Depuis le dimanche 1er octobre, le prix « repère » du gaz a augmenté de 6,6 % pour les quelque six millions de ménages qui n’ont pas choisi une offre au tarif fixe. Cette nouvelle hausse va aggraver encore les difficultés des ménages les plus modestes pour payer leur facture de chauffage.
160 % d’augmentation du prix du gaz en six ans
Depuis le mois de janvier, le prix dit « repère » du gaz a augmenté de plus de 40 %, passant d’environ 137 euros le MWh en janvier à 195 euros en novembre. Si cette hausse est déjà spectaculaire, il faut prendre un peu plus de recul pour mesurer l’évolution extrêmement préoccupante du prix du gaz en quelques années : pour le consommateur final, en janvier 2020, le prix du kilowattheure de gaz s’établissait à 5,50 centimes d’euro, contre presque 16 centimes aujourd’hui. Pour un ménage moyen chauffé au gaz et consommant 14 000 kWh par an, la facture de gaz était de moins de 900 euros par an en 2020 ; elle est désormais de 2 400 euros, soit une augmentation de 160 %.
L’augmentation de plus de 40 % du prix repère (qui intègre à la fois les coûts sur le marché de gros, celui du transport et celui du stockage) est en majeure partie due à la guerre au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz, une grande partie du gaz utilisé en France provenant du Qatar. Et la situation n’étant pas en voie de s’améliorer, la CRE (Commission de régulation de l’énergie) estime que le prix du gaz ne devrait pas redescendre cet hiver. Elle estime que la facture pour les consommateurs devrait augmenter, par rapport à l’année précédente, d’environ 135 euros en moyenne.
Un tiers des foyers en difficulté pour payer ses factures
Rien d’étonnant donc à ce que le Médiateur de l’énergie (MNE), dans son dernier rapport annuel paru la semaine dernière, constate que « la précarité énergétique progresse ». Et encore, le rapport a été réalisé à partir d’une enquête effectuée au mois de septembre, avant la nouvelle hausse donc. Il apparaît que la situation est encore plus grave qu’en 2022, au pic de la précédente crise énergétique : 85 % des ménages interrogés considèrent aujourd’hui que leur facture d’énergie représente une part « importante » de leur budget. Ce chiffre a progressé de 3 % depuis 2022, ce qui n’a rien d’étonnant : les prix du gaz continuent de monter alors que les salaires stagnent.
La précarité énergétique elle-même atteint « un seuil préoccupant », estime le MNE : plus d’un tiers des foyers (36 %) déclarent avoir « rencontré des difficultés » pour payer leurs factures d’énergie, ce qui est le chiffre le plus élevé jamais enregistré par le médiateur (le précédent était de 31 % en 2023). Les trois quarts des foyers interrogés (74 %) disent avoir volontairement réduit le chauffage l’hiver dernier pour tenter de faire baisser la facture, alors que le gaz était alors 40 % moins cher qu’il ne l’est aujourd’hui.
En quelques années, le nombre de personnes déclarant « souffrir du froid » dans leur logement a bondi : il est passé de 14 % en 2020 à 35 % en 2025. Les raisons principales données pour expliquer cette situation sont, d’une part, les limitations volontaires de chauffage pour des raisons financières et, d’autre part, la « mauvaise isolation » du logement.
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Pendant l’année 2025, une difficulté supplémentaire s’est ajoutée pour les foyers modestes : le décalage du versement du chèque énergie, du fait de l’adoption tardive de la loi de finances. Habituellement versé en avril, il n’a finalement été perçu par les ménages concernés qu’au mois de novembre. Cette situation a généré des « difficultés » pour 60 % des foyers concernés, allant de difficultés de paiement à des frais supplémentaires pour retard de paiement et même des coupures d’électricité pour 10 % des ménages concernés. Ces chiffres montrent à quel point le chèque énergie est aujourd’hui devenu une béquille absolument indispensable pour bon nombre de ménages, qui ne pourraient tout simplement pas payer leurs factures sans lui.
Problèmes de transparence
Ces difficultés financières apparaissent également lorsque l’on demande aux consommateurs qui ont réussi à baisser leur consommation d’énergie leurs motivations : les raisons financières sont invoquées dans 87 % des cas, très loin devant les motivations écologiques.
L’enquête révèle par ailleurs que l’ouverture du marché et la possibilité de choisir son fournisseur de gaz ou d’électricité sont désormais connues de 90 % des ménages ; et 85 % d’entre eux jugent cette évolution de façon positive. Ce qui ne veut pas dire qu’ils changent de fournisseur pour autant : seuls 3 ménages sur 10 l’ont fait pour l’électricité et 4 sur 10 pour le gaz.
Le médiateur note que « plus de la moitié des consommateurs » ayant changé de fournisseur l’ont fait après avoir eu recours à un comparateur de tarifs sur internet. Problème : un grand nombre de ces consommateurs ignorent que les comparateurs sont en général… payés par les fournisseurs eux-mêmes. Ce problème de « transparence » a déjà été pointé depuis plusieurs années par le MNE, sans que, pour l’instant, le législateur s’en empare.
Rappelons que, face à la crise sociale actuelle, le gouvernement a annoncé que le chèque énergie de 2027 serait versé plus tôt que d’habitude, en janvier plutôt qu’en avril. Mais cela ne suffira pas à inverser la tendance mise en lumière dans ce rapport, qui ne peut que s’aggraver l’année prochaine, au vu de l’augmentation continue des prix de l’énergie.
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