Canicule : le gouvernement déclenche le plan Orsec-Chaleurs extrêmes
Par Franck Lemarc

Il avait été espéré, un temps, que cette troisième canicule en deux mois serait moins violente que la précédente. Pourtant, voici depuis hier le retour de la vigilance rouge (« vigilance absolue » ). Ce matin, les cartes de Météo-France placent la quasi-totalité de l’Hexagone en vigilance orange – seul un département, la Corse-du-Sud, reste en vert. Neuf départements de l’ouest du pays, allant du Morbihan à la Sarthe jusqu’à la Vendée et la Vienne, sont en rouge. La situation s’empirera demain samedi, avec 25 départements placés en rouge : la vigilance extrême va s’étendre vers l’est et gagner la région parisienne, le Loiret, le Cher…
Météo-France n’envisage pas de baisse des températures avant le 14 juillet au moins. Pendant le week-end, les températures vont dépasser un peu partout les 37 à 38 °C, voire dépasser les 40 ¨C dans plusieurs régions.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé ce matin la mise en place « dès aujourd’hui » du plan Orsec-Chaleurs extrêmes. Mais à cette heure, on ne connaît pas encore les contours précis de ce plan. Seule information donnée par la ministre, ce matin sur TF1 : l’ouverture « dès aujourd’hui » de « centres de protection » dans lesquels les personnes les plus fragiles pourront être mises à l’abri. Il s’agirait donc de la mise en œuvre immédiate de la circulaire envoyée aux préfets par le Premier ministre la semaine dernière (lire Maire info du 8 juillet).
On reste, pour l’instant, dans l’attente d’autres précisions, et dubitatif sur le fait de déclencher un plan dont personne ne connaît les modalités exactes. Il peut par ailleurs paraître surprenant que cette mesure d’ouverture de centres de mise à l’abri, présentée dans la circulaire du Premier ministre comme devant être pleinement opérationnelle l’été prochain, soit ainsi déclenchée en catastrophe alors que les maires n’ont même pas eu le temps d’appliquer les nouvelles mesures de mise à jour du registre communal.
La protection des travailleurs
Dans ce contexte, une autre question se pose avec acuité : celle de la protection des travailleurs exposés à la chaleur – tous ceux qui travaillent en extérieur mais également ceux qui sont exposés à des locaux non climatisés voire non rafraîchis : dans certaines usines, les syndicats ont récemment dénoncé des températures dépassant les 45, voire 48 °C dans les ateliers. Il faut rappeler, aussi surprenant que cela puisse paraître, que dans le droit du travail français, aucune limite de tempétature n'existe au-delà de laquelle il est interdit de faire travailler des salariés.
Interpellé sur ce sujet avant-hier au Sénat, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué prendre « la question très au sérieux » et avoir demandé « un renforcement des contrôles » : « Presque 4 000 contrôles ont été réalisés, donnant lieu à 390 mises en demeure. J'ai également demandé aux préfets de prendre, si nécessaire, dans les départements en vigilance rouge, toutes les mesures pour arrêter les travaux dans les chantiers. » Le ministre a également réuni les représentants des plateformes de livraison à vélo. Ceux-ci ont, selon le ministre, pris l’engagement « d’arrêter les livraisons lors des périodes les plus chaudes ».
Hier, lors d’une conférence de presse, la secrétaire nationale de la CGT Sophie Binet a présenté « 10 mesures » pour permettre au monde du travail de faire face aux chaleurs extrêmes, dont une mesure radicale : l’interdiction du travail extérieur lors des alertes orange ou rouge, avec maintien intégral du salaire.
Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan s’est également emparé de cette question par la voix du Haut-commissaire Clément Beaune, qui a appelé hier, dans le journal Ouest-France, à des « négociations obligatoires » dans les branches professionnelles avant l’été prochain. Contrairement à la CGT, Clément Beaune ne prône pas « une réponse nationale unique », du fait de « la grande hétérogénéité des métiers et des modes d’organisation du travail ». Mais il estime que des négociations par branche pourraient permettre, cas par cas, de définir des règles, qu’il s’agisse des seuils impliquant la cessation d’activité ou de l’adaptation des horaires de travail.
Rappelons que depuis l'an dernier, l'État a déployé, via un décret, toute une série de mesures que doivent prendre les employeurs (publics et privés) pour protéger les salariés des fortes chaleurs, tant en extérieur qu'en intérieur. Maire info avait détaillé le contenu de ce décret dans son édition du 4 juin 2025.
Incendies : « libérer » les sapeurs-pompiers volontaires
Autre conséquence de la canicule : les feux de forêt, qui ravagent depuis une semaine plusieurs territoires. Ces territoires étaient dans la plupart des cas soumis à la situation que les pompiers appellent « les trois 30 » (température supérieure à 30 °C, humidité de l’air inférieure à 30 % et vent supérieur à 30 km/h).
L’incendie géant qui ravage une partie des Pyrénées-Orientales n’est, ce matin, toujours pas totalement fixé, mais suffisamment maîtrisé pour que le préfet autorise la réouverture de neuf communes évacuées depuis le week-end dernier. Dans les monts du Diois, dans la Drôme, le feu qui fait rage depuis presque une semaine a ravagé 3 500 hectares. Des incendies importants ont également touché la Haute-Vienne, la Savoie, l’Indre – où a éclaté l’un des feux « les plus importants de l’histoire du département », selon la préfecture –, le Cher, où une usine d’armement classée Seveso 2 a été, un moment, menacée.
Dans ce contexte, le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France a lancé une alerte, avant-hier, en exigeant que les employeurs, publics comme privés, « facilitent immédiatement la disponibilité des salariés et agents engagés comme sapeurs-pompiers volontaires », estimant que de trop nombreux employeurs rechignent à accorder des autorisations d’absence. Cet appel a été relayé, le même jour, par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui a appelé les employeurs à « libérer » les sapeurs-pompiers volontaires et envoyé un télégramme aux préfets pour leur demander d’agir dans ce sens auprès des employeurs.
Plusieurs préfets ont aussitôt obtempéré, comme celui de la Haute-Loire, Yvan Cordier, qui a envoyé hier un courrier à tous les employeurs, publics comme privés, qui comptent au moins un sapeur-pompier volontaire dans leur effectif. « Je connais les contraintes que peut représenter l'absence temporaire d'un salarié ou d’un agent. Toutefois, les circonstances actuelles appellent un effort exceptionnel de solidarité. Dans ce contexte, et en application de l'article L.723-12 du Code de la sécurité intérieure, je vous demande de faire primer, sauf nécessité impérieuse liée au fonctionnement de votre établissement, la disponibilité de vos salariés ou agents sapeurs-pompiers volontaires lorsqu’ils sont sollicités pour participer aux opérations de secours ou aux dispositifs préventifs mis en place par le Sdis », écrit le préfet.
Feux d’artifices annulés
Dans de nombreux départements, les préfectures ont par ailleurs pris des arrêtés pour interdire les feux d’artifice du 14-Juillet, au vu des risques d’incendies. C’est le cas, notamment, dans l’Isère, les Vosges, le Jura, le Tarn, la Drôme, l’Eure-et-Loir, la Savoie. Dans d’autres départements, des interdictions locales ont été prononcées sans interdire les feux d’artifice de façon générale (en Haute-Garonne ou dans les Landes par exemple). Dans bien des cas, ce sont les maires eux-mêmes qui, sans attendre la décision du préfet, ont préféré annuler les feux d’artifice, en application du principe de précaution.
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