Maire-info
Le quotidien d’informations des élus locaux

Édition du mardi 3 novembre 2026

Santé publique

Déserts médicaux : 3 000 docteurs juniors ont fait leur rentrée hier

Environ 3 000 docteurs juniors en médecine générale ont fait leur rentrée dans les cabinets, maisons et centres de santé. Si leur répartition suit d'abord les besoins des territoires et les capacités d'encadrement, la place du label France santé dans les affectations reste difficile à mesurer.
© Victoria Viennet

Les premiers docteurs juniors de médecine générale ont fait leur rentrée hier. Au niveau national, environ 3 000 médecins en fin de formation exerceront trois à quatre jours par semaine en cabinet, en maison de santé ou en centre de santé. 

En Normandie par exemple, 168 docteurs juniors partiront sur les terrains de stage identifiés pour réaliser leur année d’internat. 243 docteurs juniors exerceront dans les territoires de Nouvelle-Aquitaine et 137 en Bretagne… L’AFP rapporte qu’ils seront 102 en Centre-Val-de-Loire, une des régions les plus touchées par la désertification médicale. 

« Où que l’on vive en France, on doit pouvoir accéder à un médecin, a déclaré le président de la République sur ses réseaux sociaux. Dès aujourd’hui, grâce à la réforme des études de médecine générale que nous avons faite en 2022, près de 3 000 docteurs juniors renforcent l’accès aux soins dans nos territoires. Plus de médecins, moins d’attente. On avance. » 

Dans un contexte où 25,9 millions de patients vivent dans un désert médical, le déploiement de ces docteurs juniors a pour but de faciliter l'accès aux soins mais aussi d’encourager les installations de jeunes médecins dans les zones où les besoins sont forts. 

Ce que prévoit la réforme 

La réforme a été votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 à la fin de l’année 2022, malgré la mobilisation de certains syndicats de médecins qui refusait que le diplôme d'études spécialisées de médecine générale passe de 6 à 8 semestres. 

Il n’y avait jusqu’ici que trois années d’internat pour cette spécialité de médecine générale. Ce sera désormais quatre. Cette réforme concerne les internes qui ont commencé en 2023 qui voient leur formation évoluer à partir de ce mois-ci. Pour les défenseurs de cette réforme, « ce n’est pas un simple allongement des études » mais également « une phase de consolidation » qui donne accès au statut de docteur junior et à un stage ambulatoire en autonomie supervisée.

Le gouvernement la présentait en 2022 comme « une véritable année de pré-installation », avec une rémunération pensée pour être attractive. Selon Le Monde, la rémunération est « d’un peu plus de 2 700 euros mensuels, avec 400 euros supplémentaires de prime "d’autonomie supervisée", plus une prime allant jusqu’à 1 000 euros (en fonction du recul de la zone), et une autre pour les gardes, selon le ministère ».

Concrètement, le docteur junior est « un médecin en fin de formation ». Il exerce « trois à quatre jours par semaine en cabinet, en maison de santé ou en centre de santé ». Il fait des consultations et prend en charge des patients « en autonomie supervisée, aux côtés d’un médecin agréé maître de stage universitaire (MSU) ». 

Territoires sous-dotés et maîtres de stage volontaires 

La répartition de ces docteurs juniors semble dépendre essentiellement de deux critères prioritaires : les besoins de santé et le nombre de maîtres de stage ayant pu être formés.

Sur le site de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, on peut lire qu’une large part des postes ouverts est orientée vers des zones d'intervention prioritaire (ZIP), des zones d'actions complémentaires (ZAC) ou des quartiers prioritaires de politique de la ville (QPV) pour renforcer l'accès aux soins de proximité. Selon le ministère, environ 80 % des docteurs juniors ont été affectés dans des zones en grande difficulté d’accès aux soins.

Les ARS fixent aussi le nombre de postes en fonction des capacités d'encadrement des maîtres de stage disponibles.  Il faut noter qu’une affectation n’est possible que si un médecin volontaire est agréé. En Nouvelle-Aquitaine, 508 maîtres de stage universitaires s’étaient portés volontaires pour environ 300 docteurs juniors. Un même médecin ne peut encadrer que deux docteurs juniors au plus, selon l’ARS Hauts-de-France. 

Face aux craintes liées à un possible manque de maitres de stage, l’AMF avait attiré l’attention du gouvernement sur la nécessité d’organiser leur présence sur l’ensemble du territoire.  

