À la veille de cette journée de manifestations, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, appelé les lycéens à manifester de façon « pacifique » et, parallèlement, affirmé que les forces de l’ordre agissent « avec la plus grande proportionnalité ».
« Proportionnalité »
Au lendemain du grave incident survenu hier à Lens, lors duquel un lycée a eu la main arrachée suite au tir d’une grenade assourdissante – sans que l’on connaisse actuellement le déroulé précis de l’accident –, le ministre de l’Intérieur et le gouvernement sont pris à partie par les syndicats et la gauche qui dénoncent des méthodes « brutales », pointant notamment les plus de 6 000 interpellations qui ont eu lieu en une semaine – un chiffre supérieur à celui de l’ensemble du mouvement des Gilets jaunes.
Laurent Nuñez a répondu ce matin sur France inter : « J'assume de dire que, quand il y a des troubles, il doit y avoir une intervention. En revanche, et j'insiste là-dessus évidemment, cette intervention s'effectue dans la plus grande proportionnalité, c'est la règle, c'est le cadre légal d'usage des armes intermédiaires par les forces de l'ordre ». Le ministre a assuré que face à un public de lycéens, les interventions « sont faites de manière encore plus proportionnelle, avec encore plus de tact ».
Adultes « en protection »
Les premières manifestations qui se sont déroulées ce matin se font en présence d’un nombre d’adultes beaucoup plus important que la semaine dernière, plusieurs partis politiques, syndicats ou associations de parents d’élèves ayant appelé leurs troupes à venir non seulement « soutenir » les lycéens mais surtout s’interposer entre eux et les forces de l’ordre si nécessaire. Ainsi Marine Tondelier, pour les Écologistes, a-t-elle demandé que « élus et parents rejoignent la mobilisation lycéenne avec des casques blancs, des brassards blancs, des vêtements blancs, pour aller protéger nos enfants dans les manifestations ».
Dix enquêtes de l'IGPN ouvertes, 215 élèves blessés
Dix enquêtes ont été ouvertes par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », depuis le début du mouvement lycéen, a indiqué lundi soir le ministère de l'Intérieur.
Depuis le début du mouvement, 215 élèves ont été blessés, « l'immense majorité » l'ayant été « soit dans le cadre d'accidents », « soit par le fait d'autres individus extérieurs », selon Matignon.
Du côté des forces de l’ordre, le bilan est également lourd, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur : 715 blessés depuis le 28 septembre.
Mis en cause sur d’éventuelles « brutalités policières », le ministre de l'Intérieur s’est dit ce matin prêt à répondre à des « commissions compétentes de l'Assemblée nationale ou du Sénat » qui souhaiteraient l'entendre sur les instructions données, sur la doctrine de maintien de l'ordre ou sur les conditions d'intervention des forces de sécurité.
Débat sur les armes « mutilantes »
Reste que plusieurs blessures très graves dont ont été victimes des lycéens relancent le débat sur l’usage par les forces de l’ordre, dans un tel contexte, d’armes telles que les LBD (lanceurs de balle de défense) ou les grenades de désencerclement. Le patron des députés PS, Boris Vallaud, a annoncé aujourd’hui que son groupe allait déposer une proposition de loi « pour que lorsqu'il s'agit de manifestations lycéennes, avec une majorité de mineurs (...), il n'y ait pas d'utilisation de grenades de désencerclement, de LBD (lanceur de balle de défense, NDLR) ou de pratiques brutales comme l'étranglement ».
Une pétition a également été lancée sur le site de l’Assemblée nationale (elle a recueilli pour l’instant 8 000 signatures) demandant « l'interdiction des gestes d'immobilisation à risque d'asphyxie: plaquage ventral (maintien au sol sur le ventre avec compression thoracique), clés d'étranglement (prises au cou bloquant la respiration ou la circulation sanguine), pliage corporel (compression du buste vers les genoux) », ainsi que l’interdiction des armes types LBD et grenades.
Hier, des syndicalistes policiers se sont également exprimés pour demander à leur ministre de tutelle d’autoriser un emploi plus fréquent des canons à eau, qu’ils jugent « plus efficaces » pour disperser un rassemblement violent et moins dangereux que certaines armes.
À l’heure où nous écrivons, les manifestations et blocages se déroulent dans le calme. En fin de matinée, le ministère de l'Intérieur annonce 86 000 manifestants dans les différents cortèges hors Paris.

