Vendredi 2 octobre, ce sont 564 établissements qui ont « fait l’objet d’actions ou de perturbations », a annoncé le ministère de l’Éducation nationale en fin de journée. C’est nettement moins que la veille (1 207 établissements), mais les chiffres sont difficilement comparables dans la mesure où plusieurs centaines d’établissements (400) faisaient l’objet d’une fermeture administrative. 

Comme la veille, ce mouvement a été le théâtre de violences, notamment à Paris, Pantin, Strasbourg, Rennes, Belfort. Dans plusieurs régions, les conseils régionaux chiffrent à plusieurs millions d’euros au minimum les dégâts occasionnés par ces violences. On retiendra également le chiffre inhabituellement élevé des interpellations donné par le ministère de l’Intérieur vendredi soir : il s’élève à 5 000 pour l’ensemble de la semaine. 

« Plan d’action »  sur le remplacement

Vendredi après-midi, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu les organisations lycéennes et étudiantes. Celles-ci ont regretté que cette rencontre ait lieu si tard – alors que le mouvement avait débuté depuis une quinzaine de jours – et se sont dites globalement « déçues »  des propositions du ministre. Lors d’un point presse improvisé après cette réunion, Édouard Geffray a reconnu que certaines revendications des lycéens sont « tout à fait légitimes »  et a mis l’accent sur la nécessité de revitaliser la « démocratie lycéenne » . Il a annoncé le lancement, dès aujourd’hui, d’une « plateforme de concertation »  sur internet, où chaque lycéen pourra « répondre à deux questions très simples : quelles sont vos difficultés ? quelles sont vos attentes ? ». « Ils seront lus, ils seront crus », a poursuivi le ministre, tout en indiquant que les réponses seront compilées à l’aide de … l’intelligence artificielle. Il n’est guère probable que cette initiative suffise à calmer la colère d’une partie de la jeunesse. 

Réponse plus concrète aux demandes des lycéens, particulièrement agacés par le non-remplacement des enseignants absents : le lancement dès cette semaine d’un « grand plan d’action sur le remplacement des professeurs » , afin de les accélérer « sensiblement »  notamment dans les classes à examen. 

Le ministre a par ailleurs annoncé la (énième) réouverture d’une réflexion sur « les rythmes scolaires ». Mais aucune décision ne sera prise à court terme, vu la proximité des échéances électorales : le ministre entend lancer « un travail de fond »  mais a d’ores et déjà annoncé qu’il n’avait pas l’intention de lancer une réforme qui s’appliquerait à la rentrée prochaine. 

Réparations d’urgence

C’est ensuite le Premier ministre lui-même, relativement discret sur le sujet pendant toute la semaine dernière, qui a pris le relais, en publiant (sur X) dans la soirée du dimanche 4 octobre une « lettre aux ministres »  de quatre pages, afin de leur fixer une « feuille de route avec cinq chantiers » . 

«  À partir de ce lundi 5 octobre, les cours devront reprendre partout où la sécurité et l'état des locaux le permettent.   »

— Sébastien Lecornu, Premier ministre

Sébastien Lecornu tient, lui aussi, à affirmer que les « inquiétudes »  portées par les lycéens et les personnels de l’Éducation nationale sont « légitimes » : « Cours non assurés, locaux dégradés, longues journées, angoisse de l’orientation, sentiment général de ne pas être entendus » , liste le Premier ministre. Il n’en dénonce pas moins « les violences et les tentatives d’instrumentalisation », et demande que « les cours reprennent »  dès aujourd’hui « partout où la sécurité et l’état des locaux le permettent » . Là où les cours ne peuvent reprendre, il demande aux proviseurs, en lien avec « les recteurs, les préfets, les élus régionaux et les maires », d’informer les familles sur un calendrier de reprise. 

Le Premier ministre développe ensuite les « cinq chantiers »  que le gouvernement doit lancer, au premier rang desquels, « dès cette semaine » , le lancement d’un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus ». Le ministère de l’Éducation nationale dispose de dix jours pour mettre en place ce plan, le « premier bilan »  devant être établi le 16 octobre.

Deuxième chantier : les locaux. Même si le Premier ministre rappelle que l’entretien des lycées est « une compétence exclusive »  des régions, il annonce que l’État « pourra accompagner »  celles qui en font la demande. Il demande que l’accent soit mis sur des équipements et réparations prioritaires : « Salles de classe équipées, sanitaires propres et équipés, chauffage, matériel indispensable. »  À plus long terme, une réflexion doit être menée d’ici « fin octobre »  pour permettre d’engager des travaux en matière « d’adaptation aux fortes chaleurs »  avant l’été prochain. 

Parcoursup maintenu

Sur les rythmes scolaires au lycée, le Premier ministre demande qu’une réflexion soit engagée établissement par établissement, « avec les personnels et les élus lycéens »  et « en associant les autorités locales responsables du transport ». Par ailleurs, le gouvernement « travaillera avec les équipes, les collectivités et les associations »  pour faciliter l’accès des lycéens « au sport, à la culture et aux espaces de vie collective » . Des améliorations tangibles doivent être mises en place « pour la rentrée des vacances de la Toussaint ». 

Sébastien Lecornu évoque ensuite Parcoursup, dont plusieurs syndicats lycéens demandent la suppression pure et simple. Le Premier ministre ne va pas dans cette direction mais demande au ministère « des améliorations réelles pour la campagne 2027 » , avec plus de « transparence »  sur les critères et un effort de pédagogie pour aider les lycéens à « comprendre les critères retenus ». 

Dernier chantier enfin : la démocratie lycéenne. Le Premier ministre demande que les Conseils de vie lycéenne (CVL) soient « réunis et consultés à temps » , et que leurs propositions reçoivent de façon systématique « une réponse motivée ». 

Sébastien Lecornu attend, sur tous ces sujets, des propositions concrètes de ses ministres « avant fin octobre »  avec « un coût, un financement et un calendrier » . Il procédera dès lors « aux arbitrages nécessaires »  eu égard « aux contraintes de nos finances publiques ». 

« Casseurs payeurs » 

Ces engagements suffiront-ils à éteindre le feu ? On le saura aujourd’hui et surtout demain, à l’occasion de « l’acte III »  de la mobilisation, auquel appellent quasiment toutes les organisations lycéennes et étudiantes, ainsi que des syndicats de salariés. Ce matin en tout cas, blocages et manifestations ont repris dans de nombreuses villes – Paris, Lille, Nice… – ce qui laisse à penser que les propositions gouvernementales n’ont pas convaincu. Selon le ministère, 473 lycées sont « perturbés »  ce matin, et des échauffourées ont déjà éclaté à Paris et à Lille notamment.

Sur la question des réparations des dégâts provoqués par les débordements de la semaine dernière, enfin, le gouvernement a annoncé son intention d’accélérer l’examen de son projet de loi « casseurs-payeur »  (lire Maire info du 18 septembre), qui pourrait être débattu au Sénat dès ce mois-ci. Pour mémoire, ce texte prévoit une nouvelle forme de responsabilité civile « collective »  : toute personne présente à un rassemblement prohibé serait responsable civilement des dégâts, même si elle ne les a pas commis elle-même. Par ailleurs, le texte prévoit que les dommages et intérêts puissent être prélevés sur les allocations familiales et les aides au logement.