Fonction publique territoriale : la santé mentale des agents territoriaux se dégrade
Par Lucile Bonnin
La Mutuelle nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales (MNFCT) publie la troisième édition de son baromètre de la santé mentale au travail de la Fonction publique territoriale.
À partir d’une enquête menée de mai à juillet 2026 auprès de 6 513 agents, les auteurs du baromètre alertent : « La santé mentale des agents territoriaux est fragilisée, et cette tension n'a rien d'anecdotique ni de passager ». « En donnant chaque année la parole aux agents, cette enquête entend mesurer, mais aussi alerter et outiller » , ajoutent les auteurs.
Charge de travail, incivilités, accès aux soins : un état des lieux préoccupant
Premièrement, les trois indicateurs principaux de ce baromètre montrent que la santé mentale des agents se dégrade légèrement en 2026 : 45 % des agents se déclarent épuisés par leur travail et 45 % ressentent une irritation régulière. Ces taux ont augmenté chacun de trois points par rapport à 2025. Enfin, 35,6 % des agents interrogés perçoivent un risque pour leur santé mentale sur leur lieu de travail.
Ce sont les agents de la catégorie C qui sont les plus exposés à l’épuisement (46,8 %) mais les agents des catégories B et A ne sont pas épargnés pour autant (42,4 % en B et 39,5 % en A se déclarent épuisés). Le rapport évoque pour la catégorie C « des conditions de travail de plus en plus délétères pour leur santé mentale ».
En ce qui concerne les causes de l’épuisement, les agents sondés sont 40 % à juger que la charge de travail à la semaine est trop élevée, une perception plus forte chez les agents de catégorie A (48 %, contre 42 % en B et 39 % en C). La santé mentale des agents est également affectée par « une inquiétude pour l'avenir professionnel », expérimentée par certains. En effet, « 35 % des agents s'inquiètent, plusieurs fois par semaine ou plus, pour leur avenir professionnel au sein de leur collectivité (+ 4,5 points par rapport à 2025). » Les conditions de travail peuvent aussi être affectées par les « réformes, réorganisations, contraintes budgétaires et alternances électorales » qui poussent les agents « régulièrement dans leurs retranchements ».
Le baromètre met en lumière un facteur de risque à part entière : celui des incivilités. 30 % des agents en subissent plusieurs fois par mois ou plus, surtout en catégorie C. « Le contact avec le public est l'un des facteurs de risque pour la santé mentale, quel que soit le domaine » , pointent les auteurs. Les agents les plus exposés sont 43 % à déclarer des difficultés de sommeil quotidiennes, contre 13 % chez ceux qui n'en subissent pas. C’est « un vrai facteur de risque pour la santé mentale » qui touche aussi bien les agents que les élus eux-mêmes. 69 % des maires déclarent avoir déjà été victimes d’incivilités ou de violences en 2023.
Ces fragilités s'accompagnent d'un accès inégal aux soins : 39 % des agents ont déjà renoncé à des soins pour leur santé mentale. Le frein est d'abord financier : « l'argent reste le frein numéro un dans l'accès aux soins » (59 % des agents concernés). Or « le renoncement aux soins est associé à une augmentation de l'épuisement » , qui touche déjà 45 % des agents.
« Le sens du travail » dans les mairies et intercommunalités
Le « sens du travail » dans la fonction publique territoriale est un atout qui peut être « ambivalent ». Le sondage montre que 82 % des agents ont le sentiment que leur travail est utile, 80 % perçoivent leur travail comme important et 55 % estiment que leur travail développe leurs compétences et perçoivent de la stimulation dans leur travail. Globalement, 71 % des agents perçoivent du sens dans leur travail, mais ce taux recule de 4 points en un an et de 8 points en deux ans.
Il apparaît que « l'alignement entre les valeurs de l'agent et celles de la collectivité est la première source de sens » pour un agent. Les auteurs précisent que le niveau de sens perçu par les agents varie selon les types de collectivité. Ce sens perçu semble plus important dans les collectivités les plus proches des administrés notamment dans les communes et intercommunalités.
Le rapport rappelle que si le « sens du travail » peut être source de motivation, il peut aussi jouer sur la santé mentale d’un agent : « Percevoir son travail comme important et utile peut renforcer le risque d'épuisement », en raison d'« une forme d'engagement intense dans le travail, susceptible de conduire à l'épuisement ». Cette recherche du sens est « une ressource fragile » , qui « ne résiste pas indéfiniment à l'usure, aux réorganisations et au sentiment de ne pas être soutenu ».
Des leviers d’action
La formation apparaît comme un levier d’action prioritaire pour préserver au mieux la santé mentale des agents. Selon l’enquête, 74 % des agents n'ont jamais eu de formation sur les risques psychosociaux et 60 % se disent peu ou pas sensibilisés.
Plusieurs initiatives de collectivités sont citées dans le rapport notamment certaines portées par des communes. Une commune francilienne a par exemple développé en interne un forum Qualité de vie et des conditions de Travail (QVCT) qui « s'adapte à tous les budgets » et peut être déployé « facilement par n'importe quelle commune » . Autre exemple innovant : le Conseil départemental du Pas-de-Calais s'intéresse à des souffrances au travail « encore méconnues et sous-estimées par rapport au burn-out » : le brown-out, ou perte de sens, et le bore-out, ou « épuisement par l'ennui » . La collectivité a conçu « un cycle complet de repérage des signaux faibles ».
La MNFCT recommande concrètement de « former les agents à la détection de leur propre situation de bien-être psychique » ; « d’agir en amont de la présence de symptômes (atelier, campagne de communication, etc.). › et de « faire de la charge de travail ressentie, un indicateur de la santé mentale des agents » . Les auteurs suggèrent aussi aux collectivités d’établir plus régulièrement des moments de dialogue comme « des points d'information réguliers et honnêtes sur le budget, l'organisation, les remplacements, les enjeux liés aux décisions » mais aussi des « espaces d'échange sur les difficultés rencontrées au travail », assortis d'« un suivi confidentiel » et « des moments de dialogue social à part entière dédiés à la santé mentale des agents ».
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