Les établissements de santé ont encore perdu quelque 2 000 lits l’an passé. C’est ce que constate la Direction de la recherche, des études et statistiques (Drees) dans une étude publiée hier et qui présente les premières données sur les capacités d’accueil hospitalières en 2025.
Ce n’est pas une surprise tant les capacités hospitalières se réduisent de manière continue depuis plus de 20 ans. La tendance des dernières années se poursuit donc avec toujours de moins en moins de lits disponibles dans les cliniques et les hôpitaux français pour accueillir des patients.
Près de 48 000 lits en moins depuis 2013
Selon les données de la Drees, le nombre de lits disponibles a ainsi chuté de 0,6 % en 2026 pour atteindre les 365 100 lits. Un « rythme modéré » identique à celui de 2024, selon les auteurs de l’étude, qui observent toutefois un certain ralentissement puisque cette baisse est plus faible que les reculs observés ces dernières années (- 1,2 % en 2023 et - 1,8 % en 2022) ou même que ceux d’avant la crise sanitaire (- 0,9 % par an en moyenne entre 2013 et 2019).
Entre fin 2013 et fin 2025, « la baisse cumulée atteint 47 700 lits d’hospitalisation complète, ce qui représente une diminution de 11,6 % en douze ans », explique la Drees, qui indique que cette tendance « reflète la réorganisation de l’offre de soins hospitaliers dans un contexte de virage ambulatoire » voulu par les pouvoirs publics.
« Cette tendance reflète la réorganisation de l'offre de soins hospitaliers dans un contexte de virage ambulatoire. »
— La Direction de la recherche, des études et statistiques (Drees).
La baisse moins marquée des deux dernières années provient « principalement » des lits de court séjour (- 0,7 % en 2025, contre - 1,3 % en 2023 et - 1,5 % en moyenne entre fin 2013 et fin 2019) et de la psychiatrie (- 0,6 % en 2025, contre - 2,6 % en 2023 et - 0,9 % en moyenne entre 2013 et 2019), précise ainsi le service statistiques des ministères sociaux.
Au global, la baisse des capacités d’hospitalisation complète est « exclusivement imputable aux établissements du secteur privé (- 1 700 lits dans le secteur privé à but lucratif et - 500 lits dans le secteur privé à but non lucratif) », constate la Drees. A contrario, les capacités hospitalières ont connu un « rebond inédit » dans le secteur public en 2025, les hôpitaux publics ayant gagné 200 lits. C’est d’ailleurs « la première fois depuis 2013, première année de la série statistique », souligne l’étude.
« Virage ambulatoire » confirmé
En parallèle, elle constate aussi une hausse de 3,5 % des places d'hospitalisation « partielle », qui peuvent accueillir plusieurs malades chaque jour sans nuitée. Une augmentation qui « dépasse la croissance moyenne annuelle observée entre fin 2013 et fin 2019 (+ 2,5 %) » et qui représente quelque 3 200 places supplémentaires.
« Cette augmentation s’inscrit dans une tendance de long terme : depuis la seconde moitié des années 1980, les innovations médicales (techniques, médicamenteuses et organisationnelles) transforment les modes de prise en charge, notamment en anesthésie et en chirurgie, et favorisent les alternatives à l’hospitalisation complète », expliquent les auteurs de l’étude, qui rappellent que ce sont 26 400 places qui ont ainsi été créées en 12 ans, entre fin 2013 et fin 2025 (+ 39 %).
L’an passé, la progression du nombre total de places a surtout reposé sur l’hospitalisation partielle à la fois en court séjour (+ 1 800 places) et en moyen séjour (+ 1 300 places), tandis que le nombre de places est demeuré « globalement stable » en psychiatrie (+ 100 places, soit une hausse de 0,3 %).
En ce qui concerne l’hospitalisation à domicile (HAD), celle-ci a progressé de nouveau « fortement » avec une hausse de 5,6 %, peu ou prou comme en 2024. « Fin 2025, 26 900 patients peuvent être pris en charge simultanément en HAD sur le territoire, ce qui représente 8,6 % des capacités de prise en charge en hospitalisation complète en court et moyen séjour (hors psychiatrie) », note la Drees, alors que l’HAD ne concernait que 7 000 patients et ne représentait que 2,1 % de ces capacités.
Réanimation néonatale : quatre régions sous le seuil
En 2025, quelque 445 maternités offraient 13 500 lits d’obstétrique (- 2,5 % sur un an), 2 800 lits de néonatologie (- 1 %), 1 200 lits de soins intensifs (+ 3,7 %) et près de 770 lits de réanimation néonatale, ajoute l'étude.
Si le nombre de lits de soins critiques des maternités de type 3 et de réanimation néonatale progresse depuis 2015 (alors que celui des naissances recule nettement), les auteurs de l’étude notent que quatre régions n’ont toujours pas au moins un lit de réanimation néonatale pour 1 000 naissances. Un objectif pourtant fixé par la feuille de route « Pédiatrie et Santé de l’enfant 2024-2030 » et qui doit être atteint « d’ici 2027 ».
Dans ce contexte, la Corse ne dispose d’aucun lit de réanimation néonatale, tandis que la Provence-Alpes-Côte d’Azur en possède « 0,8 pour 1 000 naissances » (contre 0,6 en 2015) et l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie se rapprochent de l’objectif avec « 0,9 lit pour 1 000 naissances chacune » (contre respectivement 0,8 et 0,7 en 2015).
Reste que le ratio d’un lit pour 1 000 naissances est dépassé dans 14 régions. La densité de lits de réanimation néonatale s’élève d’ailleurs, au global, à 1,2 lit pour 1 000 naissances.
Parmi les 2 957 établissements de santé comptabilisés fin 2025, ce sont 1 328 hôpitaux publics, 649 établissements privés à but non lucratif et 980 cliniques privées qui composent le paysage hospitalier français. Ses capacités d’accueil se répartissent entre l’hospitalisation complète (365 100 lits), l’hospitalisation partielle (94 200 places) et l’hospitalisation à domicile (26 900 patients pouvant être pris en charge simultanément).



