Comme Maire info le rappelait dans un article publié au début du mois d’octobre, le Passe culture (avec un « e », ce qui est désormais la graphie officielle du dispositif), et notamment sa part individuelle, a essuyé de nombreuses critiques depuis son lancement.
« Depuis le 1er janvier 2026, le passe Culture est devenu opérateur de l’État », explique Laurence Tison-Vuillaume, présidente du passe Culture. Cette nouvelle étape « supposait aussi d’élaborer notre projet stratégique à l’horizon 2030 » . Ainsi, après plusieurs mois de consultation et de réflexion, un projet stratégique 2030 a été présenté et publié sur le site du Passe culture.
Inclusion et engagement de tous les jeunes
Dans cette nouvelle stratégie, la volonté pour l’opérateur d’État de faire peau neuve est clairement affichée. Le passe Culture s’engage sur « des standards élevés de gouvernance, de transparence et de redevabilité » et s’appuie sur trois piliers : un modèle économique soutenable fondé sur des ressources propres, une maîtrise stricte des dépenses et une culture de l’évaluation, avec un Contrat d’objectifs et de performance à négocier. Les critiques formulées sur la gestion de ce Passe semblent avoir été entendues.
Sur le fond, le passe Culture veut tendre vers un objectif d’inclusion plus efficace. La complémentarité entre la part collective (passe Culture à l’école) et la part individuelle sera analysée à partir d’expérimentations territoriales qualitatives et de partage de données. Sur la part individuelle, l’objectif est aussi d’enrichir l’application « de la variété des structures locales » et d’améliorer l’algorithme et poursuivre l’éditorialisation pour la « visibilisation des secteurs culturels les moins exposés et prioritaires ». Les offres avec médiation, les offres gratuites et les recommandations « par et pour les jeunes » seront aussi mises en avant.
Pour « réduire les freins à la participation à la vie culturelle », le passe Culture veut « favoriser l’accès [...] de tous les jeunes des mêmes classes d’âge sur leur temps de formation » (apprentis, CFA, lycées professionnels) et mener des « actions coordonnées au plan local » avec les associations et les collectivités en faveur des jeunes éloignés, ruraux ou issus de quartiers prioritaires. Il compte aussi « fournir des données précises sur les solutions de transport existantes » pour « faciliter la mobilité » vers les lieux culturels.
Le passe Culture doit aussi renforcer « la place des jeunes comme acteurs de leur vie culturelle » en favorisant leur engagement : participation au Conseil des jeunes (62 membres), rôle de prescripteurs entre pairs via les ambassadeurs et les Clubs, et bénévolat sur l’application.
L’opérateur prévoit enfin de bâtir un « répertoire de référence riche, unique et fiable » des œuvres, artistes, lieux et événements, de renforcer sa souveraineté numérique (« recentralisation totale des datas centers au niveau européen » ), de lancer un Observatoire qui doit « ouvrir ses données » à l’automne 2026, et de conseiller les acteurs culturels dans « le renouvellement de leurs publics ». Un engagement qui fait écho à une autre critique récurrente adressée au dispositif : le manque de suivi.
Renforcer le lien avec les collectivités
L’autre ambition de cette nouvelle stratégie est de « créer un cadre pérenne de coopération nationale et territoriale partenariale ». L’objectif affiché est de faire du passe Culture « un acteur intégré aux politiques culturelles du territoire ».
Le document stratégique met en avant dans une logique de « coopération et de co-construction territoriale » qui passerait par des « diagnostics territoriaux partagés », des contractualisations et une participation renforcée des équipes du Passe culture aux instances locales et aux projets culturels de territoire initiés par les Drac.
Autre orientation évoquée : développer l’articulation du passe Culture avec les dispositifs des collectivités territoriales dans une logique de coordination vertueuse pour développer à termes un service « marque blanche ». Concrètement, une collectivité qui possède déjà sa propre carte culture pour les jeunes pourrait utiliser la technologie du passe Culture plutôt que de développer tout un outil elle-même. La stratégie y voit un « levier pour diversifier ses ressources propres et consolider sa pérennité financière », mais ce chantier n’en est qu’au stade des premières réflexions.
Sur les données, le passe Culture répond au besoin des élus locaux et des administrations déconcentrées d’un partage « régulier, territorialisé et exploitable » pour « éclairer les politiques culturelles locales ». À terme, il ambitionne de développer l’open data afin que les partenaires et les acteurs culturels puissent « consulter leurs données en toute autonomie ».
Un Passe pour tous ?
La stratégie 2030 indique que le passe Culture, qui évolue avec son public, s’ouvre en 2026 à l’ensemble de la population sous le nom de « passe Culture pour tous », dans le prolongement du plan Culture et Ruralité. Cette ouverture appelle toutefois une réserve : elle ne s’accompagne pas d’un crédit financier pour tous les usagers. C'est uniquement l'application qui est désormais ouverte à tous. Le plan prévoit aussi d’élargir « la possibilité pour les bénéficiaires, leurs familles ou des tiers de recharger leur compte (...) dans une logique de responsabilité et de soutenabilité ».
Le but est de « rendre visible une offre culturelle diversifiée » et de faciliter la promotion de la culture sur tous les territoires. Conçue comme une plateforme au service de la « culture de proximité », elle doit refléter « la richesse de la vie culturelle auprès des habitants » et est aussi « pensée dans une perspective de valorisation touristique des territoires ». Cette offre éditorialisée permettra d’« initier des parcours de découverte dans les territoires au service de l’attractivité culturelle locale ».


