Ce n’est peut-être pas un hasard du calendrier : à la veille d’une manifestation qui pourrait marquer le retour de la contestation sur les prix de l’essence dans la rue, le gouvernement a publié le décret étendant l’aide aux « gros rouleurs » , qui prendra effet demain, samedi 17 octobre. Ce décret permet la mise en œuvre des mesures annoncées par le Premier ministre le 23 septembre, soit il y a trois semaines, ce qui apparaît comme un délai relativement long.
Le dispositif retenu
L’indemnité pourra être perçue dans l’Hexagone, à Mayotte, en Guadeloupe et en Martinique et à La Réunion. Elle est ouverte à tout « contribuable » de 16 ans et plus ayant déclaré un revenu d’activité (salaire, revenu des autoentrepreneurs ou des professionnels, bénéfices agricoles).
Pour être éligible à cette aide, il faut appartenir à un foyer fiscal dont le revenu par part est inférieur à 22 770 euros par an. Ce qui correspond, selon les informations données en septembre par le gouvernement, à un revenu de 2 050 euros mensuels net pour une personne seule, 4 070 euros pour un couple et 6 100 euros pour un couple avec deux enfants.
Il faut également être assuré pour un véhicule thermique ou hybride non rechargeable (automobile ou deux-roues), et parcourir « plus de 15 km par trajet entre le domicile et le travail » ou plus de 8 000 km par an dans le cadre de l’activité professionnelle.
Les personnes remplissant ces conditions et ayant fait la demande recevront une somme forfaitaire de 100 euros, versée directement sur leur compte en banque par l’administration fiscale. Les personnes ayant déjà bénéficié d’une prime via le précédent dispositif, datant d’avril dernier, recevront automatiquement les 100 euros, sans avoir à refaire une demande.
De façon un peu étonnante, le décret a été publié mais les bénéficiaires ne peuvent pas encore faire leur demande. En effet, celle-ci ne pourra être effectuée qu’à partir d’une date qui sera fixée par un nouvel arrêté ministériel. Cette demande se fera de façon dématérialisée, « à l'aide d'un formulaire mis spécifiquement à la disposition des demandeurs dans leur espace finances publiques accessible via le site impots.gouv.fr ».
Mesures sur le gasoil
Rappelons que le gouvernement a plus récemment décidé de mesures spécifiques concernant les automobilistes et professionnels roulant au gasoil. Le Premier ministre, le 7 octobre, a annoncé « le déblocage de stocks stratégiques de gasoil », à hauteur de 10 millions de barils. Ces stocks ayant été constitués avant le début de la crise déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, ils ont été achetés au prix de 28 centimes le litre, quand le prix du marché tourne actuellement autour de 1,10 euro le litre. La « mise à disposition » de ces 10 millions de barils aux distributeurs devrait entraîner, selon le gouvernement, une baisse de « 12 à 18 centimes » par litre de gasoil, à partir du début du mois de novembre.
Le Premier ministre a reçu à Matignon, lundi 12 octobre, les distributeurs de carburant, pour leur demander de répercuter cette baisse. Elle devrait se situer dans la fourchette basse des estimations gouvernementales, voire en dessous, puisque le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a promis une baisse de « 8 à 12 centimes » par litre pour les particuliers.
Soixante manifestations prévues
La question est désormais de savoir si la journée de demain verra, ou pas, une mobilisation importante dans les rues du pays sur cette question du prix de l’essence. À cette heure, 250 actions et une soixantaine de manifestations sont prévues, indique le ministère de l’Intérieur.
Aux anciens Gilets jaunes qui ont multiplié les appels sur les réseaux sociaux vont se joindre les lycéens et les étudiants mobilisés depuis près d’un mois, mais aussi les organisateurs des « marches pour le climat » du mois de septembre, les chauffeurs VTC, le syndicat Sud-Solidaires, la Confédération paysanne… La CGT participera, localement, aux manifestations.
À Paris, le parcours de la manifestation fait débat. En fin de matinée encore, aujourd'hui, le préfet de police de Paris a annoncé qu'aucun accord n'avait été trouvé sur ce parcours et a déjà interdit certains lieux à la manifestation.
« Les blocages durables d'équipements ou d'axes structurants feront l'objet d'une intervention ferme et immédiate des forces de l'ordre. »
— Ministère de l'Intérieur
Le gouvernement dit craindre des débordements – pas seulement à Paris – et le ministre de l’Intérieur a réuni hier tous les préfets en visioconférence pour préparer cette journée. Le ministère a indiqué que « les blocages durables d’équipements ou d’axes structurants », ainsi que « les débordements ou tentatives d’exaction » feront l’objet « d'une intervention ferme et immédiate des forces de l'ordre ».
Le ministre de l’Intérieur a également indiqué ce matin avoir levé, pour la journée de demain, l’interdiction d’utiliser des grenades de désencerclement.



