Cela fait des années que le non-remplacement des enseignants absents constitue un problème majeur, qui est maintenant au cœur de la mobilisation des lycéens engagée depuis une quinzaine de jours.
Faut-il rappeler qu’en 2023, fin août, le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal affirmait qu’il y aurait « un enseignant devant chaque élève » dès la rentrée ? Deux semaines plus tard, le Snes-FSU indiquait qu’il manquait au moins un enseignant dans 48 % des établissements, voire 60 % dans certaines académies comme celle de Créteil.
On voit que le problème n’est pas nouveau. Mais il a suffi de quelques jours au ministère de l’Éducation nationale, sous la pression du mouvement lycéen, pour trouver une solution quasi immédiate.
« 3 024 » remplaçants
Après avoir reçu les représentants de syndicats lycéens dans l’après-midi, hier, le ministre Édouard Geffray est venu sur le plateau du « 20 heures » de TF1 pour détailler ses annonces, et ce qui apparaît comme le premier geste réellement concret concédé par le gouvernement depuis le début de ce mouvement : 3 000 enseignants vont être affectés « dans quelques heures », ou au plus tard « d’ici mardi » prochain, dans les établissements les plus durement affectés par les problèmes de non-remplacement.
Comment expliquer ce miracle ? Par l’informatique. Le ministre a expliqué que le problème était jusqu’à présent la méconnaissance de la situation et des établissements à traiter en priorité. Or en ce début d’année, le ministère a déployé « pour la première fois » un logiciel permettant d’identifier les situations « très problématiques ». Ce logiciel a permis de repérer « 114 lycées » en situation « rouge », et « 400 orange ». Ce sont ces établissements qui vont être « traités » en premier, dès ce vendredi, en mobilisant plusieurs « leviers ».
Le premier, a poursuivi le ministre, est de mobiliser les « 3 000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant des élèves ». Plus exactement « 3 024 », a précisé le Premier ministre, Sébastien Lecornu, dans un tweet publié dans la soirée.
Naturellement, la question se pose de savoir pourquoi ce vivier de 3 000 enseignants n’a pas été déployé avant. Réponse du ministre : c’est « parce qu’auparavant on savait mal les affecter ». Une déclaration pour le moins surprenante, lorsque l’on sait l’importance de ce problème de remplacement depuis de nombreuses années.
« Le premier levier, ce sont 3 000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant des élèves. »
Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale
Le ministre n’a pas donné d’autres précisions, mais on peut supposer qu’il s’agit d’enseignants dits « TZR » (titulaires sur zone de remplacement), dont c’est précisément la fonction : il s’agit d’enseignants titulaires qui ne sont pas affectés sur un établissement spécifique mais sur une zone entière, pour effectuer des remplacements de courte ou de longue durée. Le ministre a assuré hier que ces affectations express se feraient « par bassin de vie », ce qui signifie que les remplaçants ne seront pas affectés à l’autre bout de l’académie. Il reste à savoir comment le ministère va procéder, concrètement, dans la mesure où les textes réglementaires précisent que les TZR sont affectés à une zone de remplacement au mois de juin.
Recrutements et « Pacte enseignant »
Deux autres leviers ont été évoqués par le ministre hier soir : il va « autoriser les recteurs à recruter quelques centaines de professeurs de plus que ce qui est autorisé ». S’agit-il de candidats qui ont échoué au concours ou étaient sur liste complémentaire, et qui vont finalement se voir admis, ou de contractuels ? Le ministre ne l’a pas précisé.
Enfin, le troisième levier consistera à permettre des remplacements de courte durée « par des professeurs déjà présents dans l’établissement, dès la rentrée de la Toussaint », a détaillé Sébastien Lecornu dans son tweet d’hier soir. Le gouvernement va autoriser les proviseurs à accorder, à l’échelle nationale, « plusieurs centaines de milliers » d’heures supplémentaires. Cela se fera dans le cadre du « Pacte enseignant » créé à son époque par le ministre de l’Éducation Pap Ndiaye. Ce « pacte » était censé faire d’une pierre deux coups : en incitant les enseignants à faire des remplacements en heures supplémentaires, ceux-ci avaient la possibilité d’augmenter leur rémunération, tout en palliant certaines difficultés de remplacement.
Le problème est que ce dispositif ne fonctionne pas, comme l’avaient montré, en 2023, des chiffres publiés par les syndicats : alors que le ministère tablait sur 30 % d’enseignants signant le « pacte », le chiffre n’a jamais dépassé les 10 %. Dans certains cas parce que des enseignants refusent le principe même du dispositif, dans d’autres, surtout, parce qu’ils n’ont en réalité pas le temps – rappelons que contrairement à une idée reçue, le temps de travail hebdomadaire des enseignants, hors vacances scolaires, est de 41,4 heures par semaine, selon les chiffres du ministère lui-même.
Et maintenant ?
Il reste donc à voir si la promesse sera tenue – et surtout si elle pourra matériellement l’être. Mais cette annonce représente une première victoire pour le mouvement lycéen.
Selon les déclarations des représentants des syndicats lycéens, le ministre se serait également engagé à ce qu’il n’y ait aucune suppression de poste dans les lycées cette année. Cela ne semble pas signifier que le gouvernement renonce à la suppression de presque 1 600 postes cette année dans l’Éducation nationale : ces postes ne seront tout simplement pas supprimés dans les lycées, mais uniquement dans le premier degré, où les conséquences du recul démographique commencent à se faire sentir.
Encouragés par ces premières avancées, les porte-parole du mouvement ont prévu de poursuivre la mobilisation, avec une nouvelle journée de mobilisation mardi 13 octobre – la question de l’état des bâtiments et celle de Parcoursup n’ayant, en revanche, pas été réglée.
Il reste à savoir si la mobilisation suivra, dans la mesure où elle semble sur une pente descendante : selon le ministère de l’Intérieur, les manifestations d’hier ont rassemblé au total 71 000 personnes, soit entre trois et quatre fois moins que les 260 000 mobilisées l’avant-veille.
On a également assisté hier à une recrudescence des violences qui semblaient s’être calmées mardi 7 octobre, avec notamment le pillage d’un lycée à Lormont, en Gironde, l’incendie partiel d’un autre à Poitiers, le saccage d’une cantine à Saint-Étienne… Les forces de l’ordre ont procédé à 504 interpellations hier.