Maire-info
Le quotidien d’informations des élus locaux

Édition du vendredi 2 octobre 2026

Société

400 établissements scolaires fermés face à l'extension du mouvement lycéen et la flambée de violences

Le mouvement lycéen qui a débuté la semaine dernière en région parisienne s'est étendu ces deux derniers jours à de nombreuses villes du pays, émaillé de violences urbaines. Il a conduit le gouvernement à fermer plusieurs centaines de lycées aujourd'hui et à revenir, déjà, sur certaines mesures prévues dans le projet de loi de finances.
© Capture d'écran X.com

Plus de 400 lycées fermés ce matin, et des dizaines de préfectures qui ont déjà publié des arrêtés édictant diverses mesures d’interdiction de rassemblement. Ce sont les conséquences de l’extension du mouvement de protestation des lycéens et de la flambée de violence qui s’est produite hier dans de nombreuses villes. 

D’où vient ce mouvement ?

Tout a commencé le vendredi 18 septembre, lorsque les élèves du lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne) se sont mis en grève, en solidarité avec leurs enseignants, pour réclamer des créations de postes. Les jours suivants, le mouvement a gagné plusieurs autres lycées de la région parisienne, essentiellement dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Le syndicat lycéen USL (Union syndicale lycéenne), qui semble à l’origine du mouvement, dénonçait alors « le manque de professeurs et de personnels, des établissements délabrés, des emplois du temps et des classes surchargés ». À la fin de la semaine dernière, une quarantaine de lycées franciliens (sur 468) faisaient l’objet de blocages, et l’USL appelait à « généraliser » le mouvement dans le reste du pays.

Lundi 28 septembre, de premiers blocages se produisaient à Lille, Marseille, Lyon, Nice, et le ministère de l’Intérieur comptabilisait 180 établissements « perturbés ». Le mouvement a pris une nouvelle ampleur à l’occasion de la journée d’action de la fonction publique du mardi 29 septembre et à partir de là, le nombre de lycées touchés a doublé chaque jour, jusqu’à atteindre le nombre de « 1 207 » hier (chiffre du ministère de l’Éducation nationale). C’est un chiffre considérable, puisqu’il représente la moitié des lycées publics du pays (environ 2 400 établissements). 

Montée de la violence

C’est surtout depuis ce lundi 28 septembre que la situation a dégénéré aux abords d’un certain nombre d’établissements, d’abord avec des poubelles brûlées et des échauffourées avec les forces de l’ordre. Lundi, la place Beauvau annonçait des « dégradations » aux abords d’une quinzaine de lycées, 164 interpellations et une trentaine de blessés, tant chez les lycéens que parmi les personnels de l’Éducation nationale et les forces de l’ordre. 

Si la journée d’action du 29 septembre a été plutôt calme, les choses se sont dégradées mercredi 30 et surtout hier, jeudi 1er octobre, avec des violences qui se sont étendues bien au-delà de l’abord des établissements. On retiendra notamment la destruction complète par incendie du hall d’un lycée à Nantes, celle d’un camion de pompiers à Marseille, mais également des dizaines de voitures brûlées, bus caillassés, mobilier urbain détruit – ainsi que des affrontements de plus en plus durs avec les forces de l’ordre, où une fois encore les artifices de mortier ont été largement utilisés contre les policiers. Selon le bilan dévoilé ce matin par le ministre de l’Éducation nationale, « plus d’une centaine de lycées ont connu des dégradations sévères » et « 65 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés, dont 40 proviseurs ». Côté ministère de l’Intérieur, on a dénombré hier près de 2 000 interpellations et « 305 blessés » du côté des forces de l’ordre – le nombre de blessés chez les manifestants n’a pas été communiqué. 

Les images qui ont tourné en boucle hier, pendant toute la journée, sur les chaînes d’information, évoquent désormais davantage celles d’émeutes urbaines que de manifestations lycéennes classiques. 

Revendications diffuses et multiformes

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a toutefois insisté sur matin sur BFMTV, sur le fait qu’il n’y a selon lui « pas de lycéens violents ou très très peu », évoquant, comme son collègue de l’Intérieur, la présence « d’éléments extérieurs violents ». Le ministre a par ailleurs cherché à légitimer le malaise qui règne dans certains lycées, rappelant par exemple que dans le lycée de Créteil où tout a commencé, il y avait « un véritable problème de ressources humaines », qui a depuis été « réglé ». Selon le gouvernement, le mouvement a, depuis, dégénéré parce qu’il est « manipulé » par des « partis d’extrême gauche » – le ministre de l’Éducation nationale parlant de « La France insoumise et de ses proxys d’ultragauche ». 

