Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mercredi 22 septembre 2021
Fonction publique

Des agents du service public s'interrogent sur le sens de leur mission

À l'Éducation nationale, à l'hôpital, au sein des collectivités, un certain malaise d'agents du service public, fonctionnaires comme contractuels, est pointé du doigt par une enquête réalisée par le collectif Nos services publics et mise en ligne cette semaine. Le manque de moyens et le sentiment de servir autre chose que l'intérêt général en sont deux des principales causes.

Par Ludovic Galtier

La perte de sens gagne-t-elle les agents du service public ? « Alors que la grande majorité déclare avoir rejoint le service public pour servir l’intérêt général (68 % des sondés) », la quasi-totalité (97 %) des 4 555 répondants, des catégories A pour 60 % d’entre eux, s’est déjà dit au moins une fois dans un cadre professionnel : “c’est absurde… ou si cela a un sens ce n’est pas celui pour lequel je me suis engagé”. 80 % des répondants déclarent même être confrontés "régulièrement” ou “très fréquemment” à ce sentiment d’absurdité dans l’exercice de leur travail, synthétisent les commanditaires de l’enquête. 

Ce « sentiment d’absurdité »  est présent dans tous les secteurs et pour tous les statuts de répondants, et plus encore chez les agents de catégorie A (parmi les répondants, 34 % rencontrent ce sentiment d’absurdité « très fréquemment »  chez les agents de catégorie A, 31 % chez les agents de catégorie B, 27 % chez les agents de catégorie C et 21 % chez les contractuels). Il s’exacerbe avec les années : les moins de 30 ans sont « seulement »  23 % à affirmer être touchés par ce sentiment très fréquemment, quand ils sont 33 % entre 40 et 49 ans et 35 % entre 50 et 59 ans. 

Certes, reconnaissent en toute transparence les membres du collectif, « les résultats et les chiffres mis en avant ne peuvent être extrapolés à l'ensemble du secteur public ». Notons que les répondants à cette enquête semblent appartenir majoritairement à la fonction publique de l'État, et que ces résutats ne sont pas forcément représentatifs du sentiment qui règne dans la « territoriale ». Mais « le nombre de réponses (4 555), le nombre de témoignages écrits recueillis (3 290) et leur niveau de concordance sont néanmoins significatifs d'un sentiment de mal-être partagé chez les agents des services publics dans tous les secteurs, par tous les statuts et par tous les âges ». 

« Un immense gâchis d’énergie, d’argent, d’avenir » 

3 290 témoignages, dont 2 590 en accès libre ici, accréditent, en effet, un certain désenchantement de certains agents, qui se sentent dans l’incapacité de mener à bien les missions de service public pour lesquelles ils ont pourtant été engagés. 

Comme le résume cette chargée de mission dans une agglomération : « Je conduis un projet de transformation de tout un pan de services culturels d’une collectivité, pour lequel elle est venue me débaucher. Je suis toute seule mais je parviens à mobiliser tous les acteurs internes et externes. Malgré de très fréquents revirements de l’élu porteur et de la DG, malgré une absence totale de soutien, le projet avance ».

« Au moment de lancer le déploiement du nouveau modèle, poursuit-elle, l’élu refuse le projet en bloc, pour des raisons de luttes de pouvoir au sein de la gouvernance. Deux ans de travail, des consultants de grande envergure et 50 personnes mobilisées en intelligence collective (...) et tout tombe à l’eau du jour au lendemain sur décision d’un seul homme politique (…) Un immense gâchis d’énergie, d’argent, d’avenir... et tant d’espoirs collectifs déçus. » 

Manque de moyens et de reconnaissance, défaut de vision

Ce témoignage est intéressant puisqu’il concentre à lui seul les « cinq principales catégories de motifs liés à la perte de sens : le manque de moyens, un défaut de vision, le sentiment de servir autre chose que l’intérêt général, le poids de la structure et le manque de reconnaissance ».

Plus de 60 % des répondants déplorent, en effet, un manque de moyens (64 %, soit 2 895 réponses) ou un désaccord avec les orientations stratégiques (61 %, soit 2 800 réponses). La proximité des agents territoriaux avec le pouvoir politique peut être difficile à appréhender. Les difficultés liées aux conditions de travail ou à leur environnement professionnel (rémunération, carrière, etc.), elles, « sont également citées, mais en deuxième lieu ».

Notons enfin, point plus réjouissant, que malgré le désenchantement de certains agents, « le service de l’intérêt général et l’intérêt pour la mission restent les premiers motifs évoqués par les agents publics interrogés pour rester au sein du service public ». Contrairement à ce que pourraient laisser penser certaines idées reçues, 52 % des personnes interrogées (2 385 répondants) déclarent rester pour le service de l’intérêt général et 50 % (2 270 répondants) annoncent rester pour l’intérêt pour la mission qui leur est confiée. 70 % des agents déclarent rester pour l’un ou pour l’autre (3189 réponses).

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