Adoptée par le Sénat le 13 octobre, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio, portée par Laurent Lafon, entend donner à la radio « les moyens de poursuivre la modernisation engagée » . Le texte vise essentiellement à accélérer l’équipement en récepteurs compatibles avec la technologie DAB+. Explications. 

Le DAB+ : le bilan mitigé d’une technologie mal introduite 

Le DAB+ est un système de radio numérique par voie hertzienne. Comme la FM (ou modulation de fréquence), le Digital Audio broadcast (diffusion radio numérique ou DAB+) est diffusé par des antennes terrestres à la différence que son signal est numérique au lieu d’être analogique. Si la FM fonctionne avec une fréquence par station, plusieurs stations sont regroupées sur un même canal avec le DAB+. Nul besoin de connexion internet ou d’abonnement pour accéder au DAB+, mais sa réception nécessite un récepteur compatible.

Cette technologie a été introduite en France afin de moderniser la diffusion de la radio et de désengorger la FM. Aujourd’hui, il est défendu surtout comme une alternative gratuite et souveraine aux plateformes numériques. Son bilan énergétique est aussi meilleur que celui de la diffusion en FM tout comme sa qualité de réception.

L’implantation de cette technologie en France a été hésitante. La technologie existe depuis 2007, mais à ce moment-là, le gouvernement avait plutôt opté pour le DMB-A, commercialisé sous le nom de Radio numérique terrestre (RNT), avant de changer de cap en 2012. Le déploiement officiel du DAB+ a finalement démarré dans les villes de Paris, Marseille et Nice à partir du 20 juin 2014, selon le CSA. Selon un article du journal Le Monde, le réseau a repris sa croissance en 2018, avec le lancement local du DAB+ dans plusieurs grandes villes françaises.

L’Arcom a fixé une trajectoire vers une radiodiffusion majoritairement numérique d’ici fin 2033.

Le sénateur Laurent Lafon, auteur de la proposition de loi, a rappelé en commission que le DAB+ couvrait à la fin du premier trimestre 2026 « les deux tiers de la population hexagonale en intérieur et 80 % en mobilité, ainsi que plus de 10 000 kilomètres d’autoroutes ». Mais « l’équipement des ménages et la notoriété du DAB+ demeurent insuffisants, à 35 % environ ». En séance publique il a rappelé que « le DAB+ représente seulement 7,8 % de l’audience en direct ».

Cette faible audience s’explique notamment par le fait que « des postes d’entrée de gamme incompatibles continuent en effet d’être vendus, retardant le renouvellement du parc », pointe Laurent Lafon. Il ajoute que certains constructeurs « présentaient leurs postes de radio comme numériques alors que ceux-ci ne peuvent recevoir que la FM ».

Un texte qui prévoit une accélération du DAB+ 

C’est l’article 2 de la proposition de loi qui porte sur cette question du DAB+ et vise deux objectifs.

Le premier est d’« accélérer l’équipement en récepteurs compatibles avec le DAB+ pour que les investissements des éditeurs produisent pleinement leurs effets ». Le second est de « garantir la présence d’un récepteur FM et DAB+ dans les véhicules neufs de transport de personnes, y compris les quadricycles à moteur, c’est-à-dire les petits véhicules sans permis »  et aux véhicules de marchandises. Le sénateur Laurent Lafon rappelle qu’« aujourd’hui, la compatibilité avec le DAB+ n’est obligatoire que lorsqu’un autoradio est installé, mais le constructeur n’est pas tenu pour autant d’en installer un ».

Deux modifications apportées au texte en commission prévoient qu’une notion d’« écran d’affichage alphanumérique »  soit définie par décret pour éviter notamment que des postes présentés comme numériques ne captent que la FM. Cette obligation s’appliquerait avec des délais échelonnés, raccourcis en commission de quatre à trois ans, et de trois à deux ans. 

Un amendement adopté en séance publique porté par le sénateur Max Brisson vise à garantir que « les réseaux radio hertziens restent repérables et accessibles dans les véhicules, conformément au rapport de l’Arcom soulignant les risques que font peser les systèmes connectés sur l’écoute traditionnelle ». Le sénateur des Pyrénées-Atlantiques précise : « Il ne s’agit pas d’interdire les services concurrents, mais de veiller à ce que la radio conserve une place, y compris dans les véhicules neufs. »  Or le gouvernement est largement défavorable à cette disposition. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, juge « prématuré de s’engager dans cette voie sans concertation avec les parties prenantes ».