Mais au-delà de la question des violences et du débat sur la « manipulation » du mouvement, les prises de parole de nombreux jeunes participants au mouvement font état de problèmes bien réels et multiformes, allant de l’état de délabrement de certains établissements au manque de professeurs, d’infirmières ou de psychologues scolaires, en passant par les températures insupportables subies pendant la canicule de juin, voire des coupures d’eau potable pendant plusieurs jours dans certains établissements. Ici et là, la question de l’interdiction du téléphone portable depuis la rentrée dans les lycées, ou encore « le stress » généré par le très décrié système Parcoursup, sont évoqués.

C’est toute la difficulté, pour le gouvernement, de gérer ce mouvement lycéen qui, contrairement à d’autres, n’est pas unifié autour d’une revendication « centrale ». Aussi loin que l’on remonte, les grands mouvements lycéens du passé étaient, en général, centrés autour d’une unique revendication : au printemps 1973, contre la loi Debré qui réduisait les possibilités de sursis pour le service militaire, en 1986 contre la loi dite Devaquet, qui accentuait la sélection à l’entrée en fac, en 1994 contre le CIP (« smic-jeunes »), ou encore en 2006 contre le Contrat première embauche (CPE).
Aujourd’hui, il n’y a pas de revendication centrale, pas de loi contre laquelle les lycéens s’élèvent, mais une agglomération de problèmes locaux et nationaux, un sentiment de dégradation des conditions d’enseignement, auquel s’ajoutent, peut-être, les conséquences du climat particulièrement anxiogène de la période actuelle pour la jeunesse, entre dégradation climatique, risques de guerre et craintes liées à l’émergence de l’intelligence artificielle. Ces conditions rendent le mouvement d’autant plus difficile à gérer pour l’exécutif. 

Premières réponses du gouvernement

La réponse du gouvernement est double, entre volonté affichée de « discuter et débattre » et durcissement des mesures d’autorité.

Côté discussion, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé hier vouloir recevoir au plus vite tous les représentants des organisations lycéennes et étudiantes – car un certain nombre d’universités ont commencé à se joindre au mouvement hier. Premier geste concret : à peine le projet de budget présenté, le gouvernement a annoncé hier le retrait d’une mesure qui ne pouvait que jeter de l’huile sur le feu : l’instauration de frais d’inscription pour l’entrée en BTS. 

Dès lundi, des discussions plus structurées seront organisées au ministère de l’Éducation nationale entre le gouvernement, les organisations lycéennes, les syndicats enseignants et les associations de parents d’élèves. 

Pour ce qui est de la réponse sécuritaire, le ministère a annoncé la fermeture de 400 établissements, ce matin, et l’interdiction de manifester à leurs abords, ou pour la journée du 2 octobre ou jusqu’au samedi 3. Au fil de cette matinée, les préfets publient des arrêtés listant nommément un certain nombre de lycées et interdisant tout rassemblement par exemple « dans un périmètre de 100 mètres » autour d’eux. Selon les arrêtés, d’autres mesures sont prises localement : interdiction du « port et du transport d’artifices de divertissement et d’articles pyrotechniques », de substances inflammables, ou encore « d’équipements de protection destinés à mettre en échec tout ou partie des moyens utilisés par les représentants de la force publique pour le maintien de l'ordre public ». La plupart des préfectures ont également autorisé temporairement l’usage de drones pour surveiller l’évolution des manifestations.

Malgré ces mesures, plusieurs rassemblements ont commencé à se dérouler dans un certain nombre de grandes villes, ce matin, et des échauffourées ont déjà éclaté entre manifestants et forces de l’ordre notamment à Strasbourg, Marseille, Toulouse, Rennes, Pantin et Paris. Le prochain rendez-vous national fixé par les organisations lycéennes a été fixé à mardi prochain, le 6 octobre.

