La Justice interdit les cloches dans un village, au nom de la laïcité
C’est un couple installé depuis 2006 à Boissettes qui a lancé l’affaire en saisissant, à l’époque, le tribunal administratif de Melun, pour demander que la cloche fasse silence de 22 heures à 6 heures, afin de respecter le sommeil des riverains. Le tribunal avait alors accepté cette demande. Mais le maire de la commune, Jean-Pierre Legrand, avait fait appel et demandé à ce que soit maintenu l’usage des cloches. Une pétition avait d’ailleurs été signée dans ce sens par la moitié des habitants du village. Finalement, le tribunal administratif de Paris a rendu son verdict : il durcit la décision du tribunal de Melun, et interdit les cloches pas seulement la nuit mais en permanence – sauf en cas de tocsin pour annoncer un péril. La décision du tribunal est claire : depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1905, le maire a la compétence de réglementer l’usage des cloches. Il peut éventuellement les laisser sonner en arguant du respect d’une « coutume locale », mais uniquement à condition de prouver que cette coutume est antérieure à 1905. Or, à Boissettes par exemple, la tradition ne date que de 1967. La commune a donc été condamnée non seulement à faire arrêter les cloches, mais même à verser 1000 euros de dommages et intérêts aux plaignants.
Des décisions similaires avaient déjà été prises pour des grandes villes (Lyon, Bordeaux ou Nancy), mais jamais encore pour des villages. Le maire de Boissettes reconnaît qu’il a reçu de très nombreuses lettres de collègues maires ruraux confrontés au même problème… qui ont maintenant connaissance du point de vue de la Justice.

