« Une répercussion à la pompe dès le 1er novembre. » Pour garantir sa promesse de faire baisser les prix des carburants partout sur le territoire, à partir de la fin de la semaine prochaine, le gouvernement a annoncé, hier, qu'il proposera aux petites stations-service indépendantes une avance sur trésorerie.
Au début du mois et à l’approche de la manifestation du 17 octobre, Sébastien Lecornu avait annoncé le déblocage de stocks stratégiques de gazole avec la libération de 10 millions de barils. L’objectif est de faire, mécaniquement, diminuer les prix à la pompe « entre 12 et 18 centimes par litre » durant les trois prochains mois, de novembre à janvier. De quoi représenter « 10 euros d’économies immédiates pour un plein moyen », avait évalué le Premier ministre.
« Entre 350 et 500 stations-service » concernées
Un problème est, toutefois, rapidement apparu. Moins fréquemment approvisionnées que les stations de grands groupes, les petites stations-service avaient émis des doutes sur leur possibilité de répercuter la baisse des prix dès le 1er novembre, alors que le premier déstockage de carburant à prix réduit interviendra quatre jours avant, le 28 octobre.
Pour tenir son engagement et faciliter donc cette baisse, l’exécutif va déployer « un dispositif de soutien à la trésorerie » des petites stations-service indépendantes en zone rurale qui pourra bénéficier à celles « délivrant annuellement moins de 1 200 m3 de carburant », a-t-il annoncé dans un communiqué publié hier. Les établissements situés « dans les départements d'Outre-mer » sont également concernés. En tout, ce sont « entre 350 et 500 stations-service » qui seraient concernées, a estimé l’exécutif.
Il leur propose ainsi de contracter des prêts à taux zéro pouvant aller jusqu'à 5 000 euros par station, l’État remboursant les intérêts associés. « Ces petites stations-service, dont la rotation des cuves peut être plus lente, pourront solliciter un prêt de trésorerie auprès de leur banque ou de Bpifrance, notamment via son dispositif "Prêt Boost". L'État prendra en charge les intérêts associés à ces prêts pour les stations-service éligibles, dans la limite d'un prêt pouvant atteindre 5 000 euros par station », détaille l’exécutif.
Prêt souscrit jusqu’au 20 novembre
« Afin de garantir un dispositif accessible à ces petites entreprises, les démarches seront simplifiées grâce à la mise en place d'un guichet de remboursement, opéré par l'Agence de services et de paiement (ASP) », explique-t-il en indiquant que « sur présentation d'un contrat de prêt souscrit entre le 20 octobre et le 20 novembre 2026, toute station-service relevant du dispositif se verra rembourser par l'ASP les intérêts du prêt souscrit ».
Avec cet accompagnement, le gouvernement assure vouloir « assurer une répercussion rapide de la baisse des prix des carburants au bénéfice de tous les automobilistes, tout en préservant le maillage territorial et l'accès au carburant ». Il invite donc les stations-service concernées à « se rapprocher dès à présent de leur établissement bancaire ou de Bpifrance afin d'anticiper leurs besoins de trésorerie ». Le calendrier d'ouverture du guichet de remboursement sera, toutefois, « précisé prochainement », selon le gouvernement.
« Nous demandions que le gouvernement s'assure d'un équilibre des prix dès début novembre entre les stations et nous nous félicitons d'avoir été entendus », a expliqué Francis Pousse, président national des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles du réseau Mobilians (qui représente l'essentiel des stations-service traditionnelles hors grandes surfaces) qui réclame, par ailleurs, un fonds d’accompagnement à la transformation des stations-service rurales.
D’ici 2035, 4 stations indépendantes sur 10 fermées ?
Dans une étude publiée au printemps dernier, l’Observatoire des métiers des services de l’automobile estime que 41 % des quelque 3 800 stations-service indépendantes implantées sur le territoire pourraient mettre la clé sous la porte d'ici 2035, notamment dans les zones rurales ou périurbaines où elles sont majoritairement implantées.
C’est en tout cas la réponse donnée par une partie des 784 professionnels qui ont été interrogés pour l’occasion. Le chiffre pourrait même être plus important puisque 22 % d’entre eux disent ne pas savoir s’ils cesseront leur activité de distribution de carburants dans dix ans. En fait, seuls 38 % affirment qu’ils la maintiendront.
Pour les établissements dont la seule activité est la distribution de carburant, la proportion est encore plus grande puisque plus de la moitié d’entre eux (51 %) disaient vouloir stopper leur activité d’ici cette échéance. Quand une activité complémentaire existe, ils étaient en moyenne 38 % à évoquer ce scénario.
« Plus la situation actuelle est jugée préoccupante, plus la perspective d’arrêter l’activité est significative. En revanche, la localisation (urbain, rural, etc.) ne semble pas avoir d’impact sur les projets de fermeture », notent les auteurs de l’enquête. Alors que « 57 % des professionnels cessant leur activité à l’horizon 2035 déclarent partir en retraite » et que « seulement 34,5 % annoncent spontanément un projet de vente de la station-service (lié ou non au départ à la retraite) », l’Observatoire souligne qu’il « existe donc une incertitude concernant la disparition totale de 27 % des stations-service indépendantes à l’horizon 2035 ».
Une « dégradation nette » avec la guerre au Moyen-Orient
Quoi qu’il en soit, 81% des gérants indépendants interrogés disaient être confrontés à des difficultés lors de la réalisation de l’enquête, fin 2025. Si la première de ces difficultés était « la concurrence exercée par les grandes surfaces », les exploitants citaient également la baisse des ventes, « le poids des charges et les difficultés financières » ainsi que la transition énergétique. Cette dernière leur fait d’ailleurs craindre un impact négatif sur leur niveau d’activité, pour 55 % d’entre eux.
Et les perspectives ne devraient pas s’améliorer pour ces stations avec une « dégradation nette » de la situation depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Au printemps dernier, le syndicat Mobilians évoquait ainsi pour nombre d’entre elles des baisses de volumes importantes « généralement comprises entre 15 % et 40 %, en raison de niveaux de prix devenus non compétitifs ».
En cause, « une fracture nette du marché, directement liée à la capacité des stations à proposer des opérations commerciales à prix bas », les petites stations isolées ne pouvant forcément mettre en œuvre des dispositifs de prix bloqués.
Les auteurs de l’étude rappellent que les stations-service possédées par des propriétaires indépendants sont très rarement présentes sur autoroute et que la majorité est plutôt localisée dans le milieu rural (44 %) ou en centre-ville et en centre-bourg (27 %). « Parmi les stations-service indépendantes, seulement 17 % des établissements n’ont pas développé d’activité complémentaire. Pour une station sur cinq, le commerce de carburant est l’activité principale mais pour la grande majorité (63 %), il s’agit d’une activité secondaire », détaillent-ils.