Budget de l'état

Transition écologique, logement, Outre-mer… : ce qu'il faut retenir du budget 2027

Dévoilé hier, le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 prévoit de geler le point d'indice des agents, de raboter le fonds chaleur de 300 millions d'euros, tout en durcissant la fiscalité des meublés de tourisme et en rehaussant le budget des Outre-mer. Tour d'horizon.

Déjà critiqué de toutes parts, le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, présenté hier par l’exécutif, dévoile ses mesures au fil de l’eau, dans un contexte de précampagne électorale et de tension budgétaire particulièrement élevée. D’autant que le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a jugé « très peu vraisemblable » l'objectif gouvernemental de ramener le déficit public sous 3 % du PIB en 2029.

Au-delà des collectivités qui verraient un nouveau prélèvement remplacer le Dilico et leur FCTVA amputé d’un quart, c’est toute une série d’arbitrages du gouvernement qui concerne les élus locaux au premier chef. Comme celui, par exemple, de geler le point d'indice, qui sert à calculer une partie de la rémunération des fonctionnaires, pour la quatrième année consécutive, alors même que le pouvoir d’achat s’effondre en France.

Le Fonds chaleur « priorisé » vers certaines communes

Après un été frappé par les canicules, la sécheresse, les incendies et une amplification des effets du réchauffement climatique, les moyens alloués à l’écologie et à la transition énergétique vont être scrutés de très près. S’ils semblent globalement préservés, au premier abord, le secteur n’échappe pas à certaines coupes budgétaires.

En premier lieu, l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) va voir son budget d'intervention chuter de 350 millions d'euros, entraînant une baisse de 300 millions d’euros sur le Fonds chaleur, a confirmé le gouvernement, alors que les associations d'élus l'avaient exhorté à y renoncer. Dans le langage de Bercy, exprimé dans le dossier de presse, on dit que « l’efficience du Fonds chaleur est renforcée (...) par le recentrage du dispositif vers les communes où le besoin est le plus prégnant ». « Une logique de priorisation des investissements vers les collectivités qui en ont le plus besoin », a clarifié le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. 

En parallèle, des coupes dans certains effectifs sont prévues avec la suppression d'emplois à la fois au sein du ministère lui-même (126 équivalents temps plein) et certains de ses opérateurs (156 ETP), en particulier le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques) et l'Institut national de l'information géographique (IGN). Quand on connaît le rôle que le Cerema joue en matière d'ingénierie auprès d'innombrables communes, par exemple sur la question de la rénovation des ponts, cela n'a rien d'une bonne nouvelle. 

Fonds vert : 100 millions d’euros consacrés à la forêt

Du côté du verre à moitié plein, on peut rappeler que la chute du Fonds vert devrait être enrayée cette année puisque ce dispositif doit être revu à la hausse de quelque 150 millions d’euros pour atteindre le milliard d'euros (un montant encore loin des 2,5 milliards d'euros dont il était pourvu au moment de sa création, il y a deux ans). Le président du Comité des finances locales (CFL), Jean-François Debat, avait toutefois déjà dénoncé, mercredi, par anticipation, ce cas de figure : « Si c’est un tour de passe-passe [qui se fait] en siphonnant le Fonds chaleur, dans ce cas, cela ne sert à rien... » 

Reste qu’au moins la moitié de ce dispositif sera consacrée à l'adaptation au changement climatique « dans les collectivités les plus vulnérables », a précisé hier la ministre de la Transition écologique Monique Barbut afin d’« adapter des bâtiments publics aux fortes chaleurs » avec une « priorité » donnée aux établissements scolaires, mais aussi « créer des îlots de fraîcheur végétalisés et désimperméabiliser nos villes ou encore mieux protéger les populations face aux inondations et aux incendies ». « Et après l'été que nous venons de vivre, 100 millions d'euros du Fonds vert seront consacrés à la forêt », a-t-elle détaillé, alors qu’un nouveau programme y sera entièrement dédié. 

S’agissant du prochain plan d'accélération de l'adaptation au changement climatique qui a été annoncé récemment, on peut noter qu’il reste encore très évasif. On peut noter également que « les recettes des agences de l’eau et du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres sont stabilisées à leur niveau de 2026 », – c'est-à-dire gelées – tout comme les moyens du fonds de prévention des risques naturels, selon le gouvernement.

