Sécheresse : plus de 1 400 petits cours d'eau totalement à sec... ou presque
Par A.W.
La situation reste « critique ». Dans son dernier état des lieux des conséquences de la sécheresse qui frappe le pays, l'Office français de la biodiversité (OFB) assure que les petits cours d’eau français sont dans un état de dégradation « exceptionnel », après avoir subi l’été 2026 « le plus chaud depuis 1900 », selon le bilan estival de Météo France.
D’après le relevé de situation de l’OFB de début septembre, ce sont plus de 1 400 d’entre eux qui sont affectés par des ruptures d’écoulement ou ce qu’il nomme des « assecs », c’est-à-dire là où aucun écoulement n’est observé en surface, soit le niveau le plus critique parmi ceux du dispositif de suivi.
« Situation la plus critique jamais observée »
Fin juillet déjà, l’Office reconnaissait que le pays avait affaire à la « situation la plus critique jamais observée à cette période, qui dépass[ait] même la sécheresse de 2022 ». « Avec 30 cours d’eau supplémentaires asséchés ou sans écoulement par rapport à 2022 et 290 de plus qu’à la même période en 2025, le niveau de dégradation reste exceptionnel », explique cet organisme public en charge de la surveillance et de la préservation de la biodiversité, ainsi qu'à la gestion durable de l'eau.
Et si la dégradation observée entre fin juillet et fin août a, toutefois, été « moins rapide » qu’entre fin juin et fin juillet, celle-ci « continue ». « Ce sont désormais 1 424 cours d'eau de tête de bassin versants qui sont touchés », indique l'OFB, en rappelant que la répartition géographique a « globalement peu évolué depuis fin juillet ». Une situation due au manque de pluie et aux fortes chaleurs depuis le printemps, qui ont largement asséché les sols. D’autant que les orages survenus au cours de l’été n’ont eu qu’un « effet limité sur les écoulements » et n’ont « pas permis d’inverser la tendance ».
« Les situations les plus critiques restent concentrées le long de l’axe allant de la Vendée à la région Grand Est, tandis qu’une intensification est observée en Bretagne, dans les Pays de la Loire et dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine », détaille l’Office, observant que les départements les plus touchés sont notamment la Creuse, la Vendée, la Loire-Atlantique, l’Aveyron, la Côte-d’Or et la Nièvre. « Seuls quatre cours d’eau observés en Vendée et en Loire-Atlantique coulent encore (et faiblement) à la fin du mois d’août, contre six dans la Creuse, sept en Côte-d’Or et dans la Nièvre, et neuf dans l’Aveyron », souligne l’OFB.
Plus du tiers des ruisseaux totalement à sec
Résultat, ce sont aujourd’hui « 44 % des cours d’eau observés » qui sont désormais en situation de rupture d’écoulement ou d’assec, comme on peut l’observer sur la carte interactive établie par l’Observatoire national des étiages (Onde) qui détaille la situation d’écoulement de chacun des 3 229 ruisseaux qui font l’objet d’un suivi.
Parmi eux, 1 177 sont dans la situation la plus grave puisqu’ils sont à sec (affectés par un « assec » ), l'eau y étant totalement évaporée ou infiltrée sur plus de 50 % de la station. Cela concerne plus du tiers (36 %) du réseau observé. A l’échelle de certains départements, le pourcentage est parfois bien plus élevé.
Dans une situation guère plus enviable, 247 autres petits cours d’eau sont affectés par un « écoulement non visible ». Représentant environ 8 % du réseau, ceux-ci présentent « toujours de l'eau mais le débit est nul ». « Généralement, soit l’eau est présente sur toute la station mais il n'y a pas de courant, soit il ne reste que quelques flaques sur plus de la moitié du linéaire », précise l’Observatoire.
Enfin, dans un peu plus de la moitié du réseau, l’écoulement reste visible. Dans ces 1 805 cours d’eau, l'écoulement y est ainsi toujours « continu, permanent et visible à l'œil nu ».
« Au-delà de son intensité, la durée de la sécheresse hydrologique pèse sur les écosystèmes aquatiques qui en dépendent, soumis à ces conditions depuis plusieurs semaines », rappelle au passage l’Office français de la biodiversité.
Restrictions d’eau
Dans son dernier état des lieux sur les nappes phréatiques, à la mi-août, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) constatait également des niveaux en baisse dans 92 % des cas. La situation globale se dégradait ainsi « avec 64 % des points d’observation en-dessous des normales mensuelles ». Si « la quasi-totalité des nappes » était concernée du fait d'un « déficit pluviométrique », le BRGM estimait qu’il serait nécessaire de porter « une attention particulière pour les semaines à venir » aux nappes présentant des niveaux très bas - « en particulier les nappes de socle du Limousin, des calcaires du Jura et des Côtes des Bars ».
Dans ces conditions, les restrictions d’eau continuent. Dans les grandes lignes, la quasi-totalité de l’Hexagone est ainsi placée a minima en « alerte » sécheresse, le centre du pays, le nord-est, une partie du sud-ouest et la Bretagne (ainsi que les zones limitrophes) ayant été placés en situation de « crise », le niveau le plus critique.
Le site dédié du gouvernement détaille ainsi la situation sur l’ensemble du pays, que ce soit pour l’eau potable du robinet, celle superficielle des cours d’eau ou encore celle souterraine des nappes (comme les puits ou les forages), mais aussi selon le profil du consommateur : un particulier, un professionnel, un agriculteur ou bien une collectivité.
Si la sécheresse a des conséquences sur la qualité de l'eau, elle a aussi des répercussions sur les activités humaines. Le gouvernement a ainsi dû débloquer un milliard d'euros d’aides pour les agriculteurs et estime que les canicules et sécheresses de cet été coûteront 0,1 point de croissance à la France en 2026.
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