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Édition du mercredi 9 septembre 2026
Ecole

L'étude Pisa 2025 confirme un décrochage durable du niveau des élèves

Les résultats de l'étude Pisa pour 2025, pilotée par l'OCDE, ont été publiés hier. Basée sur l'analyse du niveau de 760 000 adolescents de 15 ans dans 91 pays du monde, elle fait apparaître une baisse préoccupante du niveau tant en mathématiques qu'à l'écrit. Et la France ne déroge pas à la règle. Explications. 

Par Franck Lemarc

Jusqu’en 2018, le niveau moyen des élèves est resté relativement stable d’une année sur l’autre. C’est l’étude Pisa de 2022 qui a révélé un décrochage brutal du niveau, constaté de façon générale à l’échelle de tous les pays testés. Ce décrochage se confirme – et s’aggrave – en 2025. 

France : des chiffres dans la moyenne de l’OCDE

L’étude Pisa permet de mesurer le niveau des élèves âgés de 15 ans dans la presque centaine de pays adhérents de l’OCDE. Il ne s’agit pas de vérifier que les élèves ont acquis un programme scolaire – qui diffère forcément d’un pays à l’autre – mais de tester leur capacité à résoudre des problèmes, dans trois domaines (mathématiques, culture scientifique et écrit). 

En France, ce sont 6 500 élèves qui ont été testés. Et les chiffres sont sans appel : le décrochage constaté en 2022 s’aggrave en 2025. Ce décrochage n’est nullement spécifique à la France, puisque les scores obtenus par les adolescents français sont très proches de la moyenne de l’ensemble de l’OCDE : c’est bien à l’échelle du monde qu’une baisse notable du niveau moyen des élèves est constatée depuis le début de la décennie. 

Diminution du nombre d’élèves « très performants » 

Dans une synthèse de Pisa concernant spécifiquement les résultats en France, on peut lire que « les résultats de 2025 comptent parmi les plus faibles jamais obtenus dans l’ensemble des trois domaines d’évaluation ». Le nombre d’élèves jugés « peu performants »  augmente de façon préoccupante par rapport à l’étude 2015 : + 12 % en mathématiques, + 11 % en compréhension de l’écrit. La dégradation est un peu moins marquée en culture scientifique (+ 4 %). 

Parallèlement, ce qui est logique, la proportion d’élèves « très performants »  diminue fortement, notamment en culture scientifique où elle est, en France, de 4 % (elle était de 15 % en 2003). La comparaison avec les pays les plus performants de l’OCDE est brutale : 5 % des élèves français seulement sont jugés « très performants »  en mathématiques contre… 54 % en Chine et 37 % à Singapour. 

À l’écrit, 67 % des élèves français atteignent le niveau 2 de compétence (capacité à identifier l’idée principale d’un texte de longueur modérée), ce qui est dans la moyenne de l’OCDE, et 5 % seulement sont jugés très performants (niveau 5), ce qui signifie qu’ils sont capables « de comprendre des textes longs, de manipuler des concepts abstraits ou contre-intuitifs, et d’établir des distinctions entre les faits et les opinions en s’appuyant sur des indices implicites liés au contenu ou à la source de l’information ». 

Disparités sociales

Mais derrière ces chiffres moyens se cachent d’importantes disparités, en particulier du fait de différences de milieu socio-économique. Entre les 25 % d’élèves français les plus favorisés socialement et les 25 % les moins favorisés, la différence de niveau, en sciences, est de 100 points, ce qui est très supérieur à la moyenne de l’OCDE (85 points). Autrement dit, les différences de milieu social pèsent plus sur les résultats en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE. De ce point de vue, un chiffre paraît particulièrement préoccupant : en culture scientifique comme en mathématiques, le score obtenu par les jeunes Français en seconde générale est comparable à ceux obtenus en Allemagne, en Belgique ou en Italie. En revanche, les scores obtenus par les élèves de seconde professionnelle – donc les élèves les moins favorisés – sont comparables à ceux du Costa-Rica et de la Colombie. 

On pourrait se consoler en constatant que l’écart de performances entre les élèves les plus et les moins favorisés socialement s’est un peu réduit en France depuis 2015. Mais on aurait tort : cette réduction n’est pas due à une élévation du niveau des élèves les plus pauvres, mais à une diminution de celui des plus riches. 

Le rôle du numérique

Il reste à comprendre les raisons de ce décrochage, dont beaucoup d’experts estiment qu’il a démarré au moment de l’épidémie de covid-19 en 2020. Le gouvernement français, dès les résultats publiés hier, s’est empressé de désigner les coupables : le smartphone, le numérique, les réseaux sociaux, que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a qualifié « d’armes de destruction intellectuelle massive ». 

Il semble indéniable, au vu des résultats de l’étude, que l’usage des smartphones et la « distraction numérique »  jouent un rôle dans la diminution de certaines capacités d’apprentissage des enfants et sur leurs capacités de concentration. Il en va de même pour l’usage parfois immodéré des réseaux sociaux et du « scrolling »  de vidéos qui ont de plus en plus tendance à remplacer la lecture. Mais ce phénomène n’explique pas tout : la diffusion du numérique et des réseaux sociaux est un phénomène mondial, et les pays qui obtiennent les meilleurs résultats au test Pisa, comme Singapour ou le Japon, ont un taux d’équipement des jeunes en smartphones supérieur à celui de la France. 

Ce sujet reste toutefois l’un des enjeux majeurs de la période à venir, et le deviendra plus encore avec l’explosion de l’IA, qui n’était que balbutiante au moment où les tests du Pisa 2025 ont été effectués. Le numérique et l’IA promettent le meilleur comme le pire : ils pourraient être de formidables outils d’aide à l’apprentissage, ouvrant des perspectives de connaissance et d’ouverture d’esprit infinies ; mais ils peuvent aussi, faute de régulation, s’avérer de redoutables machines à décérébrer. 

Il ne faut pas non plus négliger la question des conditions d’enseignement – c’est-à-dire des moyens humains et matériels –, qui a forcément un impact sur la qualité de l’enseignement et donc, à terme, sur le niveau des élèves. L’étude relève qu’en France, 20 % des élèves sont scolarisés « dans des établissements où (…) l’enseignement était affecté, au moins dans une certaine mesure, par un manque de matériel pédagogique (par exemple, manuels scolaires, équipement informatique, matériel de bibliothèque ou de laboratoire) ». Ce chiffre monte à 25 % pour le manque d’infrastructures (« bâtiment, terrain, chauffage, climatisation… » ). Des chiffres en hausse, depuis trois ans, respectivement de 5 et 6 %. 

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