Meublés de tourisme : la fiscalité durcie 

Autre sujet primordial : le logement, dont le secteur est frappé par une profonde crise. Pour tenter d’y remédier, le gouvernement souhaite raboter les avantages fiscaux dont bénéficie actuellement la location meublée. Dans ce cadre, il alourdirait, une nouvelle fois, ceux prévus pour les logements loués sur les plateformes de type Airbnb. Longtemps favorisés par une distorsion de fiscalité, ces derniers sont accusés d’aggraver la pénurie de logements.

« Afin de résorber les déséquilibres existants sur le marché locatif et d'encourager la location de longue durée, il est proposé de poursuivre le rapprochement des caractéristiques des régimes de la location nue et de la location meublée non professionnelle (LMNP) », indique le projet de budget, alors que l’exécutif compte rendre le dispositif « Jeanbrun » plus attractif.

HLM : désengagement de l’État en outre-mer ?

Du côté du logement social, pas de surprise particulière. On savait déjà que le montant de la ponction qui grève les recettes des bailleurs sociaux – appelée réduction de loyer de solidarité (RLS) – serait stabilisé à 900 millions d'euros l’an prochain, comme en 2026, après 1,1 milliard en 2025 et 1,3 milliard d’euros initialement. En outre, la contribution des organismes HLM au Fonds national des aides à la pierre (Fnap) serait, elle, fixée à 275 millions d'euros, là aussi comme en 2026 (contre 375 millions d'euros habituellement). 

Si l’Union sociale pour l’habitat (USH) a dit, hier, prendre « acte de la stabilisation des prélèvements sur les organismes HLM » et a accueilli « favorablement » le prolongement jusqu'en 2030 du prêt à taux zéro (PTZ) et la création d'un « PTZ parentalité », elle a, en revanche, vertement dénoncé « le gel des APL » et « le désengagement de l’État en Outre-mer ».

Le monde HLM dit qu’il « n’acceptera pas que l’État se défausse », tout en craignant son « retrait complet du financement du logement social ultramarin ». Dans les territoires d’Outre-mer, « plus de 100 000 ménages y attendent un logement social, et seuls 105,9 millions d’euros d’autorisations d’engagement de Ligne budgétaire unique (LBU) (le principal outil financier de l’État consacré à la politique du logement en Outre-mer, ndlr) ont été notifiés en 2026 sur 236,25 millions votés », déplore l’USH, qui réclame toujours « le dégel immédiat d’au moins 60 millions d’euros de crédits pour 2026 ». « Pour 2027, les autorisations d’engagement du programme qui porte la LBU baissent de 27 %», tandis que,  « dans le même temps, le projet de loi ouvre le Fnap aux départements d’Outre-mer, en l’alimentant par une fraction des astreintes Dalo », a-t-elle fustigé. 

Outre-mer : budget en hausse

Les Outre-mer, justement, devraient connaître une hausse de « près de 10 % » des moyens de leur ministère. Le gouvernement prévoit, en effet, de l’augmenter d'environ 320 millions d'euros, selon le projet de loi de finances. Au total, ils bénéficieraient donc de 3,68 milliards d'euros de crédits budgétaires en 2027. 

Pour soutenir le gouvernement de Nouvelle-Calédonie et relancer l'économie de l'archipel, une enveloppe de 284 millions d'euros d'autorisations d'engagement est prévue, à laquelle s’ajoutent une « subvention exceptionnelle » de 200 millions d’euros d’avances remboursables.

À Mayotte, confrontée aux conséquences du cyclone Chido fin 2024, le « soutien spécifique » de 100 millions d'euros au conseil départemental est reconduit. En outre, 307 millions d'euros d'autorisations d'engagement seraient « intégralement consacrés au territoire mahorais », via le programme des interventions territoriales de l'État (PITE), désormais rattaché à la mission outre-mer. 

Le fonds de secours outre-mer (FSOM) sera « maintenu à un haut niveau », affirme le gouvernement. De façon globale, 730 millions d'euros de crédits de paiement seront dédiés au « soutien à l’amélioration des conditions de vie dans les territoires ultramarins ».

France services : ouverture du 3 000e espace

Concernant le budget consacré à la cohésion des territoires, le gouvernement assure que le PLF pour 2027 « conforte l’action en faveur de l’équilibre territorial notamment avec les programmes territoriaux de cohésion (Action cœur de ville, Petites villes de demain, Villages d’avenir) ». 

