Gestion du trait de côte : une nouvelle stratégie… sans moyens supplémentaires
Par Caroline Reinhart
Pourtant très attendu, le projet de 3e stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) a été tardivement mis en consultation en septembre 2025. Déjà, les élus des littoraux pointaient l’absence de nouveau financement, plaidant pour la mise en place d’un fonds national dédié à l’érosion côtière. Rien n’y a fait : sur ce point, le texte définitif, adopté par un décret du 20 août, est resté fidèle au projet.
Dans un communiqué du 27 août, l’association nationale des élus des littoraux (Anel) somme donc le gouvernement de s’engager clairement dans ce moment charnière. « Suite à la récente publication du décret sur l’adoption de la SNGITC et face à l’absence persistante de prise en considération des demandes des élus des littoraux, l’Anel maintient son avis défavorable et déplore l’attitude avec laquelle le gouvernement traite cet enjeu majeur. » . Tout en lui fixant un ultime rendez-vous, le 15 septembre prochain : « Sans financements pérennes, fonds national dédié et cadre juridique adapté, cette stratégie restera sans moyens à la hauteur des enjeux (…) L’Anel attend du gouvernement des engagements clairs et concrets lors du Comité national du trait de côte du 15 septembre. L’adaptation des littoraux est une responsabilité nationale : l’État doit désormais donner aux territoires les moyens d’agir. ».
Accompagner l’adaptation, repenser l’aménagement
Pour mémoire, le littoral concentre 5,5 millions de logements, avec 2,8 millions de nouveaux résidents permanents depuis 1962 et 25% de résidences secondaires : un Français sur huit vit sur dans une commune littorale. L’enjeu du recul du trait de côte est donc central, à tout point de vue. Instaurée par la loi Climat et résilience de 2021, la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte est le « cadre de référence pour la protection du milieu et la gestion intégrée et concertée des activités au regard de l’évolution du trait de côte à l’échelle d’une cellule hydro-sédimentaire et du risque qui en résulte ».
Selon le communiqué ministériel du 21 août, cette troisième version vise à « mieux anticiper les évolutions du littoral et à accompagner l’adaptation des territoires concernés » , afin de « renforcer la résilience des espaces littoraux en s’appuyant sur le rôle des milieux naturels pour atténuer les effets du changement climatique, et de repenser l’aménagement du littoral. » . En ce sens, la nouvelle SNGITC prend en compte la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc), qui préfigure une hausse des températures moyennes de 4 °C en 2100, et une élévation du niveau de la mer de près d'un mètre d'ici 100 ans.
Toujours dans l’optique de « vivre avec, plutôt que lutter contre le recul du trait de côte » , le document de 56 pages décliné en 9 principes, 5 axes, et 60 mesures « opérationnelles » se veut exhaustif. Parmi les principes retenus, sont à retenir la limitation de l’urbanisation dans les secteurs soumis au recul du trait de côte actuel ou futur ; la restauration des écosystèmes détériorés à partir de solutions fondées sur la nature dans les projets de recomposition spatiale ; ou encore, la nécessité de projets territoriaux « associant les populations concernées, concerté(s) avec les territoires adjacents et rétro littoraux, basé(s) sur une approche systémique, transversale et pluridisciplinaire ».
Multiplier et diffuser largement les cartes locales d’exposition
Approfondir et partager la connaissance de l’évolution du trait de côte est le premier axe du document. Un réseau national des observatoires du trait de côte est déjà en place depuis 2017, dans le but d’acquérir des données homogènes au niveau national. En ce sens, la SNGITC prévoit de quantifier et de cartographier les « reculs évènementiels de référence » et les délimitations des cellules hydro-sédimentaires, mais aussi d'assurer des suivis réguliers.
Surtout, l’accent est mis sur les cartes locales d’exposition au recul du trait de côte, que doivent élaborer les communes inscrites sur le décret-liste du 22 avril 2022, aux échéances 30 et 100 ans. L’objectif reste de couvrir l’intégralité du territoire concerné, pour que ces cartes, intégrées aux documents d’urbanisme, soient largement diffusées et accessibles sur les portails dédiés. Sur ce point, l’État accompagne les collectivités par un appui technique et un concours financier (à hauteur de 80 % du coût d’élaboration des cartes).
Pour l’heure, 371 communes ont intégré le décret-liste, qui leur ouvre aussi la possibilité d’exercer un droit de préemption spécifique. L’une des mesures du document vise, à ce titre, à renforcer l’acquisition des terrains par les collectivités, par préemption ou à l’amiable.
Privilégier les solutions fondées sur la nature, mobiliser les financements existants
Autre point central de cette SNGITC : la valorisation des solutions fondées sur la nature, qui visent « à préserver et/ou restaurer le rôle tampon des écosystèmes littoraux, qui sont à même d’atténuer l’érosion, l’énergie des vagues et les effets des phénomènes tempétueux ou de l’élévation du niveau marin. ». Des « alternatives pertinentes ou des solutions complémentaires » aux ouvrages de protection du littoral, plaide le document. Des appels à projets dédiés ont déjà été lancés par l’État – et d'autres vont l'être dans les prochaines années.
Dernier axe du texte, le financement reste le point noir de cette stratégie pour les collectivités, qui se sont vu confier cette charge, en 2021, sans les ressources associées. En les invitant à mieux mobiliser les outils et financements existants (Fonds vert, taxe Gemapi, contrats de plan État-région, agences de l’eau, fonds européens…), le message semble clair : l’État ne financera pas de façon pérenne cette charge, qui relève pourtant de la responsabilité nationale. Et l’appel aux financements privés, en toute fin de document, n’est pas pour rassurer… Verdict le 15 septembre.
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