Le plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes adopté, bien que vivement critiqué par les professionnels
Par Franck Lemarc
Comment lutter efficacement contre le frelon asiatique, qui a colonisé en une vingtaine d’années la totalité du territoire hexagonal et décime les populations d’abeilles mellifères ? La question hante les apiculteurs, qui voient, chaque année davantage, leurs ruches se faire attaquer par ces insectes dont chaque individu peut tuer jusqu’à 70 abeilles par jour – une colonie entière pouvant ainsi être détruite en quelques semaines.
Un plan prévu par la loi
Une loi a été promulguée sur ce sujet le 11 mars 2025. Assez brève, cette loi, constituée d’un article unique instituait le principe d’un « plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes », censé déterminer les orientations nationales en la matière, classifier les départements en fonction du degré de prédation par le frelon asiatique et déterminer « les financements de l’État, des collectivités territoriales et des acteurs socio-économiques et sanitaires ».
Le plan a bien été élaboré, présenté en avril 2026 et soumis à consultation publique, ainsi qu’à l’avis du Conseil national de la protection de la nature. Bien qu’ayant été très largement critiqué lors de la consultation publique (lire ci-dessous), le plan a finalement été approuvé officiellement par le gouvernement et entre en vigueur pour une durée de six ans.
Trois axes et pas de financement
Au-delà d’un chapitre introductif dressant l’état des lieux de la menace, le plan s’articule autour de trois axes : Recherche et communication, Organisation de la lutte et Gouvernance. Le premier axe décrit notamment les actions de communication auprès du grand public, visant à « diffuser les bonnes pratiques en matière de lutte, issues des travaux de recherche et des expérimentations » et « inciter le grand public à observer et signaler les nids de frelon asiatique, sur une plate-forme dédiée à cet effet ».
Mais c’est évidemment l’axe 2, « organisation de la lutte », qui retient le plus l’attention. Cette partie du plan a clairement déçu les professionnels, qui attendaient des mesures beaucoup plus précises. Trois actions seulement sont prévues. D’abord, la classification des départements en fonction de la pression de prédation – ce qui se fera à partir de la plateforme nationale de signalement qui sera mise en place. Ensuite, « la mise en place de mesures de gestion adaptées à cette classification ». Selon la « pression », il pourra être mis en place des mesures de « piégeage des fondatrices » (frelons femelles qui vont fonder une nouvelle colonie), au printemps ; ainsi que la destruction des nids repérés, du printemps à l’automne. Concernant le financement de ces actions, le plan reste extrêmement vague, indiquant que « différentes sources de financement » pourront être mobilisées du côté du ministère chargé de l’environnement, de l’Europe ou de la filière apicole.
La troisième action consiste précisément à établir une « cartographie des financements », y compris ceux venant des collectivités territoriales.
Il est enfin indiqué que la gouvernance du plan sera assurée par un comité de pilotage national qui comprendra, notamment, des représentants des associations d’élus.
Un plan très en dessous des attentes
Ce plan a été clairement identifié comme très insuffisant lors de la consultation publique qui s’est déroulée au printemps dernier. Le ministère ne s’en cache pas : dans la synthèse des réponses à la consultation qu’il a lui-même établie, il reconnaît que les avis favorables au plan ne représentent que 10 % des réponses, « contre près de 90 % d’avis critiques ou mitigés ». Ces avis critiques émanent principalement d’apiculteurs, mais également de certaines communes qui s’estiment abandonnées par l’État face à ce problème.
« Des déceptions se font jour sur le niveau d’ambition du plan », note le ministère avec un certain sens de la litote, ce document étant vu comme « trop théorique au détriment d’actions concrètes et efficaces ». L’immense majorité des contributeurs dénonce « un manque de moyens », aucun budget n’étant prévu pour la prise en charge de la destruction des nids ou l’achat d’équipements (pièges sélectifs ou dispositifs de protection des ruches, dont les prix sont souvent « prohibitifs » ).
Le débat sur la destruction des nids est l’un des plus clivants. Il avait déjà été abordé au Parlement lors de la discussion sur la proposition de loi évoquée plus haut : pendant ce débat, la mesure jugée par tous les professionnels la plus importante du texte avait été retirée sous la pression du gouvernement. Il s’agissait de rendre obligatoire, pour tout occupant d’une parcelle ayant repéré un nid de frelons asiatiques, le fait de déclarer celui-ci au préfet, qui aurait à son tour eu l’obligation de faire procéder à sa destruction. L’AMF s’était également prononcée pour le maintien de cette mesure, sans succès.
La même question se pose sur la question du financement : on sait qu’il existe de très nombreux propriétaires qui constatent l’existence d’un nid sur leur terrain, mais ne le signalent pas, parce qu’ils n’ont pas envie ou surtout pas les moyens de recourir à un professionnel pour le détruire – la somme peut atteindre jusqu’à 300 euros. Une solution évidente aurait été de permettre aux communes de prendre en charge ces actions de destruction, gratuitement pour l’usager, et de se faire tout ou partie rembourser par un fonds financé par l’État. Mais cette mesure n’a pas été retenue par le gouvernement.
De l’avis des professionnels, ce Plan national risque donc d’être bien loin de permettre la maitrise de ce qui ressemble de plus en plus à un fléau pour la filière apicole.
Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2
Décret protection de la communauté éducative : les maires au coeur d'un dispositif contesté