Il annonce l’ouverture du « 3 000e espace France services en 2027 » et indique que « l’organisation du soutien à l’ingénierie territoriale sera repensée à travers la création de 50 postes de chefs de projets “Petites villes de demain” placés sous l’autorité du préfet ».

Enfin, « l’État accompagnera la montée en charge » du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) en portant la contribution à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) à 128,5 millions d’euros, « soit + 18,9 millions d’euros par rapport à 2026 », explique l’exécutif. L’USH s’est dite « vigilante » sur la question, en pointant le fait que les crédits de la politique de la ville baisseraient de 2,8 % dans le projet de loi.

Consulter le PLF pour 2027.

Finances locales

Ponctions sur les budgets locaux : les réactions des associations d'élus, vent debout, se multiplient

Au surlendemain de la présentation du projet de budget par le gouvernement, les associations d'élus ou celles qui agissent dans le champ des collectivités, comme l'Unccas ou le Gart, continuent de réagir. L'AMF dénonce, pour sa part, « un reniement sans vergogne de la parole de l'État ».

Les associations ne décolèrent pas. Après l’AMRF ou Départements de France, hier (lire Maire info du 1er octobre), d’autres associations se sont jointes au concert de protestation contre les projets du gouvernement en matière de prélèvements sur les budgets locaux. 

L’AMF dénonce la « pure hypocrisie » du gouvernement »

L’AMF publie aujourd’hui à son tour sa réaction, dénonçant « une ponction sans précédent » sur les budgets des collectivités, qui n’aura aucun effet sur le redressement des comptes publics… au contraire. L’association, en effet, qui reconnaît volontiers que le rétablissement des comptes publics est « un enjeu vital » pour le pays, estime que les mesures annoncées mercredi 30 septembre ne vont faire que « transférer une partie du déficit de l’État » sur les collectivités, et probablement avoir « un effet récessif » qui ne fera qu’aggraver la situation économique.

L’effort demandé aux collectivités, rappelle l’AMF, va atteindre « au minimum 7 milliards d’euros », et le bloc local (communes et intercommunalités) y contribuera à hauteur de « 5 milliards » d’euros, « au moins ».

Maire info l’a largement décrit hier : cette ponction s’appuie à la fois sur la poursuite de la hausse des cotisations employeurs à la CNRACL, une diminution des remboursements de FCTVA et un nouveau prélèvement qui remplace le Dilico, baptisé CPEB pour « contribution progressive des collectivités locales à l’effort budgétaire ». « Pure hypocrisie », dénonce l’AMF sur ce dernier point, puisque le CPEB n’est rien d’autre « qu’un nouveau Dilico élargi, renforcé et désormais non-remboursable, pour un montant de 2,5 milliards d’euros dont le bloc communal portera plus de 78 % ».

Quant à la baisse du FCTVA (2,1 milliards d’euros), elle risque d’avoir des effets particulièrement délétères puisqu’elle risque de « contribuer puissamment au recul de l’investissement local », ce qui est « profondément contraire à l’intérêt national ». Une baisse massive de l’investissement local aurait en effet pour effet direct un ralentissement de l’activité économique et de l’emploi… et une baisse des recettes fiscales, ce qui ne fera qu’aggraver le déficit.

L’AMF dénonce également une promesse « une nouvelle fois trahie » et « un reniement sans vergogne de la parole de l’État », avec l’allongement des délais de remboursement du Dilico et « l’écrêtement des fractions de TVA destinées à compenser les impôts locaux supprimés ».

L’AMF rappelle une fois encore que le bloc communal s’est vu retirer un montant cumulé de « 82 milliards d’euros » depuis 2009 et que dans le même temps, les comptes de l’État « ont continué de se dégrader ». Elle demande donc au Parlement « de reprendre profondément ce texte qui affaiblit tous les niveaux de collectivités ».

Les CCAS très inquiets

Intervenants majeurs dans le champ de l’action sociale des communes, les CCAS se sont également exprimés hier par la voix de leur union nationale, l’Unccas, qui « alerte sur des mesures qui fragilisent les plus modestes et les collectivités ». 

L’Uncass s’indigne à la fois des mesures qui vont frapper « les ménages modestes » et des ponctions contre « les communes qui leur viennent en aide ». 

