Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du lundi 25 octobre 2021
Risques

Culture du risque : le plan d'action post-Lubrizol de Barbara Pompili

Lors d'un déplacement sur un site Seveso en Isère, la ministre de la Transition écologique a dévoilé son plan d'action « Tous résilients face aux risques ». Objectif : renforcer l'information du public face aux catastrophes naturelles et accidents industriels.

Par Caroline Saint-André

En 2019, un Français sur trois ignorait qu’il vit à proximité d’un site industriel classé Seveso, les trois quarts ne sachant pas comment agir en cas d’accident. Autre donnée inquiétante dans le contexte actuel d’urgence climatique : un Français sur quatre est exposé à un risque naturel – dont 17,1 millions aux inondations. Des chiffres affolants et de plus en plus tangibles, qui montrent à quel point la France a pris du retard dans la sensibilisation du grand public aux risques d’ampleur – cette « culture du risque »  éprouvée de longue date dans les pays sujets aux catastrophes récurrentes. Une sensibilisation cruciale pour éviter certains accidents (90 % des feux de forêt sont évitables), développer les bons réflexes, prendre conscience du dérèglement climatique, mais aussi, « favoriser la mise en place de mesures de protection collectives et individuelles », comme l’indique le dossier de presse du ministère de la Transition écologique.

Journée nationale de la résilience

À l’origine du plan d’action de Barbara Pompili, l’incendie des sites de Lubrizol et de Normandie Logistique à Rouen, en 2019. Un accident qui a joué un rôle de détonateur, tant il a été révélateur des faiblesses du système d’information des populations, et tant l’histoire se répète depuis l’explosion de l’usine AZF en 2001, à Toulouse. Côté exécutif, Barbara Pompili a ainsi lancé une mission présidée par Fred Courant, journaliste scientifique, dont les conclusions ont été rendues le 6 juillet, dans un rapport intitulé Mission sur la transparence, l’information et la participation de tous à la gestion des risques majeurs, technologiques ou naturels

En réponse aux conclusions de ce rapport, la feuille de route de Barbara Pompili s’articule en 6 axes : créer ou identifier une structure pérenne (une association) afin de promouvoir la « culture de la résilience », organiser une journée nationale de la résilience face aux risques naturels et technologiques (le 18 octobre) ; mettre en valeur les collectivités qui s’engagent pour la résilience de leur territoire via un label « Résilience France Collectivités »  ; développer et adapter la plateforme Géorisques « pour en faire le site de référence en matière de promotion de la culture de la résilience »  ; réformer les dispositifs réglementaires « pour privilégier une information individuelle et pédagogique sur les risques »  ; et enfin, mettre en place « une charte graphique unique et cohérente, connue et reconnue de tous, afin d’uniformiser les messages de prévention ».

Les élus locaux, (toujours) en première ligne

De nombreuses auditions réalisées par la mission « ont souligné la confiance des populations envers l’autorité municipale et rappelé le rôle central que jouent les élus locaux dans la prévention des risques majeurs compte tenu de leur connaissance précise des phénomènes auxquels la commune est exposée et des moyens de sauvegarde qui peuvent localement être mis en œuvre pour protéger les populations et les biens ». Des auditions qui ont ainsi révélé, selon la mission présidée par Fred Courant, « que les acteurs locaux sont les mieux à même de faire émerger cette perception individuelle du risque en illustrant concrètement les conséquences que les catastrophes naturelles et les accidents industriels peuvent générer sur le territoire. » 

À partir de ce constat, la ministre de la Transition écologique mise sur l’élargissement des plans communaux de sauvegarde (PCS), au-delà du soutien aux communes sans PCS mais tenues d’en avoir. Barbara Pompili a annoncé vouloir étendre cette obligation au delà des communes couvertes par un plan de prévention des risques naturels (PPRN) et un plan particulier d'intervention (PPI), pour la généraliser à toutes les communes soumises à un risque majeur, quel qu’il soit (inondations, risques sismique, cyclonique, etc.). Cette disposition, rappelons-le, a déjà été introduite par le gouvernement dans la proposition de loi de Fabien Matras (article 6) sur la sécurité civile (lire Maire info du 27 septembre). Ce texte a été définitivement adopté en commission mixte paritaire le 8 octobre mais n’est, à ce jour, pas encore promulgué. 

La ministre souhaite également revoir le fonctionnement des commissions de suivi de sites (CSS). 

Parallèlement à ces (futures) nouvelles obligations pour les communes, Barbara Pompili veut distinguer, via son label « Résilience France Collectivités », les « acteurs, qu’il s’agisse d’opérateurs de l’État, de collectivités territoriales ou d’associations », qui mènent des démarches de sensibilisation et d’éducation aux risques (supports interactifs, tutoriels, exercices d’évacuation, ou encore, utilisation du portail « Georisques » ).

Avant la mission lancée par le gouvernement, une commission d’enquête sénatoriale – constituée à la suite de l’accident de Rouen – a déjà produit un rapport en juin 2020, intitulé Risques industriels : prévenir et prévoir pour ne plus subir. C’est dans ce cadre plus contraignant que sera entendue mercredi la ministre de la Transition écologique. Gageons qu’au delà de la pédagogie, Barbara Pompili intégrera dans sa réforme la responsabilité de l’État face aux risques majeurs, et en particulier, la question sensible du contrôle des installations classées.

Consulter le plan d’actions de Barbara Pompili.

Consulter le rapport sénatorial « Prévenir et prévoir pour ne plus subir ».

Guide du Cerema « Culture du risque : les clefs pour mieux impliquer les populations ».

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