Coût non maîtrisé et promesses non tenues pour la Cour des comptes, impacts « contrastés » sur les pratiques culturelles selon l’Igac (Inspection générale des affaires culturelles), dispositif qui ne diversifie pas assez l'accès à la culture du point de vue du Sénat : la part individuelle du Pass Culture a longtemps été sous le feu des critiques.
Pourtant, selon une étude publiée hier par le DEPS (Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation), ce dispositif est très populaire auprès des jeunes.
Des résultats positifs avant la réforme de 2025
L’étude porte sur la période du 21 mai 2021 au 28 février 2025, avant que le Pass culture soit réformé en mars 2025. Les jeunes pouvaient recevoir des crédits de « 20 ou 30 euros de leurs 15 ans à leurs 17 ans, puis de 300 euros à leurs 18 ans ». Au total, « 4,6 millions de jeunes ont bénéficié d’au moins un crédit du Pass Culture, pour un montant total alloué de 1 milliard d’euros et un montant total dépensé de 735 millions d’euros ».
Pour mémoire, depuis la réforme de 2025, les jeunes de 15 et 16 ans ne reçoivent plus aucun crédit – ce crédit est désormais de 50 euros pour les jeunes de 17 ans et de 150 euros à 18 ans. Une bonification de 50 euros est accordée aux jeunes qui perçoivent l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé ou l’allocation adulte handicapé, ou dont le responsable légal a un quotient familial sous un seuil fixé par arrêté.
Avant cette réforme, on pouvait constater que le taux de recours progressait d’une génération à l’autre : « 73 % des jeunes nés en 2003 ont recouru à au moins un crédit du Pass Culture, contre 81 % des jeunes nés en 2004 et 86 % des jeunes nés en 2005 ». Il est intéressant de noter que le crédit de 300 euros – passé aujourd'hui à 150 – est nettement plus utilisé : « 78 %, contre 38 % pour les crédits destinés aux moins de 18 ans ». Il représente « près de 90 % des dépenses totales » . Le Pass culture pour les jeunes de 18 ans était ainsi à la fois le plus coûteux pour l’État et le plus plébiscité.
Concernant l’utilisation effective de ces Pass, l’étude point que « les sortants du dispositif ont dépensé en moyenne 254 euros sur les 300 euros qui leur avaient été octroyés, soit 85 % de leur crédit » . Les autrices précisent qu’il est « difficile de dépenser la totalité du crédit octroyé, et seuls 4 % des bénéficiaires ont dépensé totalement leur crédit de 300 euros » , car « les jeunes ne peuvent pas compléter avec leurs propres ressources ».
Utilisation du Pass Culture : des différences territoriales
En plus de cette réforme de 2025, le Pass Culture a vu ses domaines d’activités éligibles réétudiés plusieurs fois. Certaines offres éligibles avaient été pointées du doigt, notamment les escape game. Un arrêté a été publié au Journal officiel du 30 décembre 2025. Il exclut les jeux d’évasion et les offres d’acteurs dont l’activité principale est politique ou religieuse et précise que les cartes de réduction et aides des collectivités ne sont éligibles que si elles concernent des domaines culturels éligibles. L’arrêté limite aussi fortement les offres en ligne (abonnements musicaux, œuvres audiovisuelles, jeux vidéo, livres audio, conférences, presse dématérialisée). Le gouvernement veut ainsi encourager les jeunes à privilégier des expériences réelles (musées, concerts) ou des achats physiques (livres).
Selon l’étude du DEPS, les jeunes nés entre 2003 et 2005 font majoritairement le choix d’acheter des livres : ces derniers « représentent près de la moitié des dépenses totales (48 %), devant le cinéma (20 %) et les concerts et festivals (10 %) ». Mais en effet, plus le crédit est élevé, plus les achats se diversifient et « 24 % du crédit de 300 euros est alloué (…) à ces produits en lien avec la musique (instrument ou billets de concerts et de festivals), contre 12 % des crédits de 20 et 30 euros » . À titre de comparaison, le spectacle vivant représente seulement 9 % des dépenses du crédit de 300 euros.
Mais ces différences dans les choix d’investissement fait par les jeunes s’expliquent largement avec un angle territorial. Selon le DEPS, les jeunes ruraux consacrent « 50 % de leur crédit à l’achat de livres, contre 46 % pour ceux des grands centres urbains », et le cinéma pèse 15 % de leurs dépenses contre 22 % pour les urbains. L’offre explique probablement cet écart : les zones rurales à habitat dispersé et très dispersé comptent « environ 30 cinémas partenaires pour 100 000 jeunes nés en 2005, contre 200 dans les centres urbains ».
Si « 93 % [des jeunes éligibles] vivant dans les grands centres urbains ont bénéficié du Pass (…) ce taux de recours diminue progressivement avec la densité de population, jusqu’à atteindre 66 % des jeunes dans les zones rurales à habitat très dispersé » . Par ailleurs, « les jeunes en QPV s’emparent globalement autant que les autres du Pass Culture ». Ils achètent toutefois « plus de places de cinéma que les autres avec leur crédit (33 % de la dépense totale, contre 18 %) et moins de livres (39 %, contre 48 %) ».
Budget 2027 : des montants en baisse
Dans le projet de loi de finances 2027 présenté par le gouvernement, le montant dédié à la part individuelle du Pass Cuture passe de 157,5 millions d’euros en 2026 à 137,5 millions d’euros. Pour mémoire, le Pass Culture est constitué de deux parties : un crédit individuel et un crédit collectif utilisable sous la responsabilité d’un enseignant.
La part collective du Pass Culture dans le PLF 2027 est à 55 millions d’euros, soit une baisse de 11 % par rapport à 2026. Cette part collective, très importante, est attribuée aux établissements scolaires (collèges et lycées) pour organiser des sorties culturelles.
En 2026, 62 millions d’euros avait été attribués au volet collectif du Pass Culture, mais ont été débloqués en deux temps : 38 millions d’euros jusqu’à la fin de l’année scolaire 2025-2026, puis 24 millions d’euros pour la période de septembre à décembre 2026. Les crédits non utilisés devaient pouvoir être reportés d’une période à l’autre, mais selon le média Café pédagogique, des établissements ont constaté que ces sommes ne leur ont pas été reversées…
Alors que l’enveloppe était déjà très inférieure à la demande depuis des années, cette nouvelle baisse pour les établissements scolaires est encore un mauvais signal envoyé aux écoles.