Mesure « inédite » annoncée par le gouvernement : le gel de plusieurs prestations sociales (allocations familiales, prime d’activité, APL), ce qui va selon l’Unccas « neutraliser leur effet protecteur pour les familles et les travailleurs modestes ». Sans compter la non-revalorisation partielle des pensions de retraite (pour les retraités percevant plus de 1 260 euros par mois). Toutes ces mesures, pour l’Unccas, auront pour conséquence de « diminuer le reste à vivre » pour de nombreux foyers, qui n’auront plus d’autre choix que « de se tourner vers les CCAS et les associations pour se nourrir, s’habiller ou se déplacer ». 

Mais en même temps, constate l’Uncass, le gouvernement fait le choix d’affaiblir les collectivités en ponctionnant leur budget. « Affaiblir les revenus et les droits des personnes les plus fragiles tout en affaiblissant les collectivités qui les accompagnent revient à fragiliser simultanément les deux piliers de notre protection sociale », conclut Luc Carvounas, maire d’Alfortville et président de l’Unccas.

« Attaques » contre le transport public

Une autre voix émanant des élus s’est fait entendre hier : celle du Gart (Groupement des autorités responsables de transport) – qui vient, par ailleurs de changer de direction. Après avoir été présidée pendant de longues années par Louis Nègre, maire de Cagnes-sur-Mer, l’association est désormais dirigée par un tandem formé par le sénateur du Nord Franck Dhersin (président) et la maire de Strasbourg, Catherine Trautmann (première vice-présidente).

Le Gart constate qu’« en pleine crise énergétique, le gouvernement s’attaque au transport public ». Le projet de loi présenté par le gouvernement prévoit en effet « plusieurs mesures qui affaibliraient directement le financement du transport public », à hauteur de quelque 250 millions d’euros. 
Le gouvernement prévoit en effet de supprimer une partie du reversement aux autorités organisatrices de la mobilité (AOM) « une partie des recettes issues des quotas carbone européens », ce qui représenterait un manque à gagner de 100 millions d’euros. Par ailleurs, l’État souhaite « mettre fin aux compensations versées à trois régions (Centre-Val de Loire, Hauts-de-France et Grand Est) pour la reprise des TET (trains d’équilibre du territoire) ». Perte sèche pour ces régions : 53 millions d’euros. 

Enfin, il est prévu de ponctionner 90 millions sur les recettes de taxe de séjour affectées à Île-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports franciliens. 

« Nos concitoyens peinent déjà à faire le plein, conclut le Gart. Faudra-t-il demain leur expliquer qu’ils devront aussi payer davantage ou disposer de moins de transport public ? Le Gart appelle le gouvernement à renoncer à ces mesures. »

◎ Focus Jeunesse

Service civique : un dispositif plébiscité par les Français, mais doté de 10 millions d'euros de moins en 2027

Alors que 93 % des Français jugent positif que les jeunes consacrent une période de leur vie à une mission en Service civique, selon le baromètre 2026 de l'Agence du service civique, le projet de loi de finances 2027 prévoit une dotation de 485 millions d'euros, soit 10 millions de moins qu'en 2026.

« Depuis sa création en 2010, le Service civique est un dispositif d’engagement volontaire ouvert aux jeunes de 16 à 25 ans (jusqu’à 30 ans pour les personnes en situation de handicap) », est-il d’abord rappelé dans le Baromètre 2026 de l’Agence du service civique. Il permet de réaliser une mission d’intérêt général « de 6 à 12 mois au sein d’une association, d’une collectivité ou d’un organisme public, tout en percevant une indemnité de 620 euros par mois et en acquérant des droits à la retraite ». 

Si 93 % des Français pensent que c'est une bonne chose que les jeunes consacrent une période de leur vie à une action au service de la société, ils estiment néanmoins à 88 % que cet engagement est encore « peu reconnu et peu encouragé ». 

Service civique et collectivités territoriales : une complémentarité évidente

Les attentes des Français concernant les services civiques sont étroitement liées aux missions menées par les collectivités et notamment par les communes. Ils attendent de cet engagement qu'il suscite des vocations dans les métiers du service public (91 %), crée de la cohésion entre jeunes de milieux différents (88 %), resserre les liens entre générations (87 %) et amplifie l'action des associations (85 %). 80 % pensent qu'il aide les services publics à mieux fonctionner.

