Pour faire progresser les politiques publiques d'égalité, le HCE appelle à freiner le mouvement masculiniste
Par Lucile Bonnin
Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dépeignait en 2024 dans son rapport une « société polarisée sur les enjeux d’égalité ». En quelques années, les inégalités de genre ont pris une place importante dans le débat public. L'égalité entre les femmes et les hommes a même été consacrée « Grande cause nationale » par Emmanuel Macron en novembre 2017. La lutte contre les violences faites aux femmes est aussi la grande cause de l’Association des maires de France (AMF) depuis 2020.
En 2025, il apparaît que « certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion et de mobilisations idéologiques collectives ».
Au sein de la société, une montée du « masculinisme »
Souvent évoqué comme étant une réponse au féminisme, le « masculinisme » gagne du terrain en France. Cette recrudescence des discours et mouvements masculinistes fait d’ailleurs actuellement l’objet de travaux au Sénat menés par la délégation aux droits des femmes. On peut définir le masculinisme comme étant une « idéologie prétendant que les hommes souffrent d’une crise identitaire parce que les femmes en général, et les féministes en particulier, domineraient la société et ses institutions ».
Aujourd’hui, 39 % des hommes (et 25 % des femmes) estiment que « le féminisme menace la place et le rôle des hommes dans la société », « une croyance centrale dans les discours masculinistes, qui présentent l’égalité comme une remise en cause de l’ordre traditionnel », précise le HCE.
Pour comprendre ce mouvement et son impact sur la politique on peut se tourner vers les États-Unis. « Les positions virilistes et les soutiens masculinistes de Donald Trump ont convaincu beaucoup d’électeurs masculins, notamment jeunes – et surtout les jeunes hommes », pointe le HCE. Pour les cas les plus extrêmes, c’est aussi un phénomène à prendre au sérieux d’un point de vue sécuritaire. En 2014, en Californie, a eu lieu le premier – et hélas pas le dernier – attentat masculiniste revendiqué. Le HCE indique dans son rapport qu’il est aujourd’hui urgent d’intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité et de former les forces de l’ordre à ce nouveau type de « radicalisation ».
En France, on observe une polarisation d’une partie de la jeunesse entre des femmes plus sensibles au féminisme et des jeunes hommes parfois plus sensibles à « des positions sexistes très dures ». Ce phénomène est amplifié par les réseaux sociaux qui sont « des espaces de cristallisation et d'amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et minorité de genre. Il identifie le cyber sexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes ».
Mais comment se manifeste le sexisme aujourd’hui ? Le HCE alerte sur la persistance – si ce n’est la montée – de deux formes principales de sexismes : le paternaliste et le sexisme hostile.
« Le sexisme paternaliste est un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes ». Par exemple, en politique, on remarque en effet que la division des responsabilités est très genrée avec des femmes qui sont plus souvent associées à des sujets tels que la culture, la santé ou l’environnement.
D’un autre côté, « le sexisme hostile est un sexisme violent » et se « traduit par une hostilité envers les femmes » qui « peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes ». Le HCE alerte sur ce point : en France, 17 % des personnes de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent au sexisme hostile.
Un besoin de réponses politiques nationales et locales
Cette montée du masculinisme ne doit cependant pas faire de l’ombre aux faits : le sexisme est loin d’être une espèce en voie de disparition et les inégalités sont encore trop nombreuses.
L’exemple du champ politique est éloquent. Au niveau national, on compte désormais 36 % de femmes parmi les députés. Ce chiffre avait atteint 39 % en 2017. Jusqu'à la fin des années 1990, la part des femmes parmi les députés stagnait sous la barre des 6 %. Les débats suscités par l’application des listes paritaires obligatoires dans les communes de moins de 1 000 habitants pour les prochaines élections mucipares montrent, selon le HCE, « que des efforts restent nécessaires pour garantir une représentation réellement équilibrée ».
Par ailleurs, « une large majorité de la population (81 %) considère que la prévention et la lutte contre le sexisme devraient constituer une priorité pour les pouvoirs publics ». Or l’adhésion au sexisme hostile prôné par les masculinistes « apparaît comme un facteur clé dans le rejet des politiques publiques de lutte contre le sexisme ». Ainsi le HCE estime que – étant donné que ce sexisme compromet l’efficacité des politiques publiques de protection des femmes et de prévention des violences sexistes et sexuelles – il faut aller vers une « promotion d’une culture de l’égalité » « pour contrer ces dynamiques ».
L’heure n’est plus à la prise de conscience. Le HCE recommande d’élaborer une stratégie nationale de prévention et de lutte contre la radicalisation masculiniste. Pour ce faire, « il apparaît essentiel d’adopter une approche articulant impulsion nationale et valorisation des dynamiques locales ».
De nombreux acteurs de terrain (collectivités territoriales, associations, établissements scolaires ou centres sociaux) ont en effet développé des actions de sensibilisation, de prévention et d’accompagnement dont l’efficacité repose sur leur ancrage local. Dans cette perspective, il est recommandé que l’État « identifie, évalue et accompagne ces initiatives existantes, afin de capitaliser sur les bonnes pratiques et d’en favoriser l’essaimage à l’échelle nationale ».
L’école joue un rôle prépondérant pour entretenir une « culture de l’égalité » et il apparaît pertinent de s’assurer de la mise en place effective des 3 séances d’EVAR et EVARS (1) et des financements pérennes associés. Mais la prévention doit continuer à l’âge adulte. Dans ce cadre, « le Haut Conseil à l’Égalité enjoint les structures publiques, privées et associatives à se conformer pleinement à leurs obligations légales en matière de prévention et de traitement des violences sexistes et sexuelles ».
Consulter le rapport 2026 du HCE.
(1) L'éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR) à l'école maternelle et à l'école élémentaire, et l'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (EVARS) au collège et au lycée.
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