Ce sont 160 000 personnes qui ont défilé hier dans tout le pays, selon le ministère de l’Intérieur (trois fois plus selon les organisateurs). Environ 300 lycées et 90 % des universités ont été touchés par des « perturbations ». Pour le gouvernement, ces chiffres marquent une nette « décrue »  du mouvement. Mais si le nombre de blocages est incontestablement en baisse, les manifestations restent très fournies et le mouvement ne semble pas près de s’arrêter. Du côté des organisations lycéennes et étudiantes, on continue d’estimer que le gouvernement n’a apporté de réponse sérieuse à quasiment aucune de leurs revendications, notant en particulier que quasiment pas un centime supplémentaire n’a été mis sur la table – quand les syndicats estiment qu’il faudrait « 10 milliards d’euros »  pour l’éducation. 

Un tiers des 3 000 remplaçants affectés

Interrogé sur BFMTV ce matin, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a une fois encore déclaré qu’il considérait les revendications des lycéens comme « légitimes », mais a demandé l’arrêt des blocages : « Les élèves qui le souhaitent doivent pouvoir aller en cours. » 

Il a surtout fait le point sur son « plan d’urgence »  sur le remplacement permettant, promettait-il vendredi dernier, de mettre « 3 000 enseignants »  devant les élèves en trois jours. Comme on pouvait aisément le prévoir (lire Maire info du 9 octobre), cet engagement était évidemment intenable. Une semaine après cette déclaration, de l’aveu du ministre, ce sont environ 900 remplaçants qui ont réellement été affectés sur les 3 000 promis. Avec parfois des « erreurs », a-t-il reconnu, comme des enseignants qui ont été affectés sur des matières qui ne sont pas les leurs. 

Le ministre a également annoncé qu’il avait autorisé le recrutement de « 940 contractuels »  et qu’à ce jour, « 90 »  ont effectivement été recrutés. Sur les 114 établissements identifiés comme ultra-prioritaires en matière de problèmes de remplacement, 64 ont été traités – il en reste donc 50. 

Temps scolaire : un sujet « pour la présidentielle » 

Édouard Geffray a par ailleurs fait le point sur la consultation en ligne de la jeunesse, débutée lundi 5 octobre. Dix jours plus tard, « 90 000 contributions »  ont été déposées sur la plateforme gouvernementale. Selon les premiers décomptes, « 70 % concernent les emplois du temps et le temps scolaire »  et 60 % évoquent « les conditions matérielles », le bâti, les salles de classes, etc. « 25 à 30 % »  des contributions mentionnent la question des remplacements, et « moins de 20 % »  Parcoursup. 

«  Je ne vais lancer une réforme qui sera détricotée dans six mois.  »

— Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale

C’est donc bien la question des emplois du temps qui est le sujet numéro 1 pour les lycéens, si l’on en croit ce sondage à grande échelle. Cette question, selon Édouard Geffray, ne peut trouver de réponse rapide, au vu de ses innombrables implications. Si le ministre a exclu de renoncer au « bac Blanquer »  et ses innombrables « spécialités », qui ont transformé la construction des emplois du temps en véritable casse-tête pour les chefs d’établissement, le ministre s’est dit ouvert à la réflexion sur « le temps scolaire », en particulier un raccourcissement des journées de cours compensé par une diminution du temps de vacances. « Il y a 16 semaines de vacances par an en France, contre 13 en moyenne dans les pays de l’OCDE. »  Mais c’est pour lui « un sujet global, qui impacte toute la vie sociale ». Modifier le calendrier scolaire et les horaires de cours en journée, cela veut dire « repenser des milliers de services de transport scolaire », cela demande de mesurer les impacts sur le tourisme, sur les temps partiels pris par les parents, etc. L’étendue du problème est si vaste que, pour le ministre, il ne peut s’agir que « d’un sujet pour la présidentielle ». 

Le ministre exclut donc toute réforme immédiate, qui serait de toute façon « détricotée dans six mois ». Il propose plutôt de mettre le débat sur la table et de lancer les réflexions sur le sujet, laissant aux futurs candidats à la présidentielle le soin de faire des propositions de réforme. 

Sur Parcoursup enfin, le ministre s’est également opposé à sa suppression (« pour le remplacer par quoi ? » ), mais il a promis que, conformément aux demandes du Premier ministre, « des aménagements et des améliorations »  seront présentés d’ici à la fin octobre. 

La prochaine étape du mouvement lycéen se déroulera samedi prochain, le 17 octobre, puisque les porte-parole de ce mouvement ont annoncé leur intention de se joindre aux manifestations organisées contre la hausse du prix de l’essence. 

Mais cette date correspond également au début des vacances de la Toussaint. Le gouvernement ne cache pas son espoir que ces 15 jours de vacances suffisent à éteindre la contestation.