Par ailleurs, selon les sondages, trois missions sont jugées particulièrement prioritaires pour ce type d’engagement : « l’action sociale, devant l’action environnementale et l’engagement dans les secours ou la sécurité civile ». Cette dernière mission fait écho aux incendies de cet été : prévention des risques, information du public, accompagnement des sinistrés : à travers les missions de Service civique liées à l'environnement et à la sécurité civile, les jeunes peuvent répondre à des besoins qui sont désormais très concrets dans les territoires. 

Concernant le format des missions proposées, les jeunes préfèrent se lancer dans des missions plus courtes (3 à 6 mois pour 44 %). Après une présentation du dispositif, 74 % des 16-25 ans qui n'en ont jamais fait se disent intéressés pour se lancer dans l’aventure. Un effort de pédagogie et de communication reste cependant à faire puisque seulement 60 % des Français disent connaître de manière précise le dispositif. 

Objectif de 135 000 missions en 2027 : quel budget ? 

Le baromètre explore aussi la possibilité de faire évoluer ce dispositif. D’abord, « 87 % des Français et 88 % des 16-25 ans estiment que le Service civique devrait être proposé à l’ensemble de la population ». Enfin, « une majorité des Français estime qu’il faudrait au minimum que le nombre de jeunes qui réalisent un Service civique augmente, même si les plus jeunes soutiennent moins le fait de le rendre obligatoire ».

Mais pour faire évoluer ce dispositif il faudrait de nouveaux moyens. Lors d’un point presse organisé hier par le ministère des Sports et de la Jeunesse consacré au projet de loi de finances 2027, il a été annoncé, au contraire, une baisse de 10 millions d’euros dans le programme 163 « Jeunesse et vie associative ». 

« Le service civique, qui suscite l’engagement citoyen, sera doté de 485 millions d’euros pour permettre jusqu’à 135 000 volontaires de réaliser une mission de service civique », peut-on lire dans la synthèse du projet de budget présenté par le gouvernement pour l’année 2027. 

Rappelons que le PLF 2026 prévoyait au départ 465 millions d’euros pour l'Agence du service civique, soit 110 000 missions. 30 millions d’euros ont été ajoutés dans le texte adopté tardivement permettant de maintenir un objectif de 135 000 missions. Ce retard d’adoption de la loi de finances 2026 avait d’ailleurs entraîné la suspension des signatures de nouveaux contrats en janvier 2026 (lire Maire info du 23 février 2026). Si l’adoption de la loi de finances devait à nouveau s’éterniser, comme l'an dernier, les signatures de contrats pourraient être une fois encore être suspendues. 

Concrètement, pour 2027, la dotation passe à 485 millions d’euros, soit 10 millions de moins que les 495 millions de 2026, alors que l'objectif de 135 000 missions est maintenu. On peut faire l’hypothèse qu’avec cette baisse de l’enveloppe la durée des missions pourraient être impactées puisque cette enveloppe finance des mois de volontariat et non des jeunes directement. Pour financer en 2027 « jusqu’à 135 000 volontaires », la durée moyenne des missions devrait raccourcir un peu. C’est pourquoi certains parlementaires, à l’instar de la sénatrice Elsa Schalck, demandent au gouvernement de « garantir une durée moyenne de huit mois pour les missions ». 

Politique de la ville

Quartiers politique de la ville : une étude de Ville & banlieue pour « tordre le cou aux poncifs »

Mercredi 30 septembre, l'association Ville & banlieue a présenté la première étude sur la santé financière des collectivités abritant un quartier prioritaire en politique de la ville (QPV). Il en ressort qu'elles doivent davantage recourir à l'emprunt que des communes de strate comparable… pour financer moins. Explications.

« Nous avions besoin d’objectiver l’état financier de nos collectivités, les différences avec les collectivités sans QPV et les évolutions sur ce dernier mandat, bref, de dépasser les a priori », explique Catherine Arenou, première vice-présidente de Ville & Banlieue et maire de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Et ainsi « tordre le cou à deux poncifs habituels et tenaces de la politique de la ville : nos villes seraient mal gérées et des milliards y seraient déversés », ajoute Camille Vielhescaze, président de la commission finances de Ville & Banlieue et premier adjoint au maire de Cachan (Val-de-Marne). 

