Notion issue de la physique puis de la psychologie – Boris Cyrulnik la définit comme un « traumatisme maximum que peut subir un individu avant de se reconstruire » –, la résilience s’applique aussi aux territoires en questionnant l’organisation des services publics et la gouvernance locale. Avec plusieurs significations : l’anticipation, la prévention, la protection, l’adaptation, le rebond, la recomposition… Les mots ne manquent pas tellement les cas de figure sont différents. Exemple : la gestion de crise, suite à une catastrophe naturelle ou industrielle. Le territoire doit pouvoir la gérer mais aussi l’anticiper et la prévenir. Avec une coproduction indispensable entre tous les acteurs, au premier rang desquels la population. « C’est comme un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale », décrit joliment Boris Cyrulnik. « On a reçu un coup et on se remet à vivre, indique le psychanalyste. Le cerveau connaît un fonctionnement très différent après avoir connu un traumatisme. Cette notion de la résilience se popularise et s’élargit à d’autres secteurs ».
Un simple effet de mode ? « Pas du tout », balaye Sébastien Maire, responsable de la résilience à la Ville de Paris qui est membre du réseau international des 100 villes résilientes. Selon lui, « la montée en puissance de la résilience s’explique par les nombreuses crises actuelles qui génèrent un avenir incertain ». Elle permet de vraies solutions mais à condition de respecter plusieurs principes clefs. « Se construire une armure par les politiques de prévention ne suffit plus car il n’est pas possible de tout prévoir et anticiper », estime Damienne Provitolo, chargée de recherche au CNRS. Et de préciser : « La résilience permet d’être plus flexible et de mieux s’adapter. Il n’existe pas de recette miracle mais un éventail d’actions à mener en parallèle ». Pour cela, il faut un portage politique fort des élus et une réelle transversalité entre les services de la collectivité. « Même s’il faut préserver l’expertise des services techniques, cette transversalité est indispensable. Les expériences réussies d’Agenda 21 constituent des premiers pas intéressants », précise Yona Jebrak, professeure au département d’études urbaines à l’université de Montréal.
Tout ce travail de résilience génère des coûts importants. « Mais il s’agit d’une bonne dépense avec un vrai retour sur investissement par la suite », défend Boris Cyrulnik. Comme quoi, psychologie et rationalité budgétaire peuvent faire bon ménage !