Bercy prône le statu quo 

Le sujet est politiquement sensible. 

La ministre Catherine Pégard soutient « les objectifs »  du texte et veut « accélérer le déploiement du DAB+, et l’équipement des véhicules en récepteurs radio ». Cependant, dans une réponse apportée à la sénatrice Laure Darcos, en septembre dernier, Bercy propose « de maintenir le statu quo »  et « de s’opposer à l’extension du DAB+ sur toutes les catégories de véhicules N, T », en invoquant la contrainte pesant sur la filière automobile. 

Bercy se dit cependant favorable à une accélération du DAB+ et propose de « tester une solution de “découvrabilité” radio »  sur les petits véhicules électriques avec « une application et une gestion opérationnelle par un tiers de confiance ». Mais la proposition de loi portée par les sénateurs rejette justement en bloc cette direction évoquée par le gouvernement – puisque le texte veut clairement mettre fin à l’absence d’obligation d’autoradio et qu’il réfute le recours à des systèmes connectés.

Comme l’a rappelé le sénateur Aymeric Durox, « la radio hertzienne est le moyen [de communication] le plus résilient ». Lors des incendies en Gironde, « les infrastructures de télécom étaient en partie détruites »  et « la radio a été le seul moyen d’information des populations », a rappelé Laurent Lafon. Même la ministre de la Culture a reconnu que « lors de pannes d’électricité, ce sont les autoradios qui ont permis à des milliers de personnes de rester informées. » 

Risque d’une radio à deux vitesses 

Durant les débats, certains sénateurs ont manifesté l’inquiétude que la bascule vers le numérique laisse des zones sans accès à la radio. À ce jour, rappelons que l’Arcom est catégorique : la FM ne disparaitra pas. Mais Laurent Lafon précise que la double diffusion « n’est pas un idéal en soi : il faudra, à terme, un seul mode de diffusion. » 

« La stratégie du régulateur mérite d’être affinée, sans quoi les territoires ruraux et montagnards risquent d’en être écartés. Le DAB+ doit préserver les médias de proximité, pour éviter la radio à deux vitesses », a plaidé Sylvie Robert. Le sénateur Jérémy Bacchi prévient qu’une éventuelle transition « ne saurait servir de prétexte à un désengagement de la puissance publique de la FM tant que toute la population n’est pas effectivement équipée et couverte ». « Veillons à l’égalité entre les territoires. Le DAB+ doit profiter à tous, ruraux et ultramarins », a lancé de son côté la sénatrice Laure Darcos. 

Catherine Morin-Desailly donne un exemple concret. Après la refonte majeure du réseau de diffusion de Radio France, entrée en vigueur le 22 juillet 2026, « France Musique a perdu des fréquences au profit des stations Ici et France Info ». Selon certains chiffres, l’accessibilité serait passée « de 90 % à 70 % dans certains territoires : 11 000 communes ne reçoivent plus la station ». Une modernisation sans « moyens technologiques et financiers nécessaires crée immanquablement des ruptures d’égalité ».

La problématique de la couverture des territoires n’est pas au cœur de la proposition de loi. Cependant, son article 3 a pour objectif d’adapter « l’organisation territoriale du DAB+ aux réalités économiques des radios ». Comme l’explique l’Arcom sur son site, pour diffuser en DAB+, une radio privée obtient une place dans un « allotissement »  (une zone géographique couverte par un multiplex), dont certains sont très étendus, ce qui coûte cher. L’article 3 permet à une radio de passer à une zone plus petite, comprise dans son périmètre initial, sans refaire toute la procédure d’attribution. Le sénateur Bernard Fialaire y voit un moyen de « sécuriser nos radios locales et associatives ».

Pour être adoptée, la proposition de loi devra désormais être inscrite au calendrier de l’Assemblée nationale mais déjà les sénateurs ne se font pas d’illusion. « L’audiovisuel est l’un des grands impensés des quinquennats Macron », a fustigé le sénateur Max Brisson. De son côté, la sénatrice Sylvie Robert regrette qu’on légifère « de façon impressionniste, par petites touches », faute de projet de loi global. « L'initiative de Laurent Lafon n'en demeure pas moins bienvenue, elle sauve les meubles ». 

Pour en savoir plus, consultez la FAQ de l'Arcom.