Après des précipitations historiques, les nappes phréatiques se sont rechargées de manière « exceptionnelle »
Par A.W.

Malgré les importants dégâts et les inondations subis, les précipitations exceptionnelles qui sont tombées sur la France depuis le début de l’année auront eu au moins un bénéfice : celui de recharger de façon spectaculaire et « exceptionnelle » les nappes phréatiques de l’Hexagone.
Dans son habituel bilan de situation publié hier, le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) confirme ainsi que la situation globale des nappes s’est sensiblement améliorée et que leurs niveaux sont en hausse dans la quasi-totalité (84 %) du pays.
Seul le nord-est légèrement déficitaire
« Sur l’ensemble du territoire, les pluies de février ont permis une recharge importante des nappes » , explique le service géologique qui note que le niveau de celles situées sur « les trois quarts sud-ouest de l’hexagone est excédentaire, de modérément haut à très haut ». Les pluies du mois de février ont ainsi permis « une recharge très exceptionnelle » et « bien plus active en 2026 qu’en 2025 ».
Au 1er mars, le BRGM observe ainsi que « seules quelques nappes du quart nord-est du territoire ont encore des niveaux modérément bas mais la situation s’améliore et les tendances d’évolution sont à la hausse » .
Avec 67 % des points d’observation qui sont au-dessus des normales mensuelles, la situation est « comparable, voire meilleure que celle de février 2025 » où 61 % des points d’observation étaient au-dessus des normales mensuelles. Résultat, seuls 18 % des points d’observation sont sous les normales mensuelles.
Dans ce contexte, le BRGM note que « la recharge 2025-2026 des nappes du nord-est (Avesnois, Champagne et Lorraine) est déficitaire » . Ainsi, « le nord de la nappe de la craie de Champagne peut atteindre des niveaux bas » et celle « des grès de l’est de Lorraine est moins réactive aux pluies et reste à des niveaux modérément bas ».
Même les régions les plus touchées par la sécheresse ces dernières années, comme les Pyrénées-Orientales ou le Roussillon, ont pu retrouver des niveaux normaux.
Une sécheresse estivale pas encore écartée
Le BRGM prévient, cependant, qu’il ne peut totalement écarter la possibilité d'une sécheresse estivale. Les tendances et l’évolution des situations des nappes sur les prochaines semaines dépendront du niveau des pluies du printemps.
« Si les prévisions de Météo-France se confirment, les pluies printanières sur le nord du territoire pourraient permettre d’engendrer de nouveaux épisodes de recharge. Cependant, le réveil précoce de la végétation, en lien avec les températures élevées, devrait limiter l’infiltration des pluies en profondeur. La période de recharge pourrait alors se terminer précocement pour l’ensemble des nappes », prévient le service géologique.
Reste que « le bilan provisoire de la recharge hivernale 2024-2025 permet d'espérer des niveaux satisfaisants sur une grande partie des nappes réactives pour le trimestre prochain » , en ce qui concerne les nappes qui réagissent fortement aux précipitations. Pour les autres, appelées nappes inertielles et qui réagissent lentement, l'infiltration des pluies de février se poursuit dans certaines régions et « les prévisions pour l’été 2026 sont incertaines ».
La France a connu son mois de février le plus pluvieux depuis 1959, selon le dernier bilan de Météo-France, avec une série de perturbations et de tempêtes. Alors que l’hiver 2025-2026 a été « anormalement » doux, les records de pluies tombées sur le pays entre le 7 janvier et le 19 février ont été exceptionnels, et même « historique » pour le seul mois de février. Sur l'ensemble du mois dernier, l'excédent de pluie a été de 100 %, tandis que les températures ont été supérieures de 3,5°C aux normales de la période 1991-2020, classant février au deuxième rang des hivers les plus chauds depuis 1900, selon Météo-France.
CatNat : près de 270 demandes en cours d’instruction
Tout cela a donc entraîné les tempêtes et crues exceptionnelles qui ont frappé le pays. France Assureurs et la Caisse centrale de réassurance (CCR) ont estimé, au début du mois, que les tempêtes Nils et Pedro, des 12 et 19 février, ont causé des dommages d’un coût total de « 1,2 milliard d'euros ».
Un premier arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle a d’ailleurs été rapidement publié fin février concernant les inondations. Ce sont ainsi 294 communes qui ont déjà été reconnues dans sept départements : 8 en Aveyron, 14 en Charente, 25 en Charente-Maritime, 91 en Gironde, 63 dans le Lot-et-Garonne, 77 dans le Maine-et-Loire et 16 dans le Tarn-et-Garonne. Une reconnaissance qui n’a, toutefois, pas été retenue pour ceux qui ont été touchés par la tempête Nils au même moment puisque les vents tempétueux, en métropole, ne sont pas considérés comme des catastrophes naturelles et ne donnent jamais lieu à une telle reconnaissance.
Dans la foulée, 200 autres communes ont eu droit à cette reconnaissance, mais pour des événements survenus précédemment. Notamment des inondations et des coulées de boue subies par plus d’une cinquantaine de communes de l'Aude en janvier dernier. Les départements du Nord, de la Somme et du Finistère ont également une série de communes concernées. (lire Maire info du 27 février)
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a par ailleurs annoncé, il y a 15 jours, que « près de 270 » nouvelles communes, réparties sur 16 départements, avaient demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle après le récent épisode de crues dans l'ouest du pays. Leurs dossiers devaient encore être étudiés les 3 et 10 mars en commission interministérielle.
Dans ce contexte, l'ONG environnementale Reclaim Finance a appelé, hier, les pouvoirs publics à faire contribuer davantage financièrement les grands assureurs, qui ont réalisé « des profits records » en 2025, à la prise en charge des indemnisations de catastrophes climatiques.
Elle pointe notamment le fait que la Caisse centrale de réassurance « a vu ses réserves diminuer de moitié en dix ans, fragilisant fortement sa capacité à prendre en charge les dommages ». Or cet acteur public se substitue aux assureurs, au-delà d'un certain seuil d'indemnisation, pour dédommager les sinistrés lorsque l'état de catastrophe naturelle est déclaré par l'État. Pour y remédier, la surprime prélevée par les assureurs sur les contrats d'assurance habitation des Français pour le compte de la CCR est donc passée au 1er janvier 2025 de 12 à 20 % du tarif payé pour chaque contrat.
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