Label France santé

Un point concernant la répartition de ces docteurs juniors reste flou. Il y a un an, lors de la présentation du réseau France santé par le gouvernement, il a été indiqué clairement que ces « docteurs juniors » seront prioritairement affectés dans les maisons France santé labellisées (lire Maire info du 31 mars). L’AMF, par la voix de son président David Lisnard, avait alors « demandé (…) la plus grande transparence sur le nombre et l'affectation des internes, le partage des cartographies et éléments de calendrier afin de préparer au mieux cette réforme avec les maires ». L’AMF n’était d’ailleurs pas favorable « à une affectation prioritaire des internes de quatrième année de médecine générale au bénéfice des structures ainsi labellisées » considérant le fait que les communes sont insuffisamment associées à cette démarche de labélisation.  

Il est difficile aujourd’hui de savoir à quel point ce critère de priorité voulu par le gouvernement a pesé dans la répartition des 3 000 docteurs juniors. Au 30 juin 2026, on ne comptait que 1 443 structures labellisées, soit 72 % de l’objectif de 2 000 fixé par le gouvernement. Leur répartition est en outre inégale : elles sont majoritairement situées en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et en Auvergne-Rhône-Alpes. 

Pour l’heure, aucune donnée ne permet de dire quelle part de ces docteurs juniors exerce dans une structure France santé. Les répartitions départementales sont renseignées sur les sites des ARS. En Nouvelle-Aquitaine par exemple, 67 % des stages des 243 docteurs juniors se font en maison de santé pluriprofessionnelle ou en centre de santé, mais ce chiffre ne dit rien du label. Faute de données croisées entre les lieux de stage et les structures labellisées, le poids réel de ce critère reste invérifiable, ce qui pose un véritable problème de transparence.

Au sein de sa commission santé, l’AMF recense néanmoins des témoignages confirmant que les docteurs juniors sont prioritairement affectés vers les structures labelisées.  Au-delà de cet aspect, l’AMF a plaidé pour que la répartition des docteurs juniors se fasse de manière équilibrée et ne soit pas uniquement conditionnée à la capacité des collectivités à dégager des moyens pour accueillir les étudiants.
 

Investissements

Face à une croissance en berne, la question cruciale de l'investissement local

Pour la première fois depuis la période covid-19, la croissance du PIB de la France a été négative au troisième trimestre 2026. Pour endiguer ce début de récession, les associations d'élus mettent l'accent sur l'investissement local, mis à mal par la politique du gouvernement.

Un taux de croissance négatif sur un trimestre n’est pas totalement exceptionnel ni forcément catastrophique : sur les vingt dernières années, il est arrivé une quinzaine de fois qu’un taux de croissance trimestriel tombe en dessous de zéro – et la plupart du temps sans dépasser les - 1 %. À l’exception, bien sûr, de l’année 2020, où le PIB avait diminué de 12,2 % au deuxième trimestre pour cause de pays confiné. 

Exception française

Néanmoins, l’annonce d’un PIB français en baisse de 0,1 % au troisième trimestre 2026 est une nouvelle plus préoccupante qu’à d’autres occasions, tout simplement parce que la France fait figure d’exception : de tous les pays de la zone euro, elle est le seul où la croissance est négative sur ce trimestre, et la différence n’est pas mince : le plus mauvais élève de la zone euro après la France est l’Autriche, avec une croissance en hausse de 0,6 %. En tête du classement, sept pays dont les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal affichent plus de 2 % de croissance, tandis que l’Irlande caracole à 3,6 %. 

Alors que la France a réussi à maintenir un taux de croissance trimestriel compris entre 1 % et 2 % depuis 2023, celui-ci s’effondre, lentement mais sûrement, depuis la fin de l’année 2025 et est donc, cette fois, passé en dessous de zéro.

Cette dégradation s’explique en partie par la hausse des prix de l’énergie due à la guerre au Moyen-Orient et aux conséquences de la canicule, mais ces facteurs touchent aussi les autres pays qui, pourtant, s’en sortent moins mal. L’explication de cette exception française semble donc, d’après les experts, tenir en grande partie à la situation politique que connaît le pays depuis la dissolution de 2024 : instabilité politique permanente, incapacité à adopter un budget dans des conditions normales, politique erratique d’un gouvernement balloté par les vents contraires, sans compter la perspective de bouleversements politiques majeurs au printemps prochain, sont autant de facteurs qui sapent la confiance des investisseurs et des entreprises. À cela s’ajoute la baisse du pouvoir d’achat, de plus en plus marquée, qui pèse sur la consommation, et un déficit public en augmentation constante que le gouvernement ne parvient pas à juguler.

