Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 23 janvier 2026
Social

Avec la montée de la précarité, l'Unccas demande plus de moyens pour les maires face à un gouvernement qui joue la montre

Hier soir, à l'occasion de la cérémonie des vÅ“ux de l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Unccas), les élus ont demandé au gouvernement de « réarmer les maires » pour lutter contre la précarité et la chute de la natalité. Seulement, il semblerait que la décentralisation ne soit pas prévue pour demain...

Par Lucile Bonnin

Maire-Info
© Unccas

C’est le soir du 22 janvier que s’est tenue la cérémonie des vœux de l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Unccas). Une cérémonie « un peu particulière »  selon son président, Luc Carvounas, maire d'Alfortville (Val-de-Marne), car c’est « la dernière du mandat »  et la centième année de l’association. 

Tradition oblige lors d’un anniversaire, il est coutume de faire un vœu avant de souffler ses bougies. Celui des élus de l’Unccas n’est un secret pour personne : ils demandent à l’État des moyens pour agir mais surtout une « organisation décentralisée »  afin de pouvoir « construire des politiques protectrices au plus près des citoyens. » 

Les maires face à la pauvreté : le défi de demain 

« En France ce sont au moins 350 000 personnes qui sont aujourd’hui sans domicile personnel », a rappelé avec gravité le président de l’Unccas. Ce chiffre, « qui a plus que doublé en dix ans »  témoigne selon les élus – en première ligne sur le terrain – d’une véritable « aggravation de la précarité résidentielle ».

« Dans le même temps, 61 % des appels au 115 restent chaque jour sans solution, signe d’un dispositif d’hébergement saturé. Il faut que l’État puisse nous donner des moyens d’accompagner les personnes en difficulté », a continué le maire d'Alfortville. Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, l’Unccas a demandé le financement d'au moins 10 000 places supplémentaires d'hébergement d'urgence, ce qui correspondrait à une enveloppe d’environ 120 millions d'euros supplémentaires. On compte aujourd’hui près de 203 000 places dans ces hébergements, ce qui est largement insuffisant selon les nombreux témoignages de maires. 

Face à la précarité qui augmente, l’Unccas alerte le gouvernement. « Ce sera l’un des principaux chantiers pour 2026 car la situation de nos compatriotes ne s’améliore pas puisque l’Insee nous dit qu’il y a aujourd’hui 10 millions de pauvres dans le pays, soit plus de 15 % de la population », alerte le président de l’Unccas qui plaide pour un avenir qui ne soit pas fait « de renoncements de la puissance publique au profit par exemple des services privés. » 

Les élus attendent une gouvernance de l’action sociale « dans la durée », qui ne pourra passer que par un nouvel acte de décentralisation. Mais celle-ci doit se faire en bonne intelligence avec les élus. Il a été rappelé par exemple qu’en mai 2025 l’Unccas est montée au créneau car le gouvernement proposait – dans le cadre de la simplification administrative dite Roquelaure de la simplification – de rendre facultative la création de CCAS dans les communes de plus de 1 500 habitants. Finalement abandonnée un mois après, la mesure a cependant fait craindre un retour en arrière (lire Maire info du 16 mai 2025). 

Chantiers en cours 

Plusieurs chantiers ont été évoqués dans les échanges d’hier. Il a par exemple été question de la réforme de l’allocation sociale unique. Le président de l’Unccas se montre sceptique : « Comment s’engager dans une réforme sans bilan d’impact sur les gagnants et les perdants ? Comment garantir que cette réforme ne se fasse pas à budget constant au fil des ans ? Pourquoi ne pas attendre la fin de l’expérimentation des territoires zéro non-recours ? ». Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, présente à ces vœux, a annoncé qu’un groupe de travail allait être créé. 

Parmi les grandes priorités portées par l’Unccas figure aussi la construction d’une société du bien-vieillir. Les élus sont effectivement « en attente d’un projet de loi ambitieux sur le grand âge ». Françoise Gatel, sur ce sujet, a assuré partager l’ambition de l’Unccas de trouver « des choses à inventer ». 

Puis il a rapidement été question d’un sujet devenu incontournable ces derniers mois : le net recul de la natalité en France. « Un choc démographique » , pour Françoise Gatel. Sur ce sujet, Luc Carvounas a donné sa grille de lecture. En tant que maire, il est confronté à de futurs parents qui manquent de moyens et de perspectives. Les maires sont confrontés à ces interrogations : « Je veux bien faire un enfant mais où pouvons-nous nous loger ? Comment faire garder mon enfant ? etc. »  Il avance que, « pour réarmer démographiquement notre pays »  il faut passer « par la question de la densité harmonieuse ». « Combien de maires ont la main qui tremble pour signer un permis de construire parce que derrière ils n’ont pas les moyens de faire les choses par accueillir les nouvelles familles pour des raisons budgétaires ? », lance-t-il. 

Luc Carvounas demande que des moyens soient redonnés aux maires afin de « pouvoir (leur) permettre de continuer à développer leurs communes. »  En réponse, la ministre a indiqué qu’il y avait une nécessité de construire une politique familiale différente avec un enjeu de logement. Pour elle, « il faut donner aux maires plus de pouvoirs dans l’attribution des logements sociaux », faciliter l’accession à la propriété et aussi renforcer les compétences logement de l’intercommunalité. 

Décentraliser ? Oui ! Mais peut-être pas avant 2027...

La ministre Françoise Gatel n’a pas manqué de rappeler que « le contexte politique n’est pas aisé »  avec, en plus, des échéances déterminantes qui auront lieu en mars prochain (élections municipales) et en 2027 (élection présidentielle). 

Pourtant les engagements du gouvernement étaient réels : « Le 15 septembre dernier, le Premier ministre annonçait un grand pacte de simplification, de clarification et de libertés locales ». Ce dernier devait aboutir à un projet de loi début 2026. Le futur projet de loi de simplification est toujours aux abonnés absents, alors que Sébastien Lecornu avait prévu un temps qu'il serait adopté avant les élections municipales. 

Sans faire de réelle annonce, la ministre se montre très prudente, et indique que redonner du pouvoir aux maires constitue « un gros chantier ». Elle poursuit : « Je pense que c’est l’occasion pour des candidats de porter un projet et de le soumettre à la nation, y compris sur la manière dont on finance les choses et dont on voit les choses » . Doit-on comprendre que le projet de loi de simplification ne verra pas le jour cette année et que les travaux menés jusqu’ici risquent de ne pas aboutir ? La question se pose. Quoi qu’il en soit,il semblerait que le gouvernement fasse le choix aujourd’hui de mettre de nombreux chantiers en suspens… Même les plus importants. 

Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2