Comme chaque année à la même période, la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a publié son Rapport annuel sur l’état de la fonction publique, un volumineux document de 200 pages présentant des milliers de données statistiques sur les quelque 5,8 millions d’agents de la fonction publique. La quantité de données à consolider et à traiter explique le décalage habituel pour ce type de document : le rapport publié en année N décrit l’état de la fonction publique en année N-2, soit ici 2024.
Ce document a ceci d’intéressant qu’il permet de tordre le cou à bien des idées reçues et d’appréhender la réalité de la fonction publique, loin des clichés et du « fonctionnaire bashing » .
Des effectifs en hausse modérée
Exemple typique : une fonction publique qui serait de plus en plus surdéveloppée par rapport à l’emploi privé en France. En réalité, la part de l’emploi public dans l’emploi total a diminué depuis trente ans : elle était de 20,3 % en 1992, contre 19,8 % en 2024. Dans les 10 dernières années, la part de l’emploi public a baissé de 1,7 %.
Si les effectifs de la fonction publique sont bien en hausse – ce qui est naturel dans la mesure où la population a augmenté –, cette hausse est assez modérée : entre 2011 et 2024, la fonction publique territoriale (FPT) a vu ses effectifs croître de 8,2 %, ce qui n’a rien de démesuré sur une quinzaine d’années. C’est toutefois supérieur à la hausse de la population sur la même période (5,7 %).
Les effectifs de la FPT s’établissent en 2024 à un peu plus de 2 millions d’agents (en hausse de 0,5 % par rapport à l’année précédente).
Contrairement à une autre idée reçue, ce ne sont pas les effectifs de la FPT qui ont le plus augmenté sur les 15 dernières années, mais ceux du versant hospitalier.
En zoomant un peu, les effectifs des communes (un million d’agents) ont augmenté de 0,3 % entre 2023 et 2024, tandis que ceux des établissements communaux (CCAS notamment) ont diminué de 0,7 %. Au fil des transferts de compétences, les effectifs des EPCI (310 000 agents) ont augmenté de 6,4 % pendant la même période.
Le nombre d’agents augmente, mais le nombre de fonctionnaires diminue : dans la FPT, celui-ci a baissé de 0,3 % en un an, tandis que le nombre de contractuels augmentait de 2,8 %. En 2024, un quart des effectifs de la FPT (27 %) est composé de contractuels.
La fonction publique territoriale reste majoritairement féminine, puisque 61 % de ses agents sont des femmes, ce taux atteignant même 70 % dans la catégorie A. Il diminue en revanche dans la catégorie A+, passant à 54 %.
La territoriale reste – et de très loin – le versant qui emploie le plus d’agents de catégorie C : ils représentent 71 % des agents, contre 19 % dans la fonction publique de l’État par exemple.
Un vieillissement préoccupant
Conséquence à la fois du recul de l’âge de départ en retraite et de la difficulté à recruter des jeunes, l’âge moyen de la fonction publique s’accroît inexorablement, et ce phénomène est particulièrement marqué dans la territoriale, où 51 % des fonctionnaires ont plus de 50 ans (contre 38 % dans l’hospitalière par exemple). En 15 ans, ce taux a augmenté de 12 points.
Du fait des réformes des retraites successives, on assiste à une augmentation de plus en plus marquée du nombre de fonctionnaires dépassant les 60 ans : ils représentent en 2024 13 % des effectifs de la FPT – et ce chiffre a bondi de plus de 9 % en un an.
C’est probablement l’un des aspects les plus préoccupants de ce rapport : le nombre de retraites pour invalidité s’envole. Dans la FPT, le nombre d’agents partis en retraite pour invalidité augmente de 50 %. Plusieurs experts se montrent plutôt d’accord avec l’affirmation des syndicats qui estiment que cette évolution est une conséquence de la réforme des retraites : de plus en plus d’agents, trop usés par le travail, partent en invalidité plutôt que de travailler jusqu’à 64 ans.
Selon le rapport de la DGAFP, les agents de la FPT partent désormais en retraite en moyenne à 63,2 ans, et même 64,2 ans pour les agents sédentaires. L’âge moyen pour les retraites pour invalidité est de 58,3 ans.
Salaire net moyen dans les communes : 2 186 euros
Autre question majeure pour l’attractivité de la fonction publique territoriale : celle du pouvoir d’achat. Les salaires dans la FPT sont beaucoup plus bas que dans les autres versants et que dans le secteur privé. Toutes catégories confondues, le salaire net moyen d’un agent de la FPT s’établit à 2 317 euros, soit 500 euros par mois de moins que dans le secteur privé (2 814 euros), et 700 euros de moins que dans la fonction publique de l’État (3 018 euros).
Cette différence se ressent dans toutes les catégories, mêmes les mieux payées. Par exemple, si l’on considère que le dernier centile de la fonction publique, c’est-à-dire les 1 % d’agents les mieux payés : leur salaire moyen est de 6 644 euros net dans la FPT, contre 11 735 euros dans l’hospitalière.
Le salaire moyen de 2 317 euros net dans la FPT cache bien sûr de vastes écarts : un quart des agents sont payés moins de 1 842 euros net par mois, et un dixième touchent en moyenne 1 653 euros net.
De toute la FPT, c’est dans les communes qui les salaires sont les plus bas, avec un salaire net moyen de 2 186 euros.
En 2024 néanmoins, le pouvoir d’achat des agents de la fonction publique a augmenté, du fait des revalorisations de point d’indice de 2023 et 2024.
Le salaire net des agents, en euros constants, a augmenté de 1,7 %. Ces chiffres se sont, depuis, dégradés, du fait du retour de l’inflation et du gel du point d’indice… mais cela n’apparaîtra que dans les prochains rapports de la DGAFP, en 2027 et 2028.
Temps de travail
Un mot enfin sur le temps de travail. Là encore, le mythe des fonctionnaires « paresseux » a vécu : sur l’ensemble de la fonction publique, les agents à temps complet travaillent en moyenne 1 623 heures par an, c’est-à-dire plus que la durée légale (1 607 heures).
La FPT reste, elle, encore un peu en dessous de la durée légale, avec 1 590 heures travaillées en moyenne en 2024. Les agents de la FPT travaillent autant en moyenne chaque semaine que les agents de l’hospitalière (38,4 heures), mais ils ont davantage de congés (32,7 jours par an contre 26,8).
25 % des agents de la territoriale travaillent le samedi, 15 % le dimanche, et 6 % la nuit. Notons enfin que la part du télétravail reste faible dans la FPT, de très nombreux emplois n’étant pas « télétravaillables » : seulement 15 % des agents télétravaillent au moins un jour par mois (contre 25 % dans le privé).