Et la crise sociale durable que traverse le pays ne laisse pas espérer des chiffres beaucoup plus flamboyants au quatrième trimestre.

Conséquences en cascade

L’une des conséquences immédiates de cette situation est la hausse du chômage, qui a augmenté de 0,6 % en un an (trois fois plus que la moyenne de l’Union européenne). Si la France n’est, en matière de chômage, pas la plus mauvaise élève des pays de l’OCDE, elle figure toutefois dans le peloton de queue, avec un taux de chômage qui est remonté à 8,5 %. La nette amélioration sur le front du chômage qui a marqué les premières années des quinquennats d’Emmanuel Macron est aujourd’hui, en grande partie, effacée. 

Résultat : si les agences de notation maintiennent la « note » de la France a des niveaux élevés, il est probable que cela ne dure pas. Ainsi, vendredi 30 octobre, l’agence Fitch a fait passer la perspective pour la France de « stable » à « négative », ce qui veut dire qu’elle escompte une dégradation de la note à court terme, notamment du fait de l’incapacité de l’État à juguler sa dette. 

Cette situation est alarmante, car elle peut engager le pays dans une spirale infernale : si la « note » financière de la France devait se dégrader, cela aurait pour conséquence immédiate une hausse des taux d’intérêt – qui sont déjà historiquement hauts, autour de 5 %. Une hausse des taux d’intérêts provoquerait mécaniquement un renchérissement du coût de la dette, donc un creusement du déficit, qui amènerait une nouvelle hausse des taux d’intérêt, et ainsi de suite. C’est, rappelons-le, un tel phénomène qui a mené la Grèce à la faillite dans les années 2010. 

L’investissement local menacé

Dans ce sombre tableau, les associations d’élus ne cessent de répéter que la pire des choses à faire serait de casser la dynamique de l’investissement local – qui représente, rappelons-le, 65 à 70 % de l’investissement public total en France. Pour faire des économies à court terme, cela fait des années que les gouvernements successifs ponctionnent les finances locales, entre baisse des dotations et ponctions directes. Ce qui a pour effet de réduire la capacité d’investissement des collectivités territoriales, qui sont pourtant un moteur essentiel de l’économie, en particulier dans le bâtiment et les travaux publics. 

Les associations d’élus, AMF en tête, alertent donc depuis des années sur les conséquences délétères d’une politique qui apparaît, fondamentalement, « court termiste » : quelques centaines de millions d’euros économisés par l’État sur un budget peuvent avoir, à terme, des conséquences qui se chiffreront en milliards d’euros d’investissements déprogrammés et en dizaines de milliers d’emplois perdus.

Dernière association en date à tirer le signal d’alarme : l’APVF. L’association qui regroupe les petites villes a publié, hier, un communiqué où elle exprime son « inquiétude » devant un pays « au bord de la récession ».

L’APVF constate que « les carnets de commande des entreprises du bâtiment et des travaux publics sont en train de se vider », et estime que « l’urgence » du moment, au-delà du redressement budgétaire, est « de relancer la croissance en réorientant massivement l’investissement des entreprises et des administrations publiques vers les besoins essentiels du pays ». Elle propose d’orienter les efforts vers « trois priorités » : la rénovation énergétique des bâtiments, le logement et la modernisation des infrastructures de transport. « Ces chantiers répondent à des besoins essentiels des habitants et permettraient de soutenir rapidement l’activité des entreprises et l’emploi dans les territoires, tout en accélérant la transition écologique », estime l’association présidée par Christophe Bouillon. 

« Les carnets de commande des entreprises du bâtiment et des travaux publics sont en train de se vider. »

APVF

Les petites villes se disent « prêtes à prendre toute leur part dans cette mobilisation »… à condition que leurs capacités d’investissement ne se voient pas amputées année après année par les choix du gouvernement en matière de lois de finances. 