Cette étude sur la santé financière des collectivités avec quartier prioritaire en politique de la ville (QPV), rendue publique mercredi 30 septembre, a été réalisée avec l’AFL, la banque des collectivités locales. Elle compare la trajectoire budgétaire des collectivités avec et sans QPV sur la période 2019 -2025. 

Trois questions et des réponses

Les élus de Ville & Banlieue cherchaient des réponses sur trois questions principales : quelle est la situation financière des collectivités avec des quartiers prioritaires ? Disposent-elles des mêmes marges de manœuvre que les communes sans QPV ? Et enfin, quelles sont leurs capacités, en termes d’investissement, de ressources et de dépenses ? 

Les réponses ne les ont pas surpris. Ainsi, les communes avec QPV perçoivent davantage de dotations de fonctionnement par habitant (381 euros contre 258 euros), mais ces dotations supplémentaires ne suffisent pas à compenser le niveau plus élevé de leurs dépenses de fonctionnement ni à rétablir des capacités financières comparables à celles des autres communes.

Ce qu’ils savaient moins, c’est l’ampleur du recours à l’emprunt. Ces villes ont en effet un recours à l’emprunt supérieur pour financer leurs dépenses d’équipement (1). Elles affichent un taux d’épargne brute plus faible (12,7 % contre 15,7 % dans les communes sans QPV) et un niveau d'endettement plus élevé (70,3 % contre 58,4 %).  

Leur ratio de solvabilité (capacité à s’acquitter du remboursement de leur dette) est « moins bon », même s’il reste « satisfaisant », analyse l’AFL. 

Quant à leur notation (3,61), si elle est un peu moins bonne que celle des communes de plus de 3 500 habitants sans QPV (3,00), elle suit la même tendance qu’au niveau national (la notation va de 1 à 7, 1 étant la meilleure note). 

Des enseignements et une proposition

Les élus de Ville & Banlieue en tirent au moins deux enseignements. Premièrement, « le sujet n’est donc pas la mauvaise gestion mais l’inégalité des capacités d’action à laquelle nos villes sont confrontées », constate Camille Vielhescaze. 

L’autre « vrai sujet » n’est pas de savoir « si on leur donne plus mais si on leur donne les moyens de faire face à ces besoins, et l’analyse montre que ce n’est pas le cas ». 

Le « trésorier » de Ville & Banlieue insiste enfin sur ce « paradoxe » qui fait que ces villes « doivent davantage recourir à l’emprunt, pour au final dépenser par habitant moins que dans les villes qui n’ont pas les mêmes problématiques ». Leur effort d’investissement est en moyenne de 396 euros par habitant pour les dépenses d'équipement, contre 464 euros pour les autres communes de plus de 3 500 habitants.

D’où cette question : « Pourquoi des dotations comme le Fonds vert ne font-elles pas l’objet d’un fléchage pour compenser ? ». Une question de circonstance à l’heure où s’ouvre le débat sur le projet de loi de finances 2027. 

À la veille de la présentation de ce PLF, les élus étaient d’autant plus inquiets quant à l’effort au redressement des finances publiques demandé aux collectivités. « On n’est pas seulement inquiets sur le montant de cet effort mais aussi sur sa répartition : s’il est uniforme entre collectivités, les écarts continueront de se creuser ! », explique à Maire info Camille Vielhescaze. 

L’association compte donc mettre sur la table, entre autres propositions, celle d’« une clause de sauvegarde pour les communes plus fragiles socialement ». 

Quant aux autres propositions (fonctionnement de la dotation de solidarité urbaine, fléchage du Fonds vert ou de la dotation politique de la ville, sanctuarisation de la ligne de crédits de la politique de la ville, etc.), elles nourriront aussi le plaidoyer qui sera adressé aux futurs candidats à la présidentielle par l’association. 

(1)    En 2025, l'emprunt représente 33,4 % des dépenses réelles d’investissement, contre 21 % pour les communes ne disposant pas de QPV.

Journal officiel

Journal officiel du vendredi 2 octobre 2026
Ministère de l'Intérieur
Arrêté du 29 septembre 2026 fixant le montant de l'indemnité horaire de base des sapeurs-pompiers volontaires
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