Pendant la nuit du 13 au 14 juillet, un adolescent de 14 ans a été gravement blessé par un tir de Flash-ball au niveau des testicules, à Argenteuil. Suite à cette affaire, qui est loin d’être la première, le Défenseur des droits s’est autosaisi et a rendu, vendredi dernier, une recommandation touchant aux trois armes dites « de force intermédiaire ». Ces armes, intermédiaires entre les armes de type matraque ou tonfa et armes à feu dites « létales », sont le taser X26 (pistolet à impulsion électrique), le Flash-ball, et le lanceur de balles de défense (LBD) 40/46.
Il convient de distinguer clairement ces deux dernières armes, même si elles sont souvent confondues aux yeux du grand public. Le Flash-ball est une arme de faible précision, destinée à lancer une « boule » de caoutchouc de 44 mm de diamètre, notamment pour arrêter dans l’urgence un agresseur. Le LBD est, quant à lui, muni d’un viseur, il est beaucoup plus précis et permet des tirs de plus loin. Il tire des munitions de 40 mm de diamètre.
Le LBD 40/46 n’est donc pas autorisé pour les polices municipales : les décrets 2000-276 et 2008-993 précisent que les policiers municipaux peuvent être autorisés à porter, entre autres, des « armes à feu tirant une ou deux balles ou projectiles non métalliques, classées dans cette catégorie par arrêté du ministre de la défense et dont le calibre est au moins égal à 44 mm ». Seul le Flash-ball entre dans cette catégorie de calibre. (Par ailleurs, les décrets autorisaient également les tasers pour les polices municipales, mais cette décision a été annulée par le Conseil d’État).
C’est précisément le Flash-ball dont le Défenseur des droits dénonce l’usage : son imprécision (« 30 à 40 cm à une distance normale d’utilisation de 7 à 12 m » ) rend son usage dangereux, un tir destiné à stopper un agresseur pouvant facilement frapper un œil, le cœur ou les parties génitales, occasionnant des « dommages irréversibles » – voire, au moins dans un cas, le décès.
L’essentiel des accidents survenus avec des Flash-balls ont eu lieu lors de manifestations. Suite à plusieurs incidents, le Défenseur des droits, tout comme d’ailleurs la CNDS (Commission nationale de déontologie et de sécurité), avait déjà émis une recommandation de « ne pas utiliser cette arme lors de manifestations sur la voie publique » – recommandation qui n’a « jamais reçu de réponse ». Il le répète donc aujourd’hui : « Le Flash-ball n’est pas une arme véritablement adaptée au maintien de l’ordre ». Il va même plus loin, ayant fait « évoluer sa position », et « recommande désormais de proscrire totalement cette arme dans le cadre du maintien de l’ordre », pour la remplacer éventuellement par une arme de même type mais plus précise.
« Le maintien du Flash-ball en dotation est une source potentielle de tensions et contestations de l’action des forces de sécurité », écrit Jacques Toubon. D’arme censée aider à maintenir l’ordre, elle devient donc elle-même « source de troubles à l’ordre public ». Le Défenseur des droits demande donc son « retrait rapide » de la dotation des policiers, gendarmes, policiers municipaux et agents de la pénitentiaire, et dès maintenant, à un « moratoire concernant l’utilisation de cette arme ».
En attendant, il recommande « à tout le moins » un dispositif d’information et de sensibilisation des agents, une meilleure formation, constatant que les formations à l’usage de ces armes peuvent être espacées parfois de 24 mois.
La demande du Défenseur des droits risque fort de recueillir une fin de non-recevoir, si l’on en croit la première réaction du porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet, qui a déclaré en fin de matinée à l’AFP : « Un moratoire sur les armes intermédiaires serait contre-productif et pourrait avoir des conséquences dangereuses: nous ne pouvons pas (...) nous permettre de désarmer nos forces de l'ordre. » Pierre-Henry Brandet a ajouté que les services du ministère répondraient officiellement à la requête du Défenseur des droits « dans le délai légal de deux mois ».
Télécharger l’avis du Défenseur des droits.