Ce constat peut être partagé par toutes les strates de communes et tous les niveaux de collectivités. Bien malin qui peut dire à quoi ressemblera la loi de finances pour 2027, dont la version gouvernementale est en train d’être taillée en pièce par les députés et les sénateurs (lire article ci-contre). Mais rappelons que dans la version initiale – qui sera peut-être celle qui sera finalement appliquée si le gouvernement décide de légiférer par ordonnance – les collectivités se voyaient rackettées de quelque 5,5 milliards d’euros. 

Violences urbaines

Commerces touchés par les violences : le gouvernement demande aux préfets de faciliter les ouvertures dominicales

Le gouvernement va donner instruction aux préfets d'organiser l'ouverture des commerces le dimanche sur leur territoire, notamment trois dimanches de plus d'ici à Noël, en réponse à une demande du secteur éprouvé par les violences urbaines.

« Je vais demander, là, dès cette semaine, que les préfets puissent utiliser un arrêté » permettant aux commerces d'« ouvrir trois dimanches supplémentaires », a déclaré Serge Papin, ministre du Commerce, sur RTL. Et « on peut aller bien au-delà s'il y a des discussions avec les organisations patronales, avec les organisations syndicales, c'est au cas par cas », département par département, a-t-il ajouté.

Dimanches du maire

En outre, « les maires ont la main sur 12 dimanches » et peuvent autoriser aussi, en compensation par rapport aux pertes entraînées par les violences survenues en marge des manifestations contre la vie chère, « les magasins à ouvrir le dimanche », a rappelé le ministre.

Jeudi, le gouvernement avait déjà annoncé qu'il encourageait maires et préfets à autoriser des ouvertures dominicales exceptionnelles, réclamées par les professionnels jusqu'à Noël.

Le réseau des chambres de commerce et d'industrie (CCI) a salué cette mesure dans un communiqué transmis lundi à l'AFP, demandant pour sa part l'autorisation d'ouvrir les dimanches de novembre et décembre dans un appel à la « mobilisation collective » pour soutenir les commerces de proximité.

La CCI affirme que « 2 488 commerces ont été touchés lors des violences du 17 octobre, 50 de plus le 24 octobre et 27 de plus le 31 octobre ». Parmi eux, « 1 161 ont été fortement dégradés », à savoir « pillés, saccagés voire incendiés ». Plus de 6 000 commerces sont empêchés de travailler et les commerçants signalent des baisses de chiffre d'affaires de 60 % à 80 % les samedis de mobilisation, d'après la CCI.

Le cabinet de Serge Papin a précisé à l'AFP que l'instruction, signée par le ministre du Commerce et ceux de l'Économie, Roland Lescure, du Travail, Jean-Pierre Farandou, et des Comptes publics, David Amiel, serait transmise « en début de semaine ».

Elle vise à rappeler aux préfets qu'ils peuvent autoriser trois ouvertures dominicales dérogatoires, sans consulter les partenaires sociaux, puis organiser « des consultations avec les organisations patronales et syndicales locales » et les « associations de commerçants » pour aller au-delà.

L'instruction sera adressée à l'ensemble des préfets, qui « apprécieront l'opportunité, avec un intérêt particulier pour les territoires » touchés par des mouvements ayant « perturbé l'activité des commerçants ». Elle ne comporte « pas de consignes sur le type de commerces » concerné. Cela sera précisé par « les arrêtés préfectoraux ».

La CGT opposée au travail du dimanche

Interrogée lundi sur France 2, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s'est dite « bien sûr » contre davantage de dimanches travaillés, rappelant que les salariés du commerce « sont majoritairement des femmes » et « très largement soumis déjà à des horaires atypiques ».

Les mesures gouvernementales prises après les dégradations du 17 octobre se « tournent exclusivement vers les patrons », tandis que « les salariés à qui on impose le chômage partiel perdent 40 % de rémunération », a-t-elle déploré. « Leur imposer en plus de sacrifier leur vie de famille en travaillant le dimanche, ce n'est pas sérieux, c'est honteux », a-t-elle déploré.

Budget de l'état

Logement social, Dilico, Outre-mer… : malgré des débats décousus, les députés revoient de fond en comble le budget 2027 

Si le rejet du projet de loi de finances pour 2027 semble clairement acté dans les prochains jours, les députés poursuivent le détricotage de la copie gouvernementale. Dans un hémicycle largement clairsemé, ils continuent d'adopter des mesures qu'ils savent, pour l'essentiel d'entre elles, probablement condamnées.

