonomie ». La proposition de loi renforçant l'accompagnement des jeunes majeurs sortant de l'ASE vers l'autonomie, portée par la députée LaRem du Pas-de-Calais Brigitte Bourguignon et adoptée en commission des affaires sociales, sera examinée en séance publique en mars. Le Sénat se saisit, lui aussi, du dossier. Sous l'impulsion du sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli, la chambre haute devrait créer, mardi 29 janvier, un groupe de travail consacré à la protection à l'enfance.
Des travailleurs sociaux épuisés
Adrien Taquet aura enfin fort à faire pour retrouver la confiance des professionnels, qui l’attendent au tournant. Ces derniers tirent la sonnette d’alarme depuis des mois. Dans toute la France, les appels à la mobilisation sont réguliers pour dénoncer le manque de moyens des travailleurs sociaux souvent épuisés. Le dernier en date est prévu ce lundi : les agents de la protection de l’enfance du département des Côtes-d’Armor ont déposé un préavis de grève et annoncé un rassemblement dans les locaux du conseil départemental, selon Le Télégramme. Dans un communiqué, Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin et président de la commission affaires sociales de l'Assemblée des départements de France, a appelé Adrien Taquet à « travailler de concert avec les départements et à engager fortement l’État sur ses compétences régaliennes, tout spécialement dans le domaine de la santé (troubles comportementaux et problèmes psychiques) ».

