En plein débat sur le niveau des aides sociales en France, le Premier ministre a voulu répondre aux « interrogations », en dénonçant « un ascenseur social grippé » et une situation jugée contradictoire : « 9 millions de personnes pauvres, alors que nous sommes le pays d’Europe qui a le plus haut niveau de dépenses sociales ». Refusant de discuter du fait qu’il y ait « trop ou pas assez d’aides sociales », Édouard Philippe a dit vouloir réformer pour « un modèle social plus efficace », selon trois axes : le travail, l’équité et la lutte contre la pauvreté. Dans ce troisième domaine, qui se concrétisera avec la publication d’un plan Pauvreté avant le 15 juillet, l’objectif du gouvernement est « d’opérer un tournant à 180 ° de la philosophie de nos politiques », en privilégiant « l’investissement social au moins autant que la distribution monétaire ». « Il faut investir dans les services, dans les femmes et les hommes, plutôt que de se satisfaire d’une logique de guichet », a déclaré le Premier ministre.
C’est visiblement l’une des intentions d’Agnès Buzyn, qui a annoncé hier que les 360 millions d’euros supplémentaires alloués aux Ehpad entre 2019 et 2020 devront être consacrés au « recrutement de personnels soignants ». 36 millions d’euros iront en outre à « la généralisation de la présence d’infirmiers de nuits » d’ici à 2020. Enfin, 40 millions d’euros seront consacrés, entre 2018 et 2022, à l’accès à la télémédecine en Ehpad, afin « de limiter les déplacements, en particulier dans les zones à faible présence médicale ».
La ministre – qui a rappelé que si 1,5 million de personnes avaient plus de 85 ans en 2017, elles seront presque 5 millions en 2050 – veut également encourager la possibilité pour les personnes âgées de rester à leur domicile. 100 millions d’euros vont être consacrés « à la refonte du mode de financement de l’aide à domicile ».
À plus long terme, Agnès Buzyn souhaite engager une réflexion globale sur le vieillissement de la société, l’accompagnement de la perte d’autonomie et son accompagnement financier – on se rappelle qu’en avril, le président Macron a dit vouloir réfléchir à la création d’un « cinquième risque » dépendance. Un débat « avec l’ensemble des acteurs et des citoyens » va être lancé afin d’aboutir à des propositions « début 2019 ». Deux questions cruciales seront notamment à l’ordre du jour de ce débat : « Quels sont les scénarios de répartition des contributions de chaque acteur pour assurer un financement pérenne et solidaire de la perte d’autonomie ? », et « Comment faire évoluer la gouvernance nationale et territoriale des politiques publiques du vieillissement et de la perte d’autonomie ? ». Ce débat, a annoncé la ministre, sera organisé « aux niveaux national et territorial ».