Si leurs débats sont presque totalement occultés par les mouvements sociaux et la précampagne de l’élection présidentielle, les députés continuent de remanier de fond en comble le projet de budget du gouvernement. Avec moins de 760 amendements qui restaient encore à examiner hier soir, les députés devraient être à même de boucler l'examen du volet « recettes » d'ici à la fin de la semaine.

Mais ce projet de loi de finances (PLF) pour 2027 semble dorénavant clairement voué à être rejeté dans les prochains jours. Dans ce cas, le texte initial de l’exécutif serait transmis au Sénat, engloutissant ainsi toutes les modifications votées par les députés. En attendant un probable recours au 49.3 ou aux ordonnances, si la mise en place d’une simple « loi spéciale » n’est pas retenue.

Un hémicycle vidé de ses députés

Dans ce contexte peu engageant, les débats restent donc particulièrement décousus et les députés se retrouvent à voter des mesures qu'ils savent peu susceptibles de perdurer, sinon déjà condamnées. 

Le projet gouvernemental a ainsi été largement détricoté par les parlementaires qui ont réécrit des pans entiers du texte initial, souvent contre l'avis de l’exécutif. Les députés ont notamment supprimé un prélèvement exceptionnel sur les avoirs non réclamés confiés à la Caisse des dépôts (dont le gouvernement attendait 1,4 milliard d'euros en 2027), le doublement de la TVA sur la télévision payante ou encore la surtaxe sur les grandes entreprises, tout en validant d'autres prélèvements ou exonérations d'impôt. 

On peut aussi rappeler le rejet des principales ponctions visant les collectivités, telles que le recentrage du FCTVA et la création d’une nouvelle contribution progressive à l’effort budgétaire (CPEB) pour les collectivités – censée remplacer le Dilico – qui ont été repoussés.

Et cela dans un hémicycle largement clairsemé, si ce n’est parfois quasiment vide. En témoigne, la mobilisation de vendredi qui aura été très faible puisque quelque 500 députés étaient absents… sur les 577 élus.

Taxe foncière des HLM : pas de prolongation des exonérations

Une situation qui a, par exemple, permis aux députés RN de supprimer, à eux seuls, l’article 8 du projet de budget 2027, qui prolongeait jusqu’en 2030 les exonérations de taxe foncière des logements sociaux neufs. Avec 36 voix pour (35 députés RN et un « ciottiste »), ils ont réussi à repousser cette mesure face à pourtant neuf groupes qui s’y opposaient (mais qui n’ont réuni que 33 voix) et contre l’avis du gouvernement.

Dans leurs deux amendements identiques, les députés RN de l’Aude et de la Somme, Frédéric Falcon et Jean-Philippe Tanguy, estiment ainsi que « l’exonération fiscale ne peut constituer à elle seule une politique du logement, particulièrement lorsqu’elle réduit les ressources des communes, sans prévoir de contrepartie suffisante ». 

« Le soutien au logement social doit certes être poursuivi, mais il doit reposer sur des dispositifs ciblés, transparents, évaluables et équitablement répartis entre l’État, les bailleurs et les collectivités territoriales », a fait valoir Frédéric Falcon, assurant, en séance, qu’il « faut arrêter de donner de l’argent à l’USH [Union sociale pour l’habitat] qui fait la manche depuis des années » et plutôt « vendre entre 500 000 et 1 million de logements sociaux sur un quinquennat, au profit des locataires », afin de financer de nouveaux projets.

« Vous proposez de vendre une partie du parc social estimé à 700 milliards d’euros. Mais qui va acheter alors que 51 % des demandeurs vivent sous le seuil de pauvreté ? », a questionné la députée LFI du Nord Shéhérazade Bentorki, rappelant que « le problème, c’est précisément l’accès au crédit ». Réponse de Jean-Philippe Tanguy : « Nous voulons des prêts à taux zéro pour les personnes précaires ».

Si la « majorité » gouvernementale s’est bien opposée à cette suppression, l’ancien ministre du Logement, Guillaume Kasbarian, et d’autres députés Renaissance ont toutefois tenté, eux aussi, de réduire le soutien aux HLM. Et cela via deux amendements qui n’ont pas été examinés (ils sont tombés après l’adoption des amendements RN), mais qui auraient rapproché, pour l’un, le régime fiscal des bailleurs sociaux du droit commun et remplacé, pour le second, l’exonération de taxe foncière des logements neufs par une exonération dégressive. 

