Le hasard du calendrier a fait que ce « mini-congrès » des 100 ans des centres communaux d’action sociale s’est déroulé au cœur d’une semaine de mobilisation des associations derrière un slogan : « Et si on arrêtait tout ? » (lire Maire info du 9 octobre). Les CCAS n’en ont pas plus envie que les associations, mais ils tirent également le signal d’alarme face à l’augmentation inédite de la pauvreté.
Les indicateurs virent au rouge foncé
L’Unccas a dévoilé à cette occasion les premiers résultats d’une enquête lancée en septembre auprès de ses adhérents (1). Ils confirment les constats et inquiétudes exprimés par les agents et élus lors des différents ateliers ou échanges dans les allées du congrès.
« On amortit les chocs mais cela ne suffit pas. Si un senior sur deux ne peut plus se chauffer, c'est que cela ne va pas ! »
— Luc Carvounas, président de l'Unccas
Notamment la hausse du nombre de travailleurs en difficulté (signalée par 63 % des CCAS) et la forte hausse des demandes liées au logement (dans 55 % des structures). Également en progression, le nombre de personnes en souffrance psychiques sans prise en charge (adulte ou enfants), pour plus d’un CCAS sur deux. Ou de personnes âgées qui renoncent à se chauffer ou à se soigner, signalée par près d’un CCAS sur trois.
« On amortit les chocs mais cela ne suffit pas. Si un senior sur deux ne peut plus se chauffer, c’est que cela ne va pas ! » , s’exclame le président de l’Unccas et maire d’Alfortville, Luc Carvounas, également président de la commission Action sociale à l’AMF.
Un modèle social à interroger
« Nous ne pouvons pas considérer qu’il s’agit d’une addition de difficultés individuelles. Ce sont des signaux qui interrogent notre modèle de solidarité » , reprend le président de l’Unccas. L’association compte justement se servir de l’élection présidentielle pour cela. Sur la base de cette enquête, complétée des propositions du « parlement des solidarités » qui a commencé ses travaux pendant ces deux jours, les CCAS vont rédiger « le pacte d’interpellation » qui sera soumis aux candidats lors du congrès de Lille, les 3 et 4 février 2027.
« Nous voulons poser une question simple aux candidats : quelle place donneront-ils aux solidarités de proximité dans leur projet pour le pays ? L’État et les collectivités doivent construire une réponse ensemble. Les CCAS ne peuvent pas devenir les amortisseurs silencieux de toutes les crises sans disposer des moyens d’agir » , résume Luc Carvounas.
D’ici là, l’Unccas entre dans la bataille sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2027, dont l’examen a débuté ce mardi à l’Assemblée nationale, comme du projet de loi de finances 2027. Avec une douzaine de propositions, dont « la compensation des coûts de l’hébergement d’urgence supportées par le bloc communal dans le cadre d’une expérimentation de trois ans », la création d’un « fonds de soutien de 400 millions d’euros » pour les Ehpad, résidences autonomie et services autonomie à domicile, ou la revalorisation des métiers du soin et du secteur socio-éducatif comme des agents territoriaux des secteurs socio et médico-social.
Le réseau participe aussi ce 14 octobre à la 5e édition de la mobilisation nationale « Les Vieux méritent mieux », organisée par 19 fédérations et organisations du Grand âge.
L’action sociale en mouvement
« Les CCAS ne se posent pas en victimes mais se voient comme un lieu ressource, un laboratoire d’innovation et pas comme un guichet d’urgence », explique à Maire info le délégué général de l’Unccas, Éric Signarbieux.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans les dates de l’album de famille du centenaire, présenté sous forme d’une vidéo de 4 minutes pendant ce congrès, celle de 1967 a été retenue. Soit l’année où le CCAS de Besançon a inventé le revenu social, qui inspirera la création en 1988 du RMI par le gouvernement Rocard. « Cela a été un moment clé dans le changement de l’intervention des CCAS, moins tournés vers les besoins primaires de personnes qui n’avaient sinon rien pour vivre », assure Éric Signarbieux. « Cela nous interroge d’autant plus aujourd’hui, quand de plus en plus de personnes frappent à nos portes parce qu’elles n’ont plus de quoi manger, mettre de l’essence dans leur voiture ou pour se chauffer ».
Voire pour simplement s’hydrater et se laver, comme à Mayotte. La DGA du service à la population de Sada, à Mayotte, témoigne par exemple de l’action engagée par son CCAS pour accompagner les populations les plus vulnérables face à la « rotation de l’eau ». À Maire info, Ambouharia Abdou explique que « depuis le cyclone Chido de décembre 2024, toute l’île est touchée par les coupures d’eau, trois jours par semaine. Dans le sud, nous le vivons depuis dix ans, c’est usant. Chacun s’organise pour stocker de l’eau, mais pas les plus vulnérables ou dans des conditions sanitaires déplorables. C’est pourquoi nous avons imaginé ce système de citernes. Nous avons grâce au soutien de fondations réussi à livrer 260 citernes (sur un objectif de 500) pour permettre aux plus vulnérables (4 % de la population dont la moitié de personnes âgées ou handicapées) qui n’en ont pas les moyens de s’en équiper, avec l’aide d’un chantier d’insertion et d’une entreprise de l’économie sociale et solidaire » . Elle espère que le nouveau fonds de dotation que l’Unccas met en place pourra soutenir la deuxième phase de ce projet conduite cette fois par l’union départementale des CCAS de Mayotte pour l’essaimer sur 13 000 foyers sur l’ensemble de l’ile.
Ce fonds, qui sera opérationnel début 2027, vise à accompagner les CCAS de communes frappées par des catastrophes (incendies, inondations, etc.) sur « le temps long de la reconstruction », a présenté sa présidente Marylène Millet, maire de Saint-Genis-Laval. Comme en ont témoigné la maire de Saint-Étienne-au-Mont (Pas-de-Calais) ou le CIAS de Teste-de-Buch (Gironde), dévastés par des inondations ou des incendies, « le plus compliqué c’est l’après, qui dure très longtemps, où l’on doit accompagner pendant des années des personnes jusque-là invisibles ». Ce fonds est ouvert aux services publics et partenaires privés.
Cent ans d’histoire
Autre date épinglée pendant ce congrès, celle de 2004, année où « au nom de la simplification » l’idée de rendre les CCAS facultatifs a été lancée. Cette douze derniers mois, par deux fois les CCAS ont dû faire face à de nouvelles tentatives. « On doit rester vigilants » , prévient Luc Carvounas.
Pour éviter un bis repetita à l’avenir, certains élus ne seraient pas contre demander aux prétendants à l’Élysée « qu’ils s’engagent à légiférer pour reconnaitre les CCAS en tant que tels, avec un socle de missions » a suggéré le maire de Lanester (Morbihan), Éric Jumeau, en synthèse de l’un des ateliers du Parlement des solidarités chargé de réfléchir aux moyens de renforcer l’accès aux droits.
Les congressistes ont, plus globalement, insisté sur le besoin de financements stables, durables et pérennes pour le suivi des actions et de projets permettant d’aller au-delà des urgences. « On a besoin que les CCAS soient considérés comme des acteurs capables d’anticiper, ce qui suppose des financements durables (pas que des appels à projets), des équipes (avec des agents), des outils d’observation et une véritable place dans les décisions », a interpellé une élue. Ce qu’exprime un autre chiffre extrait de l’enquête : 79 % des CCAS placent la pérennité des financements en priorité.
(1) Avec 414 répondants de territoires ruraux, périurbains et urbains, dont la moitié de communes de moins de 10 000 hab. Résultats détaillés sur le site de l’Unccas.



