Le gouvernement a choisi une méthode de communication pour le moins inhabituelle pour diffuser, hier, ses propositions face à la crise qui agite la jeunesse depuis un mois. Avant les représentants des lycéens et la presse, ce sont en effet des « influenceurs », reçus à Matignon, qui ont eu la primeur de ces annonces et les ont diffusées, plusieurs heures avant la prise de parole officielle du gouvernement.
Quatre milliards de « prêts » aux collectivités et annulation des suppressions de postes
Sur le fond, le Premier ministre, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et celui de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ont incontestablement fait un pas pour avoir, enfin, quelque chose de concret à proposer aux lycéens : jusqu’à présent, les réponses étaient restées soit évasives, soit surprenantes – comme l’épisode des 3 000 enseignants remplaçants sortis du chapeau du ministre de l’Éducation nationale en 48 heures.
Le gouvernement explique qu’il voulait se donner le temps d’examiner les remontées du site de consultation qu’il a mis en place pour recueillir les doléances des lycéens et qui, selon Édouard Geffray, a recueilli plus de 100 000 contributions. Cet examen a permis au gouvernement de conclure que les revendications des lycéens portaient sur… Parcoursup, le bâti scolaire, les classes surchargées et le manque d’enseignants. Autrement dit, ce que tout le monde sait depuis que le mouvement a débuté.
Parcoursup ne sera pas « immédiatement abrogé » , comme le réclament nombre de lycéens, d’étudiants, d’enseignants et de parents d’élèves, mais « remplacé en 2028 ». Le gouvernement entend travailler en deux temps : d’abord une « évolution forte » du site pour la campagne 2027, avec des critères plus « clairs » et des algorithmes plus « transparents » ; puis un « remplacement » en 2028, ce qui nécessiterait le vote d’une loi. Les modalités du contrôle continu devraient également être « revues » dès janvier prochain.
Pour rénover le bâti scolaire et universitaire, le gouvernement a décidé de privilégier des « prêts à taux préférentiels » aux régions : il a été annoncé « 4 milliards d’euros mobilisés » pour la rénovation des lycées… d’ici 2030. Pour les universités, le gouvernement évoque « un plan pluriannuel d’un milliard d’euros d’ici 2029 » , dont « 200 millions dès 2027 ». Ces 200 millions sont en réalité une des seules annonces qui engagent réellement le gouvernement, puisqu’elle devrait être débattue dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027. Le reste dépendra des successeurs d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu. « 500 lycées » devraient par ailleurs être identifiés dès le mois de janvier et faire l’objet de travaux de rénovation thermique avant l’été.
D’autres mesures concrètes concernent le nombre d’élèves par classe, qui serait « plafonné à 28 en seconde dès la rentrée 2027 » pour la moitié des établissements, avant une généralisation de la mesure à la rentrée 2028. Pour ce faire, le gouvernement « annule » les 836 suppressions de postes prévues dans le projet de loi de finances 2027 pour le second degré et va proposer 500 créations de postes pour la rentrée 2027. Il va également augmenter le nombre d’heures supplémentaires que peuvent effectuer les enseignants.
Sur les places dans l’enseignement supérieur, enfin, le gouvernement promet la création de « 15 000 places supplémentaires » , essentiellement en BTS (10 000) et en IUT (4 000). Les bourses étudiantes seraient par ailleurs indexées sur l’inflation à partir de la rentrée prochaine.
Toutes les mesures proposées par le gouvernement peuvent être retrouvées ici.
Réactions mitigées et maintien des appels à manifester
Ces annonces ont été diversement reçues par les organisations lycéennes et étudiantes, même si toutes estiment qu’il y a bien eu « un pas en avant du gouvernement » . Les avis varient en revanche sur la portée de ce « pas », que les organisations les plus modérées jugent « très significatif » et d’autres… « ridicule ».
Toutes les organisations lycéennes et étudiantes conviennent néanmoins qu’il ne faut pas mettre fin à la mobilisation et au contraire « l’amplifier ». Certaines, comme Renouveau lycéen, parlent de continuer « le temps d’avoir des retours très concrets sur le terrain » tandis que d’autres, comme l’Union syndicale lycéenne et l’Unef, maintiennent les revendications « de 10 milliards d’euros » pour l’éducation, la création de 250 000 places en université (très loin donc des 15 000 proposées par le gouvernement) et l’abrogation de Parcoursup.
Toutes les organisations ont appelé la jeunesse à redescendre dans la rue samedi 31 octobre et jeudi 5 novembre.
« Les régions attendent autre chose que des facilités d'endettement. »
— Régions de France
Quant aux régions, elles jugent les annonces du gouvernement bien insuffisantes, comme Régions de France l’explique dans un communiqué publié hier. Certes, les régions « prennent acte » des 4 milliards d’euros de prêts bonifiés, qui « feront diminuer le coût de l’endettement » , et en « feront bon usage », mais ces annonces sont « très en deçà de leurs attentes » . Elles rappellent que le gouvernement prévoit, dans son projet de loi de finances pour 2027, de leur prendre un milliard d’euros et lui demandent de « renoncer » à ce projet : « Diminuer de moitié cet effort permettrait de réinjecter prioritairement 500 millions d’euros dans la rénovation des lycées. »
Régions de France demande également, une nouvelle fois, que les travaux de rénovation des lycées puissent « être éligibles au Fonds vert et au FCTVA ». Carole Delga, présidente de Régions de France, conclut : « Nous prenons acte de cette première annonce du gouvernement. Les régions attendent cependant autre chose que des facilités d'endettement. Elles attendent que l’État cesse de réduire leurs moyens (2,7 milliards en trois ans) et qu’il préserve leur capacité à agir de manière structurelle. »