Outre-mer, Dilico, enseignants… 

Les députés ont également validé une série de mesures destinées aux Outre-mer. Face aux difficultés d'accès au logement dans les territoires ultramarins et à la forte proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, la députée de La Réunion du groupe communiste et ultramarin, Karine Lebon, a fait adopter un amendement visant à développer l'accession sociale à la propriété dans les départements et régions d’outre-mer en ouvrant un crédit d’impôt aux opérations réalisées en bail réel solidaire (BRS).

Parmi toutes les autres dispositions adoptées, on peut aussi citer des mesures visant à développer les Ehpad à vocation sociale, lutter contre les restrictions géographiques d'accès à certains contenus audiovisuels, favoriser l'assainissement d'eau ou encore des baisses ou suppressions de TVA en faveur des territoires ultramarins.

Pendant ce temps-là, les députés ont examiné, en commission cette fois, la partie « dépenses » du projet de budget, et voté une série d’amendements concernant directement les collectivités. Des mesures surtout symboliques puisque le texte a peu de chances d'être discuté en séance : en effet, si la partie consacrée aux recettes est rejetée, le volet dépenses ne sera pas examiné.

Reste que la commission a notamment retoqué le projet du gouvernement de restituer sur cinq ans les sommes prélevées au titre du Dilico. Via des amendements LR, Liot, PS, LFI et écologistes, les députés ont décidé de maintenir le mécanisme initial de restitution sur une durée de trois ans. « Le passage à cinq ans revient à immobiliser plus longtemps des ressources appartenant aux collectivités territoriales et réduit ainsi leurs marges de manœuvre financières », sans compter qu’il « dégrade également leur visibilité budgétaire et risque de peser sur leur capacité d’autofinancement et d’investissement », ont dénoncé les députés.

En parallèle, on peut noter que la commission a adopté un amendement LFI augmentant de 20 % la rémunération des enseignants. Si cette mesure est là aussi surtout symbolique, elle vise « à rattraper les conséquences du gel du point d'indice débuté sous Nicolas Sarkozy, prolongé sous François Hollande et aggravé depuis le premier quinquennat d'Emmanuel Macron », a indiqué le député LFI Paul Vannier.

Après plusieurs jours de débats, le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel a, une nouvelle fois fait les comptes et estimé, hier, que, depuis le début de l'examen du budget 2027, « le déficit public s'est dégradé » virtuellement « de 23,9 milliards d'euros ». « On a besoin de retrouver le sens des réalités », a-t-il insisté en rappelant la nécessité de redresser les finances de l'État.
 

◎ Focus Énergie

La hausse du prix de l'énergie provoque une forte augmentation de la précarité énergétique

Le dernier rapport annuel du Médiateur national de l'énergie montre une hausse préoccupante du nombre de foyers en difficulté pour payer leurs factures d'énergie, et ce avant même que le prix du gaz connaisse une nouvelle augmentation. 

Depuis le dimanche 1er octobre, le prix « repère » du gaz a augmenté de 6,6 % pour les quelque six millions de ménages qui n’ont pas choisi une offre au tarif fixe. Cette nouvelle hausse va aggraver encore les difficultés des ménages les plus modestes pour payer leur facture de chauffage.

160 % d’augmentation du prix du gaz en six ans

Depuis le mois de janvier, le prix dit « repère » du gaz a augmenté de plus de 40 %, passant d’environ 137 euros le MWh en janvier à 195 euros en novembre. Si cette hausse est déjà spectaculaire, il faut prendre un peu plus de recul pour mesurer l’évolution extrêmement préoccupante du prix du gaz en quelques années : pour le consommateur final, en janvier 2020, le prix du kilowattheure de gaz s’établissait à 5,50 centimes d’euro, contre presque 16 centimes aujourd’hui. Pour un ménage moyen chauffé au gaz et consommant 14 000 kWh par an, la facture de gaz était de moins de 900 euros par an en 2020 ; elle est désormais de 2 400 euros, soit une augmentation de 160 %. 

L’augmentation de plus de 40 % du prix repère (qui intègre à la fois les coûts sur le marché de gros, celui du transport et celui du stockage) est en majeure partie due à la guerre au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz, une grande partie du gaz utilisé en France provenant du Qatar. Et la situation n’étant pas en voie de s’améliorer, la CRE (Commission de régulation de l’énergie) estime que le prix du gaz ne devrait pas redescendre cet hiver. Elle estime que la facture pour les consommateurs devrait augmenter, par rapport à l’année précédente, d’environ 135 euros en moyenne. 

