Alors que la semaine nationale des retraités et des personnes âgées – aussi appelée Semaine bleue – débute aujourd’hui, la question de leur autonomie est au cœur des débats. Dans un rapport publié la semaine dernière, l’association les Petits frères des pauvres s’intéresse à la mobilité des plus âgés qui, lorsqu’elle se dégrade, mène parfois à l’isolement.
Isolement : un mal multifactoriel
Selon un sondage mené auprès de 1 824 personnes de 60 ans et plus, près d’un million de personnes sont aujourd’hui « assignées à résidence » (5 % des 60 ans et plus). Comme les auteurs du rapport l’indiquent, la perte de mobilité ne survient pas « brutalement » mais par « un processus progressif de renoncements ».
Un facteur santé est à prendre en compte : 43 % des 60 ans et plus ont des douleurs ou maladies qui gênent leurs déplacements. Le rapport met aussi en avant un facteur davantage psychologique et social : 30 % des personnes âgées redoutent de chuter et 45 % après 80 ans. Cette crainte touche 37 % des femmes contre 21 % des hommes, et 34 % des personnes seules contre 25 % des personnes en couple.
Les soucis de mobilité peuvent aussi intervenir au sein même du logement de la personne âgée. 9 % des sondés rencontrent des difficultés à se déplacer dans leur logement, un chiffre qui passe à 28 % après 90 ans. 11 % des personnes âgés sont gênés pour accéder à leur chambre, à la salle de bains ou aux toilettes. Le rapport met en avant un autre obstacle important lié aux pannes d'ascenseur, qui imposent parfois « un isolement durant parfois plusieurs jours ».
En ce qui concerne l’espace public et les transports, 29 % jugent les trottoirs et aménagements inadaptés à la marche, 39 % en milieu rural et 59 % en Guadeloupe et Martinique. 79 % des personnes âgées conduisent, et 65 % d'entre eux estiment difficile de se passer de la voiture. 66 % n'ont pas l'habitude des transports en commun (75 % après 80 ans).
Par ailleurs, les personnes âgées en milieu rural cumulent les difficultés. Les départements comptant le plus de personnes de 75 ans sont des départements ruraux comme la Creuse, le Cantal, la Nièvre, le Lot, l'Ariège, la Corrèze ou encore la Haute-Loire. Selon une étude de l’UFC-Que choisir, en 2024, 32 % des communes ne disposent d’aucune desserte et 45 % de celles de moins de 1 000 habitants sont dépourvues de tout arrêt de bus ou de gare. « Dans certains départements ruraux (Gers, Dordogne, Lozère), plus de 60 % des habitants sont concernés », peut-on lire dans le rapport.
Dans les zones rurales où la voiture est parfois indispensable, certaines personnes âgées sont frappées par une « double peine » d’ordre économique. Le taux de pauvreté des 65 ans et plus atteint 11,4 %, et 18,8 % pour ceux qui vivent seuls. Et lorsque les revenus sont inférieurs à 1 000 euros par mois, près d'une personne âgée sur deux ne conduit pas. Près d'une personne âgée sur quatre vivant avec moins de 750 € par mois a déjà renoncé à des soins faute de pouvoir se déplacer.
Des leviers locaux à actionner
L’association évoque des pistes pour lutter contre l’isolement des personnes âgées au niveau local.
En ce qui concerne le logement des personnes âgées, le rapport plaide pour la mise en place de visites de prévention dans le parc social – réalisée par le bailleur dès que le locataire a plus de 60 ans ou occupe le logement depuis plus de 25 ans. L’association appelle également à davantage adapter les logements en pérennisant le dispositif MaPrimeAdapt'.
« Selon l'Agence nationale de l'habitat (Anah), 83 000 dossiers déposés fin 2025 sont encore en attente de traitement. L'impact de MaPrimeAdapt' reste pour le moment insuffisant pour atteindre l'objectif fixé de 680 000 logements adaptés d'ici 2032, dont 250 000 d'ici 2027. »
— Les Petits frères des pauvres
Dans le champ de l’espace public, l’association recommande une « remise à niveau d'urgence des trottoirs » avec le soutien de la Banque des Territoires, des « diagnostics en marchant » , des balades avec les habitants pour repérer les obstacles. Il est aussi proposé dans le rapport « d'intégrer le vieillissement dans les contrats de ville "Engagements Quartiers 2030" » ou encore de mettre en place des exonérations temporaires de CFE et de taxe foncière pour les commerces de proximité. Du côté de la santé, l’association encourage le développement des maisons de santé pluriprofessionnelles et demande d'« intégrer pleinement la question de la mobilité dans les politiques d'accès aux soins ».
L’association plaide aussi pour « généraliser les Plans d’action en faveur de la mobilité solidaire (PAMS) créés par la Loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019 – en priorité dans les territoires ruraux, périurbains et les quartiers insuffisamment desservis – alors que seuls 8 plans d’action ont été prévus sur les 248 bassins de mobilité créés suite à cette loi. »
Enfin, interrogé dans le cadre de ce rapport, Yves Goasdoué, président du Conseil national de la sécurité routière, demande « des alternatives crédibles » quand la conduite n'est plus possible, avec par exemple « du transport à la demande et des solutions de covoiturage de proximité ». Il appelle aussi à sécuriser les piétons : « un meilleur éclairage des passages piétons, un entretien renforcé des trottoirs ».
Permis de conduire
Le président du Conseil national de la sécurité routière estime aussi que « l’aptitude à conduire doit être évaluée régulièrement tout au long de la vie » . La directive européenne d'octobre 2025 – qui met fin au permis de conduire à vie dans l'Union européenne en fixant une durée de validité limitée à 15 ans – laisse aux États membres le choix entre « une visite médicale, des formulaires d'auto-évaluation ou tout autre système d'évaluation ».
Si « l'âge, à lui seul, n'est pas un facteur de risque » , rappelle Yves Goasdoué, président du Conseil national de la sécurité routière, « la France semble aujourd'hui s'orienter vers la solution de l'auto-évaluation », mais « aucun arbitrage n'a encore été rendu ».
L'Assemblée nationale a d'ailleurs adopté il y a quelques jours une proposition de résolution européenne « visant à abandonner le conditionnement du renouvellement du permis de conduire à une visite médicale obligatoire » portée par Vincent Descoeur, député du Cantal et Fabrice Brun, député de l’Ardèche. Les députés se félicitent d’un « choix de liberté qui conjugue prévention et sécurité routière avec la mobilité rurale dans nos campagnes, en particulier pour nos aînés qui, rappelons-le, ne sont pas ceux, loin de là, qui causent le plus d’accidents ».

