Les principaux acteurs de l’inclusion dont l’Union nationale des missions locales (1) ont fait leurs comptes. Ils sont tous négatifs. 5 600 emplois seraient menacés en 2027 dans leurs structures, s’ajoutant aux 11 000 emplois déjà supprimés entre 2025 et 2026.
Le projet de loi finances marque « l’abandon des politiques d’inclusion vers l’emploi », comme ils l’ont expliqué lors d’un point presse, mardi 20 octobre. « Le gouvernement fait porter sur le ministère du Travail le plus gros impact des économies budgétaires. C’est un choix. Pour nous, c’est une mauvaise stratégie » , résume Nadia Landry, présidente de la Fédération des entreprises d’insertion.
Au-delà des suppressions de poste, les structures alertent sur les conséquences pour les parcours des personnes accompagnées : jeunes sans qualification, personnes en situation de handicap, chômeurs de longue durée…
L’inquiétude des missions locales
« Il est temps d’arrêter les visions court-termistes ! », lance Stéphane Valli, président de l’Union nationale des missions locales. Le maire de Bonneville (Haute-Savoie) se dit d’autant plus inquiet que risque de s’ajouter aux coupes budgétaires l’effet cumulé de celles également subies par les collectivités. Ce qui peut entrainer, comme cela se traduit déjà dans trois régions (deux de plus que l’an dernier) – le Grand Est, la Normandie et les Pays-de-la-Loire – par des chutes brutales de cofinancement.
Or « le taux de pauvreté n’a jamais été aussi important depuis 30 ans, un jeune sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, la perte de pouvoir d’achat est encore plus importante chez les jeunes, et le nombre de jeunes mineurs accueillis ne cesse d’augmenter », rappelle Stéphane Valli.
Tandis que 40 % affichent déjà des résultats négatifs, les missions locales demandent donc « à minima » le maintien de leurs moyens, « ce qui est déjà une forme de baisse », souligne l’élu. Cela entraînera « la fermeture d’associations et d’activités, ce qui signifie que des territoires entiers pourraient n’être plus couverts pour l’accompagnement des publics jeunes », ajoute l’élu.
Double peine pour Territoires zéro chômeurs
L’association Territoires zéro chômeur longue durée a aussi fait ses comptes. La reconduction du budget alloué en 2026 suffirait à peine à « conserver » les 4 300 emplois déjà créés dans les 85 territoires engagés. Or l’enveloppe est réduite de « 20 millions d’euros » (- 20 %) dans le projet de loi de finances 2027. Cela signifie « qu’un quart des emplois dans les entreprises à but d’emploi, soit près de 1200, seront supprimés » . Territoires zéro chômeur longue durée réclame a minima 94 millions d’euros « pour préserver les emplois existants », tous en CDI, et « assurer les nouvelles embauches déjà prévues dans les 93 entreprises à but d’emploi existantes ». Et idéalement 98,9 millions d’euros, « pour permettre également la création d’entreprises à but d’emploi supplémentaires et le déploiement du projet dans de nouveaux territoires ».
Or, pour cela, l’incertitude reste de mise. En effet, la pérennité du dispositif est toujours suspendue à l’inscription du vote définitif de la proposition de loi par l’Assemblée nationale, qui tarde... L’association y voit « le signal d’une absence de volonté politique » . Le président d’ATD Quart Monde, Olivier Morzelle, redoute lui « le sceptre d’un plan social d’envergure ».
Alerte collective
Ces alertes redoublent celles lancées quelques jours plus tôt, en fin de semaine dernière, par l’ensemble des membres du collectif Alerte à la veille de l’ouverture du débat parlementaire sur le PLF et le PLFSS 2027.
Ces projets « n’apportent aucune réponse aux causes de la pauvreté, une médiocre vision budgétaire, des économies qui appauvrissent les plus pauvres, des efforts inéquitablement répartis » , a synthétisé Olivier Noblecourt, le président du Collectif, ancien adjoint au maire de Grenoble. Lors d’un point presse, les têtes de réseaux touchant à l’hébergement, la santé, l’inclusion, etc, se sont tous dits inquiets de l’impact cumulé des efforts demandés de PLF en PLF. Cela fait des années que « nous crions au loup » , mais désormais « l’érosion de nos capacités entraine des ruptures », a résumé Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).
Pour l’Unaf (Union nationale des associations familiales), le gel des prestations familiales va encore « appauvrir les familles », selon sa directrice Guillemette Leneveu, également très critique de « la récupération » envisagée « des 600 millions non consommés du Fonds national d’action sociale (Fnas) géré par la Cnaf ». « Quand on sait le manque d’offres pour les familles ! » , lâche-t-elle.
L’ensemble des intervenants a également mis en garde contre l’article 37, qui introduit un délai de carence d’un an dans l’accès aux prestations familiales pour les étrangers en situation régulière. « Matériellement cette mesure n’apportera pas grand chose mais on va saper les fondements de notre pacte républicain ! C’est un article injustifié et dangereux » , a insisté pour le Secours Catholique, son président Didier Duriez. « C’est de la préférence nationale à bas bruit ! », a dénoncé plus directement Daniel Goldberg, président de l’UNIOPSS.
Message pour l'élection présidentielle
« Il est indispensable que le gouvernement se ressaisisse et réponde à nos propositions », a conclu Olivier Noblecourt. Au delà de l’exercice budgétaire, le collectif prévoit déjà d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle dans les mois à venir autour de « 5 promesses républicaines » devant déboucher sur des mesures « concrètes et mesurables » : de la création d’un bouclier social (pour interdire le décrochage des prestations sociales et aides au logement dans le temps) à un investissement « massif » dans le logement et l’accès à la santé pour « garantir à chacun les conditions d’affronter le défi climatique ».
(1) 14 organisations de l’insertion par l’activité économique, les missions locales, les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification, les employeurs de l’ESS, les entreprises adaptées et les territoires zéro chomeur.