Un tiers des foyers en difficulté pour payer ses factures

Rien d’étonnant donc à ce que le Médiateur de l’énergie (MNE), dans son dernier rapport annuel paru la semaine dernière, constate que « la précarité énergétique progresse ». Et encore, le rapport a été réalisé à partir d’une enquête effectuée au mois de septembre, avant la nouvelle hausse donc. Il apparaît que la situation est encore plus grave qu’en 2022, au pic de la précédente crise énergétique : 85 % des ménages interrogés considèrent aujourd’hui que leur facture d’énergie représente une part « importante » de leur budget. Ce chiffre a progressé de 3 % depuis 2022, ce qui n’a rien d’étonnant : les prix du gaz continuent de monter alors que les salaires stagnent. 

La précarité énergétique elle-même atteint « un seuil préoccupant », estime le MNE : plus d’un tiers des foyers (36 %) déclarent avoir « rencontré des difficultés » pour payer leurs factures d’énergie, ce qui est le chiffre le plus élevé jamais enregistré par le médiateur (le précédent était de 31 % en 2023). Les trois quarts des foyers interrogés (74 %) disent avoir volontairement réduit le chauffage l’hiver dernier pour tenter de faire baisser la facture, alors que le gaz était alors 40 % moins cher qu’il ne l’est aujourd’hui. 

En quelques années, le nombre de personnes déclarant « souffrir du froid » dans leur logement a bondi : il est passé de 14 % en 2020 à 35 % en 2025. Les raisons principales données pour expliquer cette situation sont, d’une part, les limitations volontaires de chauffage pour des raisons financières et, d’autre part, la « mauvaise isolation » du logement. 

« Plus d'un tiers des foyers (36 %) déclarent avoir rencontré des difficultés pour payer leurs factures d'énergie. »

Médiateur de l'énergie

Pendant l’année 2025, une difficulté supplémentaire s’est ajoutée pour les foyers modestes : le décalage du versement du chèque énergie, du fait de l’adoption tardive de la loi de finances. Habituellement versé en avril, il n’a finalement été perçu par les ménages concernés qu’au mois de novembre. Cette situation a généré des « difficultés » pour 60 % des foyers concernés, allant de difficultés de paiement à des frais supplémentaires pour retard de paiement et même des coupures d’électricité pour 10 % des ménages concernés. Ces chiffres montrent à quel point le chèque énergie est aujourd’hui devenu une béquille absolument indispensable pour bon nombre de ménages, qui ne pourraient tout simplement pas payer leurs factures sans lui. 

Problèmes de transparence

Ces difficultés financières apparaissent également lorsque l’on demande aux consommateurs qui ont réussi à baisser leur consommation d’énergie leurs motivations : les raisons financières sont invoquées dans 87 % des cas, très loin devant les motivations écologiques. 

L’enquête révèle par ailleurs que l’ouverture du marché et la possibilité de choisir son fournisseur de gaz ou d’électricité sont désormais connues de 90 % des ménages ; et 85 % d’entre eux jugent cette évolution de façon positive. Ce qui ne veut pas dire qu’ils changent de fournisseur pour autant : seuls 3 ménages sur 10 l’ont fait pour l’électricité et 4 sur 10 pour le gaz. 

Le médiateur note que « plus de la moitié des consommateurs » ayant changé de fournisseur l’ont fait après avoir eu recours à un comparateur de tarifs sur internet. Problème : un grand nombre de ces consommateurs ignorent que les comparateurs sont en général… payés par les fournisseurs eux-mêmes. Ce problème de « transparence » a déjà été pointé depuis plusieurs années par le MNE, sans que, pour l’instant, le législateur s’en empare. 

Rappelons que, face à la crise sociale actuelle, le gouvernement a annoncé que le chèque énergie de 2027 serait versé plus tôt que d’habitude, en janvier plutôt qu’en avril. Mais cela ne suffira pas à inverser la tendance mise en lumière dans ce rapport, qui ne peut que s’aggraver l’année prochaine, au vu de l’augmentation continue des prix de l’énergie. 

Journal officiel

Journal officiel du mardi 3 novembre 2026
Ministère de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées
Arrêté du 28 octobre 2026 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques agréées à l'usage des collectivités et divers services publics
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